VI PRÉFACE
porte des bâtiments militaires. Malgré tout, la dévotion ne perd pas ses droits : tandis que les tombeaux s'ornent de stèles élégamment sculptées, les mosquées dressent leurs minarets, et les fontaines déversent leurs eaux abondantes et claires dans de larges vasques, pour rafraîchir le voyageur et lui faciliter les ablutions rituelles qui précèdent la prière.
Chaque fondation est célébrée par une table de marbre gravée d'un art délicat. Tantôt c'est une sculpture en relief ; tantôt, une gravure en creux dont le sillon, rempli d'un plomb martelé qui s'oxyde à l'air, prend une teinte noire tranchant sur la blancheur de la pierre. En général, l'écriture est harmonieuse et présente des dispositions élégantes qui font de ces épigraphes des travaux vraiment artistiques. Mais dans l'arrangement des groupes de lettres, dans le placement des points diacritiques, dans Torthographe et dans le style, le rédacteur donne libre carrière à sa fantaisie qui gagnerait parfois à être plus éclairée. Un lecteur inexpert éprouve, de ce fait, des embarras sans nombre, des hésitations dont il ne peut diminuer la durée que par un entraînement tout spécial qui l'accoutume avoir les choses comme elles sont et non comme elle devraient être.
Malgré les imperfections qui contrarient le philologue , ces inscriptions sont précieuses pour l'historien : elles lui fournissent les dates précises d'événements sur lesquels les chroniqueurs ne sont pas toujours d'accord. A ce titre comme à beaucoup d'autres, elles méritent d'être conservées et étudiées. Un grand nombre d'entrés elles ont été réunies, au Musée d'Alger; d'autres sont encore attachées aux monuments où les fondateurs les avaient placées. Mais il en est plusieurs qui ont disparu dès les premiers temps de la conquête, lors de la démolition d'une partie de la cité arabe. Il importait donc de conjurer les effets de cette dispersion et d'empêcher que les pierres encore existantes ne fussent perdues pour la science : c'est à quoi tend la publication de ce recueil.
Le Corpus des inscriptions arabes et turques du département d'Alger comprend deux cent onze épigraphes, dont cent quarante-huit sont rédigées en langue arabe, et
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soixante-trois, en langue turque. Sur ce nombre, cinquante cinq (1), c'est-à-dire plus d'un quart, sont inédites. Les autres ont déjà été insérées dans diverses publications dont la plus importante est Touvrage de Devoulx(2). Dès 1874, cet auteur relevait les inscriptions formant la collection du Musée archéologique d'Alger transporté, depuis, sur le territoire de la commune de Mustapha. D'autre part, il entreprenait, dans la Revue Africaine ^ une intéressante étude sur rhistoire d'Alger, et il insérait dans les récits de la période turque quelques-unes des épigraphes qui ornaient encore les murs de la ville. 11 est superflu de dire que j'ai mis à profit les travaux de Devoulx et de quelques autres arabisants; j'y ai puisé d'utiles renseignements concernant des pierres que le temps ou les heurts ont fortement endommagées, et qui étaient en meilleur état à l'époque où mes devanciers les ont examinées. Mais, en toutes circonstances, j'ai comparé soigneusement les lectures proposées par eux pour les passages qui manquent aujourd'hui avec les vestiges encore sensibles des lettres disparues; et c'est seulement après cet examen que j'ai adopté leur opinion ou que je m'en suis formé une nouvelle.
D'ailleurs, je me suis astreint à déchiff'rer sur place toutes les inscriptions citées; il n'est fait exception qu'en ce qui concerne le n** III (Appendice), pour lequel j'ai utilisé une copie très fidèle, et le n" IV (Appendice), que j'ai pu étudier dans tous ses détails sur un excellent estampage. Ces deux documents avaient été préparés à mon intention par M. Saar, administrateur de commune mixte à Cherchel; je suis heureux de lui renouveler ici mes sympathiques remercîments.
On pourra constater que les textes osmanlis contenus dans ce livre ne ressemblent en rien aux transcriptions de Devoulx qui, étant étranger à la langue turque, s'éclairait, sur ce point, des lumières d'un collaborateur. Si Mohammed ben 'Osman Kojà. Quant aux traductions, elles ont