ART SIC E
En dehors de ces travaux qui envisagent spécialement Je point qui nous occupe, nous ne trouvons guère dans la littérature médicale, que les: articles des traités de pathologie externe, ayant trait aux maladies de l'oreille. Parmi ceux-ci, nous signalerons le traité de Boyer, celui de Nélaton, de Poulet et Bousquet. des quatre agrégés ; les articles des dictionnaires de Dechambre et de Jaccoud, enfin le nouveau traité de chirurgie.
A l'étranger, de nombreux traités parlent des corps étrangers de l'oreille : sans vouloir les passer tous ici en revue, nous nous contenterons de signaler le livre de Schwartze, à l'article corps étrangers de l'oreille avec les indications bibliographiques qu’il renferme. |
Nous avons consulté avec fruit les ouvrages de Politzer, et ceux d’'Hartmann.
Comme on le voit par cette rapide énumération, qui n'a d’ailleurs pas la prétention d’être complète, les auteurs qui se sont occupés des divers points de cette question sont nombreux.
| Cependant, mis à part les articles des divers traités de chirurgie et d’otologie dont nous avons parlé, on ne trouve guère nullé part une étude d'ensemble de la question. Nous n’avons pu relever l’existence d’une seule thèse sur ce sujet qui cependant intéresse vivement le chirurgien et ne doit être étranger à aucun praticien. C’est pourquoi nous nous efforcerons de réunir les données plus ou moins éparses, de les grouper de notre mieux en y joignant nos observations personnelles.
En bre
Etiologie
Les Corps étrangers qui sont susceptibles d’être rencontrés dans le conduit auditif, sont extrêmement variables, comme on le verra tout à l'heure. Leur nature a permis de les grouper dans un certain ordre, et chacune de ces classes relèvera de causes un peu particulières.
Tantôt le corps du délit se sera formé dans l'organisme | lui-même, tantôt il viendra du dehors. |
Les corps qui se forment dans l'organisme, appar-
tiennent à deux groupes; d’une part, les sequestres du conduit auditif, séquestres qui, disons-le de suite, sont assez rares, d'autre part, les concrétions cérumineuses dont les auristes connaissent bien l'extrême fréquence.
On pourrait former un troisième groupe dans lequel on ferait entrer les néoplasmes du conduit auditif, tels que les polypes. Mais ces néoplasmes ont une histoire à part, et qui dépasserait de beaucoup les limites que nous nous sommes tracées. Nous renvoyons aux ouvrages spéciaux à ce sujet.
Les séquestres du conduit osseux sont précédés par une affection le plus souvent bacillaire ou spécifique dont les symptômes occupent le premier plan ; ce n’est que tardivement et comme épisode, où comme complication prévue, que les séquestres détachés pourront s'arrêter dans le conduit auditif, en formant corps étrangers ; aussi nous n'insisterons pas plus longtemps sur cette variété rare,
mais dont l’existence est bien prouvée par les faits de
Cartaz..
À côté de ces séquestres, nous avons les concrétions cérumineuses. On sait que normalement, le revêtement du conduit auditif externe contient des glandes à sécrétion un peu particulières : le cérumen. Celui-ci peut s’accumuler et former une masse plus ou moins dure, plus où moins compacte, et cela sous l'influence de irois causes.
Tantôt en effet, les glandes à cérumen sont troublées dans leur fonction, et sécréteront en trop grande abondance.
Tantôt leur produit n'aura plus la composition normale.
T'antôt enfin, il ne pourra faire issue au dehors.
Dans les conditions ordinaires, le cérumen, matière grasse, de coloration ambrée ou jaune et de consistance analogue à celle du miel, est produit en quantité modérée dans le conduit.Il recouvre ses parois d’une mince couche dont la surface se dessèche et qui se réduit ainsi en de minces écailles se détachant spontanément et tombant au
dehors, dans les situations déclives de l’oreille. Contraire-
ment aux idées de Buchanan, cette substance n’a pas d'influence directe sur l'audition, mais elle protège la profondeur du conduit et la membrane du tympan.
