‹ Corps Libres du PéritoineChapitre 44 sur 47 · OBSERVATION XLV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XLV

(Bergé et Gutmann.— Soc. anat., 1911.)

A l'ouverture de l'abdomen d’un sujet âgé de soixantecinq ans, ayant succombé à un épithélioma du plancher de la bouche, à la suite d’une longue période de cachexie sans

généralisation cancéreuse dans les viscères, nous avons

trouvé à la surface des anses intestinales un corps libre, mobile, de la dimension d’un haricot. Il était évident que ce petit corps devait se déplacer et rouler librement dans le péritoine. La séreuse ne présentait d’ailleurs aucune lésion appréciable.

"Ce corps libre est ovoïde, à surface lisse, luisante; il a l'aspect d’un nodule de cartilage, de couleur blanc grisâtre, opalin ; ilen a également la dureté. Coupé en deux, il se montre formé d'un noyau blanc, pierreux, manifestement calcaire, entouré d’une coque peu épaisse d'apparence fibreuse.

Histologiquement, sur des coupes faites après décalcification et colorées à l’hématéine-éosine, on constate que la coque fibreuse est faite de lamelles fibroïdes, concentriques, s’unissant par des lames anastomotiques, toutes semblables, mais disposées en deux couches distinctes :

a) Une couche lamelleuse superficielle, de faible épaisseur, au niveau de laquelle se voient de nombreux noyaux allongés dans le sens des lamelles et dont beaucoup paraissent mal colorés, atrophiés, irréguliers, fragmentés, comme en voie d’altération et de disparition;

b) Une couche lamelleuse profonde, très épaisse, uniformément teintée en rouge vif,avec, par places, quelques détritus granuleux, inclus entre les lamelles, mais sans un seul noyau apparent.

Il n’y a pas trace dé vaisseaux dans l'enveloppe, ni de leucocytes entre les lamelles. k

Le nodule calcaire central, qui forme la plus grande partie

du corps libre se montre divisé en surfaces arrondies ou

polyédriques assez régulières, uniformément teintées en

rose, séparées par de fines travées bleutées, Quelques travées plus larges, qui parcourent la masse, paraissent être les restes dégénérés et sans doute incrustés d'espaces conjonctifs ayant contenu des vaisseaux.

Il y a lieu, nous semble-t-il, d'interpréter cette coupe en imaginant que le noyau calcaire représente l’incrustation d'un tissu nécrosé, secondairement encapsulé, comme il est habituel en pareil cas, par d’épaisses lamelles fibreuses. Parmi ces lamelles, les strates superficielles seules ont conservé vivantes, mais déjà très altérées, leurs cellules formatrices fibro-plastiques, qui peuvent encore se nourrir par imbibition et dont on voit les noyaux colorés. Les strates fibreuses profondes ont leurs cellules disparues et leurs noyaux naturellement absents par insuffisance d'apport nutritif à cette profondeur.

On observe de temps*en temps, en même temps que des corps libres ou en leur absence, des concrétions fibro-calcaires, sessiles ou pédiculées, encore adhérentes au mésentère, à l'épiploon ou à l'intestin et qui représentent évidem-

ment des corps libres en voie de formation.

Voici une nouvelle observation de ce genre que nous avons recueillie à l’hospice Debrousse, qui s’ajoute à cellé de Andral, Greenhow, Demoulin,etc., et à celle plus récente, avec examen radiologique, de Proust et J. Infroit :

A l’autopsie d’un vieillard de quatre-vingt-dix ans, mort de néphrite interstitielle, nous avons trouvé faisant saillie extérieurement sur le fond du cæcum, plus bas que l'appen-

dice, un corps calcaire blanc grisâtre, ayant la forme d'une

pyramide triangulaire à bords mousses et à angles arrondis, de la dimension d’une noisette. Ce corps adhérait solidement par sa base au cæcum. Formé d'une mince coque fibroïde et d’un gros noyau calcaire, il se reliait intimement au péritoine viscéral et ne semblait pas s'être développé au niveau d’une frange épiploïde. Peut-être s'était-il développé aux dépens d’une masse graisseuse para-cæcale, moins saillante qu’une frange. Si cette production fibro-calcaire sessile. para-cæcale s'était pour une raison ou une autre détachée, elle eût constitué un corps libre tout à fait semblable, sauf la forme moins arrondie, au corps libre décrit plus haut. Libres ou adhérentes, ces concrétions doivent être évidemment assimilées les unes aux autres.

Étant donné la structure des corps libres intra-péritonéaux, notamment l'existence d’un noyau calcaire plus ou moins volumineux à leur centre, il était permis de penser, a priori, que même au travers de l’abdomen d’un sujet, ces corps pourraient se révéler assez nettement par la radioscopie et la radiographie. L’essai que nous en avons fait faire au laboratoire du professeur Weiss, par M. Guillemiuot, a confirmé pleinement cette prévision. Il a été fait notamment, avec le petit -corps libre décrit ci-dessus, deux radiographies de l'abdomen d'un sujet vivant, la plaque sensible étant dans les deux cas appliquée contre la face dorsale du sujet. Pour la première radiographie, le corps a été placé sur la face antérieure du ventre et, dans la seconde, sur la région lombaire, de telle sorte que l'ombre du corps ne fût pas masquée par celle de la colonne vertébrale.

Or, sur les deux radiographies, on distingue tout à fait

nettement le corps libre. Il se révèle par une ombre ovoide

Page 1