‹ Corpus des monuments grecsChapitre 29 sur 43 · HEMICYCLE DE ' TIBERE · texte numérisé non relu

HEMICYCLE DE ' TIBERE

Relevé a. Troie ^

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iSgo à peu de profondeur au dessous du sol moderne, sont assez bien conservés, encore dallés et revêtus de marbre blanc. Ce monument présente, sur son mur d'entrée A B (pi. i5), deux portes symétriques A et B, donnant accès à un liémicycle entouré de gradins ; ceux du bas, dont je donne le profd au bas de la pi. i6, sont ])ien conservés, mais les gradins supérieurs ont été dévastés. Opposé au mur d'entrée, un autre mur, désigné sur notre plan sous le nom de Grand mur, limitait l'édifice au nord. Au dessous et contre ce mur on voit neuf grands vases ou pitlioi piqués en terre (voir plancbe ^3), où l'on trouva des céréales et des pois ; l'un d'eux en contenait plus de deux cents kilogrammes. On accède aux rangs supérieurs par des escaliers. Au milieu de Ibémicycle dallé en marbre, alternativement blanc et coloré, on voit les moulures inférieures d'un piédestal ou d'un autel D (pi. i5), base dont le profil est donné à gauclie de la pi. i6. En face de cette base sont des restes de ce que je considère comme une tribune ; on y reconnaît un avant-corps saillant, qui aurait été réservé à l'orateur, et l'une des deux parties en retraite qui pouvait être la place des assesseurs ou d'un escalier (voir la photograpliie qui montre l'état actuel sur la plancbe i8j. En avant et contre la tribune, une rangée de trous, garnis de goujons encore en place (figurés par des points noirs sur la plancbe i5 et dont le détail E se trouve en perspective sur la planche i6) ; ils sont à section carrée, en bronze, soudés à l'aide de plomb, et maintiennent encore des fragments de pierres saillantes. C'est un détail intéressant pour cette histoire encore presque ignorée f[ue nous avons tentée dans notre Essai sur l'existence d'une Architecture métallique antique '. A cet égard, le seuil des portes A et B est d'autant plus instructif qu'il est comme daté par les inscriptions de l'hémicycle, reproduites sur la planche i6, et qu'ainsi nous possédons \\\\ excellent point de repère pour la chronologie, encore ignorée, de l'emploi du métal dans les constructions; nous allons donc voir ici les procédés employés pour ferrer et fermer une porte à l'époque de l'inscription.

1. Paris, 1883. Nous en préparons une réédition complètement remaniée.

Cil. Normand. — La Troie d'Homère. 11

Le seuil de la porte B est celui (jue j'ai relevé (pi. i6) comme étant le mieux conservé. En avant du seuil, on trouve un morceau de pierre poreuse, lonj^ d'un mètre, formant marche ascendante, qui me paraît être une addition barbare et postérieure. Quant au seuil lui-même, il est de marbre et porte au dehors et en bas une moulure (voir la perspective du seuil) ; aux traces d'usure, on peut ju<jfer que le passade fut longtenqjs ou beaucoup fré([uenté. Sur le bord interne règne une feuillure sur laquelle battaient les vantaux de la porte, tournant sur pivots dont les trous (pi. 16) gardent les traces d'usure, et ouvrant par conséquent sur l'intérieur.

La porte était à deux vantaux : au milieu de la longueur du seuil, un trou recevait l'extrémité du ferrement quand on tenait les deux vantaux fermés ensemble ; de chaque côté un autre trou pour ne fixer qu'un seul vantail à la fois.

Des montants de la porte il n'existe plus rien ; mais on voit leur place reconnaissable à la taille plus fruste du lit de pose, et d'ailleurs bien déterminée par deux lignes, finement creusées par le travers du seuil. Sur ce lit de pose on voit encore de chaque côté deux trous carrés destinés à loger les goujons d'assemblage dont les fragments de bronze sont visibles avec leurs scellements de plomb, que l'on avait coulé par une petite rigole ménagée dans l'épaisseur du marbre. On trouve, entre la place du montant et la suite du mur de façade, un intervalle laree de dix-huit centimètres (teinté plus sombre sur la planche 16), poli comme le seuil.

Ce monument, contenait des statues de Tibère, de Caligula, et, probablement^ de la jeune Agrippine ou de Poppée. On y a trouvé |)lusieurs inscriptions en l'honneur d'Auguste, dont l'une date de y^i-y^d de Rome. Le miu- de façade A B (pi. i5) devait être couronné d'une frise de triglyphes doriques, si l'on en juge par ceux qui ont été retrouvés au pied de ce nuu\ En les mesurant, près de la porte A, je me suis aperçu qu'ils sont identi([ues à ceux que j'avais relevés, peu d'heures auparavant, dans le cimetière d'Halil Eli : des deux parts on trouve que le triglyphe a o'"3o5 de large, o"'46o de haut et que sa métope

mesure o'"45o de larj^e. Ne pourrait-on Inférer de cette analogie que les triglyphes et autres débris d'Halil l'Lli proviennent de la Troie grécoromaine (voir page 1-2)? Autre détail curieux que présentent ces triglyphes : à chaque angle supérieur est un demi-cercle évidé, disposition qu'on trouve rarement.

Quelle pouvait être la destination de cet édifice ? Lorsque les journaux de Grèce et d'Orient annoncèrent sa découverte, on le donna comme im théâtre. Cette hypothèse me parut peu vraisemblable, dès que je fus arrivé sur les lieux, où je ne retrouvais rien des dispositions essentielles et du développement du théâtre antique. Ce qui serait la scène semble plutôt fait pour une tribune d'orateur. Ne serions-nous pas en présence de ce Sénat, divisé en Conseil des Anciens et Conseil des Nouveaux, dont l'existence est attestée à Ilion par des inscriptions ' ? Ne serait-ce pas une sorte de Boulcutérioii comme ceux que j'ai vus à Eleusis et à Mantinée ? D'ailleurs, dans son rapport de 1890 (page i5), Schliemann hésite entre le théâtre et la salle d'assemblée. Je proposerai de le désigner par le nom ai Hémicycle de Troie, terme qui a l'avantage de préciser la forme du monument, d'éviter les confusions et les changements d'attribution. Cet hémicycle pouvait recevoir deux cents auditeurs environ.

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