‹ Corps franc des Vosges (armée de l'Est): Souvenirs suivis des dépêchesChapitre 14 sur 26 · RETRAITE DU CORPS JUSQU'A TRÉVOUX · texte numérisé non relu

RETRAITE DU CORPS JUSQU'A TRÉVOUX

C'est à cette époque que les efiforts du général Bourbaki sur Belfort furent paralysés, et qu'il dut commencer sa retraite sur Besançon , ce qui permit aux Prussiens d'envoyer des forces plus considérables contre nous.

Nous dûmes donc nous retirer aussi, et nous nous dirigeâmes sur Blamont, puis sur Pierrefontaine, d'où je fis, le 19, avec une vingtaine de cavaliers, une reconnaissance jusqu'à Roches.

Là, nous eûmes une escarmouche d'une heure avec un détachement des avant-postes prussiens, où un de mes trompettes fut blessé au bras. Le colonel

Bourras, que j'avais envoyé prévenir, me renvoya par mon estafette Tordre de me replier, ne voulant pas engager ses troupes fatiguées par les combats continuels de dix jours.

Le même jour, nous continuâmes notre marche rétrograde jusqu'à Saint-Hippolyte, où le corps se reposa les deux jours suivants.

Quant à ma cavalerie, elle faisait, pendant ce temps, une reconnaissance pour assurer la tranquillité de notre corps.

Dans une de ces reconnaissances, le lieutenant Daniszewski et le sous-lieutenant He filer, à la .tête de 45 cavaliers seulement, ayant rencontré 50 uhlans à Pont-de-Roide, les chargèrent avec une vigueur peu commune et les poursuivirent, la pointe dans les reins, pendant plusieurs kilomètres, dans la direction de Damblin. A leur retour à Pont-de-Roide, ils furent acclamés par la population, ravie d'avoir vu un ennemi arrogant fuir devant une poignée ae nos braves.

Le 21 janvier, le colonel Bourras m'envoya â tsesançon chercher quatre pfèces d'artillerie destinées à notre corps.

En y arrivant, je trouvai le quartier général du général Bourbaki, et j'appris que le corps de Manteuffel, ayant occupé Lure, Vesoul et Gray, s'avançait sur Besançon.

Le jour de mon départ de cette ville, le commandement en chef passa au général Clinchant, qui commença aussitôt sa retraite sur Pontarlier.

Je me dirigeai par Vercel sur Russey, où je rejoignis notre corps le 28 au matin.

Le 29, nous nous repliâmes jusqu'à Morteau, où le 30 nous reçûmes la première nouvelle de Farmistice par une dépêche officielle.

Ayant pourtant appris par mes éclaireurs que les Prussiens ne cessaient d'avancer, le colonel Bourras me donnxi l'ordre de leur* envoyer des parlementaires pour les prévenir de la nouvelle que nous avions reçue.

J'avais désigné pour cette mission le capitaine de Landreville, le lieutenant Daniszewski et le sous- Heutenant Chaussard, qui se rendirent vers trois différentes colonnes prussiennes.

A leur retour, nous apprîmes que Tennemi n'avait nulle connaissance de l'armistice pour l'armée de TEst, et qu'il entendait continuer son mouvement.

Pour éclairer ce malentendu et arranger quelques affaires, de notre corps, le colonel Bourras m'envoya à Lyon.

Chemin faisant, je rencontrai à Poiitarlier tout le corps du général Clinchant qui commençait sa marche sur Mouthe.

Là, on était aussi incertain qu'à Morteau au sujet de l'armistice.

Le lendemain (le 31 janvier), en passant par Mouthe, je vis lo maire, qui me montra comme preuve de l'armistice une affiche de la dépêche mimsté*rielle.

Le 1*' février, je rencontrai à Morez le général Cremer, qui m'assurait que je ne pouvais plus continuer mon chemin par Saint- Claude, comme c'était mon intention, et me conseillait de me diriger par Gex* Mais, après m'être renseigné auprès des habitants du pays sur les positions de l'ennemi, et ie chemin par Saint-Claude étant plus direct, je résolus d'y passer quand même.

Ayant atteint Saint Claude le lendemain soir ^ans être nullement inquiété, j'y passai la nuit.

Le 3 février, de grand matin, les Prussiens appa^ rurent aux environs et envoyèrent demander au maire si la ville voulait se défendre.

Il leur répondit que non, et m'en avertit immédiatement pour me donner le temps d'en sortir.

De Saint-Claude je me dirigeai, par Dortain, sur Ambérieux, et le 4 je rencontrai de nouveau le général Cremer avec son état-major.

C'est là que j'appris que l'armée de l'Est avait passé en Suisse.

Le même jour j'arrivai à Lyon par le chemin de fer.

Le colonel Bourras chercha, le lendemain, après mon départ, à échapper aux Prussiens tout en évitant en même temps la nécessité de se réfugier en Suisse. Il réussit, après une marche très-pénible de quelques jours à travers les montagnes couvertes d'une couche épaisse de neige, à arriver sain et sauf avec son corps dans le département de TAin, où l'armistice le protégeait déjà contre les Prussiens.

Mais quelques-uns des cavaliers, grâce auxquels surtout notre corps fut toujours parfaitement renseigné sur le moindre mouvement de l'ennemi et réussit à ne point entrer en Suisse, épuisés par le service continuel d'arrière -garde et n'ayant plus d'autre moyen d'échapper à l'ennemi, durent chercher un refuge sur le sol hospitalier de ce pays.

Notre corps alla s'établir à Trévoux, où, tout en se reformant, il resta jusqu'au 1" avril, jour de son licenciement.

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