Cette glue cérumineuse arrête en eflet les poussières atmosphériques qui pourraient pénétrer, et les retient. Mais c’est parfois là la cause même du mal. Les particules solides peuvent devenir le point de départ, le centre d’un
véritable calcul cérumineux. Elles s’entourent de couches
successives, durcies, du produit de sécrétion, et le corps étranger est constitué. C’est à ces variétés qu’il faut rattacher les cas signalés par Poinsot, et dans lesquels une
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boulette de coton, un grain de poivre, ont été retrouvés au centre de la concrétion. On comprend dès lors que la malpropret, le défaut de soins, certaines professions, facilitant l'introduction de poussières dans l'oreille, puissent devenir ainsi des causes prédisposantes d’une importance incontestable. | |
Mais nous n'avons envisagé que les cas où la sécrétion est restée normale. Or, Pétrequin (1869) et Trœltsch ont bien établi que sa composition peut varier dans certaines circonstances. On sait que certaines gens, à peau grasse et huileuse, produisent du cérumen en abondance. De même, chez le vieillard, cette substance se modifie, elle deviént moins visqueuse et plus facilement dessiccable.
D'après Pétrequin, le cérumen renferme un dixième d’eau, un corps gras (oléine et stéarine), un savon de potasse soluble dans l’eau et dans l’alcool, mais insoluble dans l’éther, à froid(ce savon contient deux substances solubles dans l'eau, dont une seulement est soluble dans l'alcool), enfin -une matière insoluble dans l’éther, l'alcool et l’eau, et renfermant de la potasse, un’ peu de chaux et un peu de soude. Or, dans les modifications de composition, d’après le même auteur, on voit diminuer de moitié la proportion de matière soluble dans l'alcool, qui conserve justement la viscosité du cérumen. Au contraire, le taux des substances solubles dans l’eau s'élève, et la dessiccation devient d'autant plus facile. Enfin, la matière insoluble et sèche augmente beaucoup, ce qui donne au cérumen une grande consistance.
. Ces mêmes modifications sont encore déterminées par des états pathologiques ; par exemple, les angines glan-
ÉENTERRE
duleuses, les catarrhes chroniques dé la tromp?2 d'Eustache ou de la caisse du tympan, en un mot, les affections chroniques du pharynx, des trompes ou de l'oreille moyenne qui agissent par une sorte d’irritation sympathique. L'hyperhémie répétée du conduit, à la suite des éruptions furonculeuses, de l’érythème, de l’eczéma du conduit, arrive au même résultat par une action plus directe, comme le fait remarquer M. Terrier. Enfin Wreden HE Hartmann (2) décrivent sous 1:S noms de « Kératose
obturante ».et « d’Otite externe desquamative », une affec-
tion particulière du conduit et de la membrane du tympan, caractérisée par une abondante desquamation des couches
épidermiques et déterminant la formation de bouchons
volumineux, très adhérents aux parties profondes du canal.
Dans une troisième catégorie de cas, les concrétions peuvent se former sous l’inflence d’un obstacle à lexcrétion. Le défaut de soins, de propreté, ou ces soins euxmêmes mal compris en seront la cause, par exemple, lorsqu'on essaye de nettoyer le conduit auditif avec le coin tordu d’une serviette qui en remplit le calibre et n’a pour effet que de refouler le cérumen vers les parties profondes. De’ même, les rétrécissements cicatriciels ou autres de l'orifice du canal, l’affaissement de ses parois avec la roideur des poils que l’on observe chez le vieillard, les exagérations anormales des courbures du conduit auditif externe, agissent en mettant obstacle et au nettoyage et à l’excrétion du cérumen.
(1) Wreden. Arch. für Augen und OhbrenheilKkunde, t. III, p. 91e €) Hartmann. Maladies de l’oreille, p. 109.