TOUGGOURT
Inscription gravée en caractères du type neskhi sur une plaque de marbre blanc, placée au-dessus de la porte de la grande mosquée de Touggourt. Sa hauteur au dessus du sol n'a pas permis d*ea mesurer les dimensions (1).
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1. Les inscriptions de Tonggourt que nous donnons ici ont été publiées par Cherbonneau dans VAnnuaire de la Société Archéologique de Constantine (années 1856-57) sous les n^ 33 et 34. Nous les avons fait contrôler par les soins de M. Tinterprëte militaire Greck, du bureau arabe de Tonggourt. — Par la suite, le regretté Blanchet nous a fait parvenir des photographies prises par lui é. son passage à Touggourt, au cours d'un voyage aux ruines de Sedrata d'Onargla. Ces photographies, qui sont parfaitement lisibles, nous ont permis de rectifier les lectures antérieures.
Traduction. — a Au nom de Dieu^ Clément et Miséricordieux! Que Dieu répande ses grâces sur Notre Seigneur Mohammed!
« A été terminée la construction de cette mosquée très-magnifique grâce à la puissance de Dieu
« et à son aide bienfaisante, par les soins de celui qui l'a fondée dans un sentiment de piété
« et pour être agréable à Dieu^ F Emir très fortuné,
« très pondéré, très Juste j dont le but a été de se rapprocher par ainsi de la face de Dieu Très- Généreux^
« le Cheikh Ibrahim , fils du feu Cheikh Ahmed ben Mohammed ben
« D/ellabj année 1220. L'assistance vient de Dieu! » {Du !•' avril 1805 au 20 mars 1806.)
Nous relevons entre la lecture ci-dessus et celle de Cherbon-
neau quelques divergences : à la 3« ligne, ^jmJi ^ «i J^ au lieu de j*mf^\ ^ j» Jp que donne Gherbonneau; à la 4* ligne J^y^j3
au lieu de ^\j^j3>
Les Ben Djellab, qui prenaient avant notre conquête le titre pompeux de Sultans de Touggourt, descendent, s'il faut en croire la tradition, d'un Gherif du Maroc de la famille des Beni-Merin, venu s'installer dans le pays au commencement du xv« siècle (1). L'aménité de son caractère et les bienfaits dont lui et ses descendants comblèrent les populations de TOued Righ lui auraient valu le sur-
nom de v^i ™^^ ^ ^^^ V attirant. Faut-il voir là une de ces étymologies comme les Arabes excellent à en inventer, ou est-ce au contraire la véritable origine du nom patronymique de la famille? L'inscription suivante, sans trancher la question, nous montrera du moins que l'explication ci-dessus du mot Djellab était universellement admise.
1. La tradition orale est ici d'accord avec le Kitab-el-Adouani, qui n*a fait probablement que la reproduire, et avec la Chronique tunisienne d*El Hadj Hamouda ben Abdelaziz, citée par Féraud : il» JJ »li*3j ^J^ V^^ >^i
Ben Djellab sont maîtres de Touggoart et émirs de cette yille depuis long< temps; ils font partie des descendants des Béni Merine, et leur autorité est respectée dans le pays de Righ. »
Féraud (1) a réuni les traditions ayant cours chez les indigènes sur Touggourt, et écrit une monographie détaillée de la famille Ben Djellab. Nous nous contenterons d'y renvoyer le lecteur.
Ibrahim était un des fils du Sultan Ahmed ben Amor, mort pendant son pèlerinage à la Mekke. Jeune encore, il fut investi du pouvoir en remplacement de son oncle Farhate. La première partie de son règne devait être traversée d'épisodes dramatiques. Il entra en lutte contre le bey Salah, et ne tarda pas à devenir victime de la ruse des Ben-Gana, alliés de ce dernier. Pris par trahison, il fut interné à Constantine, puis replacé à la tête de ses états par ce même bey Salah. Son retour marqua une ère de prospérité pour TOued Righ; c'est alors que la grande mosquée put être achevée. Cependant ses frères ne tardèrent pas à lui disputer son héritage. Après plusieurs années de luttes, il périt dans un guet-apens dressé par son frère Mohammed. Nous croyons devoir placer la date de sa mort vers Tannée 1815.
Inscriptions gravées en relief sur la chaire de la mosquée de Touggourt. Le minbar est entfèrement construit en bois, et les phrases suivantes sont sculptées en caractères barbaresques de grandes dimensions, couvrant de longues bandes qui courent autour de la chaire.
!• Longueur de l'inscription : 0",80. Hauteur : 0™,12. Une seule ligne.
