‹ Corpus des inscriptions arabes et turques de l'Algérie (volume 2)Chapitre 70 sur 99 · Revue africaine, t. III (années 1858-1859), p · texte numérisé non relu

Revue africaine, t. III (années 1858-1859), p

Caractères gravés en creux et remplis de plomb, disposés sur deux lignes enfermées dans des cartouches tracés comme les lettres. La date est inscrite dans le second cartouche, sous la partie moyenne de la deuxième ligne.

j.so.>l j» cr.jM J£ I (£•&>) J'y- Jy \~\ j* &"JJ j* <3>-

Traduction. — Que la Vérité prête vie à 'Omar pacha! Il a embelli cet endroit. Étant issu de cette chambre, il Va maintenant ornée . An 1231.

Cette inscription a été publiée par Devoulx (Epigraphie indigène du Musée archéologique d'Alger, op. laud., p. 131 et sq.). Dans le texte donné par cet auteur, les premiers mots ont été intervertis; la phrase \i\ j? ti^J3 j? «5». est devenue jr &~jj &* lâA jr. Devoulx écrit aussi jjjioà o^l y au lieu de (jx*z, ^j»jjI j>. Dans le second vers, le mot J^i\ constitue une forme grammaticale assez insolite. La lecture pourtant n'est pas douteuse; elle concorde avec celle de Devoulx. Il convient, sans doute, d'y voir un participe présent greffé sur un gérondif; «j^JI signifie « ayant pris », et j^l, « celui qui a pris ». Cette forme, que les grammairiens n'indiquent pas, n'est point illogique : elle exprime l'existence actuelle de celui qui a accompli l'acte dans le passé. Mais si je m'accorde avec Devoulx sur la lecture, je ne puis adopter son interprétation. Le commencement du second vers est rendu chez lui par : « Il a supprimé actuellement le chemin qui passait par là. » Or il est impossible d'admettre qu'il y eût un chemin passant par la chambre. Faut-il entendre qu'il s'agit d'un chemin situé dans le voisinage de la caserne? Ainsi comprise, la traduction ne semble pas plus acceptable : les janissaires devaient aimer, comme tous les soldats du monde, à prendre vue sur le dehors, et ce n'était pas leur être agréable que de les en priver. J'ajouterai que le verbe ,311 a le sens de « prendre » et d' « acheter », mais non celui de supprimer. L'expression jil Jjj a une signification nettement déterminée, celle de « cheminer, avancer sur la route, faire son chemin ». Il est de toute évidence que ces termes sont pris ici au sens métaphorique que nous leur donnons nous-mêmes en

français quand nous employons « faire son chemin » comme synonyme d' « avancer dans sa carrière ».

D'après la coutume établie dans l'ojâq d'Alger, les anciens janissaires parvenus à un grade élevé tenaient à honneur de faire embellir la chambre qu'ils avaient habitée à leur dibut dans le métier des armes : c'était un moyen de resserrer les liens de solidarité qui unissaient les membres de la milice turque et d'encourager les nouveaux venus par l'exemple du succès d j leurs aînés.

Le pacha 'Omar dont fait mention cette épigrar i exerça le pouvoir, à Alger, d'avril 1815 à octobre 1817. Il résulta des recherches faites par Devoulx qu'il avait appartenu à l'ojâq (1) n°232 logé dans la chambre dite de Bâbâ Hasan, à la caserne d'Ed-Droûj (2) sur l'emplacement de laquelle les Français bâtirent plus tard la caserne Lemercier, démolie tout récemment. C'est sans doute de ce local que provient la présente inscription qui forme un distique scandé sur le mètre remel.

L'an 1231 de l'hégire correspond aux années 1815-1816 de l'ère chrétienne.

Musée (V Alger.

Inscription turque provenant du fort dit Borj El-goumen, à Alger.

Hauteur des lettres montantes : 0m,07.

Table de marbre mesurant 0m,75 de hauteur sur lra,22 de largeur.

