MONUMENTS D'ILIUM NOVUM DONT NE SUBSISTENT QUE DES FRAGMENTS
Nous avons examiné les monuments qui sont visibles aujourd'hui à Ilion. Examinons à présent les restes de diverses constructions dont on n'a retrouvé que des fragments; ainsi on a reconnu les restes d'un petit ordre
1. Inscriptions antiques dans Le Chevalier, p. 312; Clarke, p. 86; Walpole, 104, 468; Dubois, n" 32 ; Turner, 228. Musée du Louvre, n" 544.
dont on ne peut inférer, avec Sclilieniann, que ce soient les déJDris d'un petit temple, car il a pu servir tout aussi bien d'ordre intérieur. L'éclilne de ce chapiteau est une ligne presque droite; elle est unie par trois annelets au fût de la colonne qui a o*» 45 de diamètre à sa partie supérieure et probablement o"^ 59 à sa partie inférieure; le fût est décoré de vingt cannelures. A l'architrave, dont la hauteur ne peut être déterminée on com|:»te cinq gouttes seulement au dessous des triglyphes, au lieu des six qu'on y trouve d'habitude; dans le haut, au dessus des triglyphes, on les retrouve en nombre consacré. La hauteur des triglyphes est de o™ 355, leur largeur de G'" 276; on en comptait trois dans un entre-colonnement de çleux mètres.
La coroiia et le Cfinatlum sont taillés dans un bloc d'un calcaire coquillier, dont la face extérieure a été couA^erte d'un enduit de chaux. Les blocs du temple sont joints par des crampons en forme d'U et par des chevilles en fer; ils ont été employés à la construction de murs et aux fondations d'un portique romain. On n'a pas pu déterminer l'emplacement du monument dont ils proviennent.
En 1 88'2, on mit au jour un portique de colonnes en syénite, couronnées de chapiteaux corinthiens en marbre blanc ; il était dallé de grands blocs de pierre calcaire bien taillés. Le pavé était déjà couvert de o™ 3o de décombres quand les colonnes sont tombées, toutes dans la direction nord-ouest.
Un portique romain se composait d'une suite de colonnes espacées de 2 '" 3o d'axe en axe et dressées sur deux degrés de marbre dans la partie centrale du portique. L'entablement comportait trois triglyphes de marbre d'une colonne à l'autre.
En 1873, près de la surface, on mit au jour une grande maison grecque qui descendait jusqu'à deux mètres de profondeur; l'aire des chambres était couverte de larges dalles de pierre rouge polie; comme elle se trouvait au desstis de la rampe sud-ouest, on dut détruire la maison pour mettre la rampe au jour.
Les Troyens avaient à leur disposition des eaux en abondance, à en juger par les restes d'un aqueduc gigantesque.^ qui recueille encore les
eaux du cours sujjérieur du Thymbrius pour les conduire à Iliiaii. On a mis à nu, en divers endroits, notamment en 1890, derrière l'hémicycle de Tibère, des conduites d'eau cylindriques, en terre. D'ailleurs, on a retrouvé deux fuiUaincs construites en blocs régulièrement taillés et descendant de l'étage romain jusqu'au roc primitif.
On a retrouvé plusieurs puits; l'un d'eux, mis à nu en 1890, se dresse encore comme une tour isolée au bas de la rampe sud-ouest.
D'autres fragments d'édifices sont visibles un peu partout. Ainsi, au nord, de tous côtés, ce ne sont que colonnes de marbre, de granit, fragments de sculptures, pavés de mosaïques, fleurons ayant décoré des fonds de caissons. J'ai remarqué particulièrement un fragment de colonne cannelée, en marbre blanc, avec cartouche rectangulaire pris dans la masse du fût. Sur le flanc opposé de l'Acropole, au sud, les fouilles ne sont pas encore faites. Pourtant on a pratiqué, en 1890, au sud et à l'ouest du pied de la Pergamos, des tranchées longues de cent mètres; elles ont mis à jour des murailles d'édifices importants d'Ilion et des colonnes corinthiennes.
La ville basse doit se trouver au dessous; mais il y a en cet endroit un amoncellement considérable de terres à déblayer. On a retrouvé aussi un grand nombre de bases de statues et de morceaux de sculpture; ici, \n\ bras se dresse sur une tête ou pose sur une autre; ailleurs, c'est une Niké ailée sur un char, un autre fragment porte une tète de Méduse, et un petit relief figure des chevaux galopant.
Un Hercule garde une ])eau de lion et un dieu fluvial tient une corne d'abondance appuyée sur une urne; ce sont des sculptures romaines trouvées dans un puits du côté sud de la ville basse. On a découvert encore une belle tète de femme de l'époque macédonienne, ime tète de cheval, des poteries, notamment vme bouteille tripode archaïque et des fragments colorés; le plus remarquable est une tète de sphinx (V. pi. 10) se détachant en brun foncé sur un fond jaune clair ; la chevelure, retenue par un bandeau rouge , est enroulée comme sur les statues archaïques. On a trouvé aussi de petites figurines, un porc en terre cuite marqué d'un semis d'étoiles, des
têtes ou masques, les unes archaïques, les autres de la belle époque; un moule en terre cuite représentant un homme et une femme, de nombreusesrondelles d'argile, une clef de bronze en forme d'Hermès, une autre en fer, une lampe grecque sur pied élevé, une pièce de plomb carrée portant en relief une télé de sanglier.
Les poteries trouvées dans la couche romaine sont ordinaires, le plus, souvent incolores; parfois elles sont noires. On rencontre beaucoup de lampes, des vases et des conduites d'eau en terre cuite non peinte.
Schliemann et les bergers ont retrouvé à Ilium beaucoup de médailles en bronze, pour la plupart d'Ilion et d'Alexandria Troas, et en moindre quantité des villes voisines ou même de Smyrne et d'Ephèse. On a recueilli aussi des pierres gravées figurant des portraits ou personnages montés sur des chars; elles sont romaines et macédonniennes. Vers i856, deux Turcs découvrirent sur le coteau d'Hissarlik un trésor de 1.200 statères d'argent du temps d'Antiochus.