Traduction. — Au nom de Dieu y Clément et Miséricor^ dieux! Que Dieu répande ses grâces sur Notre Seigneur Mohammed.
2® Longueur de l'inscription : 0™,89. Hauteur : 0",12. — Deux lignes dont les grandes lettres s'enchevêtrent.
1. Les Ben Djillab^ sultans de Touggourt (Revue afncaine^ anaées 1879 et bdIt.). V. aussi Ernest Mercier, op. ct^, t. III, p. 425 et sq., 510 et sq.
L-M ji ^^L ^j^\j\ <^\ ^jjl ^1 jjJH Iju. ^J^ LUI J^b y^ cx\ ^j ^y /^ ^Ul jiS K^
Traduction. — « A reconsiruil ce minbar le cheikh qui porte le nom de Brahim, dont la générosité est vantée par nombre de gens dans tout pays : cest un descendant de Djellab [r attirant)^ et il nous a attiré par ses bienfaits » .
3° Longueur : 0™,80. Hauteur : 0",12. — Une seule ligne enchevêtrée.
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Tbabuction. — « Il fut généreux^ car il agissait sous r inspiration et une belle dme. Il préféra les biens éternels à un monde périssable ».
4* Longueur: 0™,82. Hauteur: 0™,12. Une seule ligne enchevêtrée.
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Traduction. — « [Ce prince"] d'une générosité sublime a bâti un temple pour Dieu; il a voulu ainsi obtenir au jour des récompenses le plus magnifique des bienfaits ».
5" Longueur : 0"S60. Hauteur : 0"»,14. — Face antérieure, audessus de la porte; deux lignes.
^\ ^ ^ C^}\ ^JM K
Traduction. — « 7/ a été terminé avec F aide de Dieu à la fin du mois de Ça far de l année Mi^-mires; la solution de r énigme en fait comprendre le sens » .
Les 3% 4* et 5* parties de rinscription sont en vers du mètre taouily ainsi que la 2* ligne de la 2« partie. L'année 1219 correspond à la période qui s'étend du 12 avril
1804 au 1" avril 1805. Le chronogramme j^ju que Ton peut lire également ^ju, ne donne dans aucun cas de solution satisfaisante. Gherbonneau a lu J^j^* mirech qui est plus plausible, la valeur de la lettre Ji étant 1.000 tandis que celle de ^ n'est que 300. Mais il est manifeste que les trois points du Ji> manquent dans rinscription, et cependant le sculpteur disposait d'une place suffisante pour les inscrire. La valeur du mot mirech serait 1250, ce qui daterait l'inscription du 10 mai 1834 au 28 avril 1835.
Tel est l'avis de Gherbonneau (1) et de Féraud (2), qui attribuent ainsi la restauration de la mosquée à Ibrahim, fils de Mohammed ben DJellab. Ge prince succéda à son frère Amer vers l'année 1830; son règne fut de courte durée. Dès 1831, il partait pour accomplir le pèlerinage de La Mekke et laissait le pouvoir par intérim à son jeune frère Ali, qui ne tardait pas à entrer en relations avec nous, espérant obtenir du gouvernement français l'investiture permanente du pouvoir. Aussi fut il désagréablement surpris lorsqu'il reçut la nouvelle qu'Ibrahim, après une absence de dix-huit-mois, venait de débarquer à Bône. Dans une lettre au gouverneur d'Alger, on le voit insister pour le prier « d'autoriser son frère à rester à Bône avec sa famille et ses biens. » Ge séjour forcé parmi nous n'était pas du goût d'Ibrahim, qui reprit immédiatement la route de ses états où il donna de grandes fêtes pour célébrer son retour. Ali, pour qui les douceurs de la vie privée n'avaient plus de charmes, profita de ces réjouissances pour introduire dans la Kasba quelques serviteurs dévoués, avec Taide desquels il poignarda son frère (1833).
Il nous parait difficile que dans un règne aussi agité et aussi court Ibrahim ait eu le temps de reconstruire, même partiellement, la grande mosquée de Touggourt. D'ailleurs, cet édifice datait de vingt-cinq ans à peine, et il nous semble improbable qu'il tombât en ruines dès cette époque, quelles que soient les défectuosités de Tarchitecture arabe et sou peu de durée. Enfin, la date de 1834-35 ne cadre même pas avec celle de la mort d'Ibrahim. Ge sont là de nouvelles raisons qui nous portent à croire, contrairement à l'opinion de Gherbonneau et de Féraud, que la lecture du