Caractères sculptés en relief et disposés sur cinq lignes scindées en deux parties dont chacune est enfermée dans un cartouche

1. Il est évident que Devoulx emploie à tort le mot « ojàq » qui s'applique au corps des janissaires dans son ensemble. Ou ne peut songer à le remplacer par « orta » qui désigne le régiment, car il n'y avait pas 232 régiments en Barbarie. Sans aucun doute, il s'agit ici de 1' « oda » qui signifie proprement « chambre » et « chambrée » et que l'on donnait à l'unité autonome la plus simple dans l'organisation de la milice; à sa tète était un « oda-bâchî » dont le titre correspond littéralement à « chef de chambrée », mais qui était, en réalité, un capitaine, un commandant de compagnie. Ainsi s'explique le chiffre élevé de 232 donné par Devoulx : le numéro de la chambrée avait une si grande importance que le jeune soldat le faisait tatouer sur sa main gauche lors de son incorporation.

2. I. e. : Caserne des Escaliers, parce qu'on y accédaitpar plusieurs marchrs.

du même relief que les lettres. La date, également en relief, est inscrite dans un petit cartouche séparé, au-dessous de la partie médiale de la dernière ligne.

<I — f ^ j-VjJLjl o-^'j' j^»"ji JL- j j> />•' ctA^

Traduction. — Bien [qu'elle fût devenue fort ancienne, la vigie était indispensable. Dieu soit loué! Elle est maintenant achevée et a reçu une organisation. A l'origine, la vigie n'avait que deux canons : c'était peu. A présent, elle est devenue ainsi un fort à six canons : cest la sécurité. Son constructeur est 'Omar pacha, compatriote de celui qui fit la conquête. Puisse-t-elle durer tant que dureront les mondes, jusqu'au jour de la résurrection! 0 hommes de garde, observez bien qui aborde à ce rivage ! A rtilleurs qui êtes du nombre, allez, donnez vos soins aux canons! 'Ahvg, si le moment est venu, dis cest en toi qu'est sa date : « Elle a été achevée en l'an mil deux cent trcnte-et-un ». Année

Cette inscription a été publiée par Devoulx (Epigraphie indigène du Musée archéologique d'Alger, op. laud., p. 86 et sq.). Le texte qu'il en a donné diffère trop sensiblement de l'original pour qu'il soit possible de relever les diverses irrégularités de transcription. Toutefois, je signalerai, parmi les altérations les plus graves, l'interversion complète des hémistiches dans chacun des

deux derniers vers ; c'est là une erreur de lecture d'autant plus étonnante que la netteté de la pierre, à cet endroit tout au moins, ne laisse rien à désirer, et que la rupture de la rime était bien faite pour donner l'éveil. Il ne s'agit évidemment point d'une négligence typographique puisque la même métathèse se retrouve dans la traduction.

A la fin du deuxième vers, Devoulx a intercalé, entre les mots 4Jij» et ,»XJI un j qui appartient au mot précédent (jjJjl) dont la syllabe finale a reçu ici une orthographe qui n'est pas rare dans les inscriptions algériennes et qui est d'ailleurs conforme à la prononciation. Cette modification entraine un changement de sens assez notable : elle transforme en une simple cheville l'expression jiXJI qui, dans la lecture correcte, indique la conséquence heureuse des nouveaux aménagements du fort.

Le second hémistiche du troisième vers contient un souhait que Devoulx a mis au masculin et qui, par suite ne peut s'appliquer qu'à 'Omar pacha. Cette traduction est manifestement erronée : on ne saurait sans quelque dérision souhaiter, même à un souverain qu'on veut flatter, de vivre jusqu'au jour de la résurrection ; tandis qu'un tel vœu peut fort bien s'appliquer à un monument, dont la durée dépasse les prévisions humaines.

Le premier hémistiche du quatrième vers paraît être une allusion au rôle de l'ancienne vigie sur l'emplacement de laquelle le Borj El-goumen (1) avait été construit. Le P. Dan, en 1634, parle d'une petite tour s'élevant « à l'entrée du port, vers le bout du môle, où l'on faisait la garde, et où, pour l'adresse des navigateurs, on mettait quelquefois, de nuict, un grand fanal; laquelle était gardée par huit Maures, qui faisaient la sentinelle le long du môle, et par une douzaine d'autres qui étaient à l'entrée dans un bateau. » Devoulx, qui cite ce passage, considère comme certain que l'édifice visé par la présente inscription ne fit que remplacer un bâtiment qui avait succédé lui-même à la tour-vigie. Quoi qu'il en soit, cette partie de la rive du port avait, sans aucun doute, été choisie en raison des facilités qu'elle offrait à la surveillance. Quant au vocatif Ju^*L, que Devoulx écrit JLs?L, je l'ai traduit par « hommes de garde ». Il ne faut évidemment pas songer à la signification de « horlogers » que ce mot prend d'ordinaire. Il s'agit ici, selon toute vraisemblance, des sentinelles ou des guetteurs qui devaient sp relever toutes les heures. Le mot tyfcL,

1. I. e. : « le Fort des câbles », parce que la corderie de la marine était installée dans la partie basse. Cf. le commentaire de l'insc. 47.

prend par rapport à à*L. un sens analogue à celui de ^. y par rapport à <l*>j. On sait que C*j désigne précisément un poste que l'on relève d'heure en heure et que ^.y s'applique à tout soldat appartenant à ce poste; en sorte que w4îj» est l'homme appelé à monter la garde à son tour, tandis que lyfeL. est la sentinelle en faction pour une heure. Toutefois, il faut avouer que les dictionnaires ne mentionnent pas cette acception.

Le premier hémistiche du derniers vers annonce non pas un chronogramme, mais la date en toutes lettres contenue dans l'hémistiche suivant. 'Alwy est aussi l'auteur du n° 139.

'Omar pacha à qui est attribuée la réfection du Borj El-goumen fut dey d'Alger du 7 avril 1815 à octobre 1817. Auparavant il avait joué un rôle politique très important dans la province de Constantine sous le nom de 'Omar agha. C'était un renégat grec, dont l'origine s'éclaire plus complètement encore par la qualification qu'il reçoit ici de « compatriote de celui qui fit la conquête » : c'est dire qu'il était de Mitylène, comme les frères Barberousse.

Les vers qui composent cette inscription sont scandés sur le mètre basît.

L'an 1231 de l'hégire correspond aux années 1815-1816 de l'ère chrétienne.

Musée d'Alger.

Inscription turque d'origine incertaine.

Belle écriture du type nesky cherqy.

Hauteur des lettres montantes : 0m,09.

Table de marbre mesurant 0m,63 de hauteur sur lm,17 de largeur.

Caractères gravés en creux et remplis de plomb, disposés sur quatre lignes scindées en deux parties dont chacune est enfermée dans un cartouche tracé comme les lettres.

(C-* <c~. cJ^^ • iiU^j/» J^r jyj. Cf^^jj J^s

JA>- àf, £?\j} j>~kJ-^J oX.Lâ. j>. m <s^. cr*->y O^fH

Traduction. — Bravo ! roi des bonnes actions, toi qui accomplis ce qui est licite et diminues le nombre des nouveautés^). Bravo ! architecte épris des plus belles œuvres. Que Sa Grandeur (2) lui donne, lorsqu'il sera trépassé, Son jardin radieux (3) comme rémunération! Il a élevé une construction pour loger les guerriers de la foi évidente (4). Que la Vérité maintienne toujours Ibrahim ben Kelil dans sa haute situation! Semblable à l 'aigle, il vole matin et soir vers les bonnes actions (5), lui qui, étant kazînadâr de sa majesté victorieuse Huseyn pacha, a aménagé sa chambre sur un plan séduisant pour faire honneur aux guerriers.

gène du Musée archéologique d'Alger, op. laud., p. 51 et sq.). Le texte qu'il en a donné contient plusieurs inexactitudes. Devoulx déclare que son collaborateur ottoman El-Hâjj 'Osman n'a pu établir une « traduction présentable » de cette épigraphe.

Il est une particularité intéressante que Devoulx a omis de signaler : l'inscription n'est pas complète, la table de marbre qui la porte ayant été sciée sur les bords. Toutefois, la section a été pratiquée de telle manière que la tête des lettres de la cinquième ligne est encore apparente. On s'explique ainsi l'absence de chronogramme et de date en chiffres. Le bord gauche a été légère-

1. I. e. : toi qui fais tant de choses que le nombre des nouveautés possibles en est diminué.

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