A. — [LE DRESSAGE
a) Bases hygiéniques. — Le dressage ne peut être entrepris avec des chances de succès que sur des poulains dont l’alimentation après le sevrage a été rationnellement comprise. Notre rôle ici n’est pas d’établir la composition de la ration alimentaire des jeunes sujets destinés à la pratique future du trot. Qu'il nous suffise de dire que les éleveurs se doivent de donner à leurs poulains une alimentation dans laquelle l’avoine doit entrer pour une part allant en augmentant jusqu’à l’âge de deux ans.
Non moins indispensable à suivre est la règle de l'hygiène corporelle et de |’ «habitation » des jeunes trotteurs. Sans insister disons que leurs boxes doivent être propres, bien aérées, leur litière abondante, souple et souvent renouvelée.
Enfin une attention particulière doit être apportée à l’hygsiène du pied, qu’il est indispensable de maintenir dans les meilleures conditions d’entretien possible. Les pieds défectueux ne sont-ils pas souvent la cause des futures défectuosités d’allures ? Que les éleveurs ne négligent pas de mettre souvent les poulains à la prairie. En surveillant l’usure des sabots de ceux-ci, en la rectifiant au besoin, bref, en apportant un soin particulier - à l’hygiène des pieds des jeunes chevaux, ils ne font que mettre en pratique un vieil adage : « Mieux vaut prévenir que guérir » et obtiennent ainsi des sujets prêts pour le travail, le dressage.
b) Dressage proprement dit ; débourrage. — « Le dressage — premier stade de l’entraînement —— devrait
rationnellement incomber à l’éleveur et non à l’entraîneur », dit Ed. CUROT. En effet, c’est au premier à étudier le caractère du poulain, à vérifier et à développer ses dispositions anturelles, en particulier son aptittude trotteuse. Le dressage a pour effet de faire acquérir « ce liant » recherché des entraîneurs, sans lequel les sujets sont inhabiles à obéir à l’action des aides.
Réaliser l’indépendance fonctionnelle des différents $roupes musculaires nécessaires aux effets demandés, provoquer la répartition de leur poids sur l’avant-main et l’arrière-main de façon que les déplacements soient facilités, telles sont les indications à remplir.
L’hygsiène du dressage (à laquelle est souvent lié l’avenir des sujets) comporte les directives suivantes éviter la tension exagérée du bridon qui compromet la sensibilité de la bouche, éviter par le calme, la patience, la douceur, de provoquer la rétivité qui entrave ultérieurement l’utilisation normale du sujet.
« Progressif doit être le dressage » : il faut habituer le poulain au licol dès le premier mois, lui laver souvent les quatre pieds, l’atteler, à douze mois, au sulky, commencer par lui mettre une simple sangle, très lâche la première fois, serrer peu à peu. Remplacer ensuite la sangle par un surfaix de dressage plus large ; promener le poulain dix minutes. Ajouter la croupière ; on doit y préparer le poulain en lui prenant souvent la queue à pleine main et en la relevant. Ajouter la bricole, en tenir les extrémités une de chaque main et faire tirer le poulain en résistant un peu. Faire tourner à droite et
Gb
à gauche. Mettre le bonnet et atteler sans bruit en causant. Conduire en main, un homme de chaque côté. Atteler huit à dix jours de rang. Le poulain ne doit pas même esquisser une défense. »
Ces conseils de progression sont ceux d’un éleveur. Beaucoup d’autres s’inspirent de ces sages précautions qui, si elles peuvent paraître puériles à certains, ont cependant une g$rande influence sur le caractère et l’avenir sportif des sujets.
À ces méthodes qui constituent le premier temps du dressage, doivent succéder insensiblement celles qui président au « débourrage ». À quinze mois, sur 700 à 800 mètres, on peut faire porter 10 à 12 kg. au poulain (pour aller à la pâture et en revenir par exemple), ce poids étant constitué par un simple tapis avec plomb. À seize mois, s’il est assez fort, le poulain peut être monté. Avant de l’emboucher il est bon de lui apprendre à obéir aux tractions des rênes attahées aux anneaux du caveçon. Ces rênes doivent être maintenues par une martingale un peu lâche. Pendant ce dressage il convient de mettre au poulain un mors à jouets à l'écurie, puis un mors brisé un peu lourd avec canons plats : une heure chaque jour pendant une quinzaine de jours. Ensuite le caveçcon doit être remplacé par le mors.
On fait faire au poulain des promenades au pas de plus en plus longues (à raison de deux ou trois par semaine) pour arriver à près d’une heure vers vingt mois. Ne jamais trotter est un excellent principe. Il vaut mieux continuer ainsi jusqu'au départ pour l’entraînement véritable.
pres
Les poulains ne font, en principe, que du pas monté. Mais ils peuvent prendre de l'exercice au trot à la prairie. Qu'ils trottent pendunt un temps de plus en plus long à partir de quinze à seize mois : faire ce premier travail le matin (vers 9 heures) quand la digestion du premier repas est terminée, en utilisant cloches et gsuêtres pour éviter les premières atteintes éventuelles qui dérègleraient déjà le trot.
La première ébauche des allures n’en sera que meilleure. Le poulain en liberté doit trotter aussi lentement que possible . ainsi il effectue une première $ymnastique au ralenti qui est en quelque sorte le prélude à l’automatisme de son trot futur. C’est presque naturellement que l’apprenti trotteur doit se déplacer au bout d’un certain temps au rythme des allures normales.
Le terrain doit avoir une pente assez sensible pour que les épaules et les jarrets se fassent bien. Enfin il faut avoir soin d’arrêter le travail bien avant que le poulain ait chaud ; il ne doit jamais « mouiller » ; à la fin de l’exercice il faut enlever les suêtres, laisser pâturer, faire boire. Le poulain termine sa journée à l’herbe.
C’est aussi à la prairie que, par la suite, on doit développer l’activité pulmonaire des sujets. La « mise en souffle » est une indication impérieuse trop souvent méconnue. Le nombre de kilomètres que fait un poulain varie avec son tempérament et la fertilité de l’herbage.
L'exercice naturel des côteaux et des vallons est précieux : les canters, la lutte entre les sujets développent le coefficient respiratore.
DA Lee
Cet exercice répété du sevrage à dix-huit mois, constitue en réalité le premier stade de l’entraînement. Bien compris, c’est lui qui conditionne l’obtention de la précocité, de la docilité, de la facilité d’allures des futurs compétiteurs. Il permet de supprimer la période de dressage à l’arrivée des poulains à l’entraîïnement, car bien trop nombreux sont encore ceux qui, au moment d’être pris en mains par les entraîneurs eux-mêmes, n’ont pas été dégrossis « par ce premier travail » léger mais si profitable imposé pendant le dressage et le débourrage. Si tous les entraîneurs savaient quels avantages ils ont à prendre des sujets dressés, s’ils voulaient admettre qu’un dressage bien compris, méthodique, est indispensable à une future bonne carrière sportive, ils n’accepteraient dans leurs entraînements que de jeunes trotteurs véritables, c’est-à-dire déjà formés à |” « école enfantine » du trot, celle du dressage et du débourrage.
L'application de ces données a déjà fait ses preuves dans maints élevages et il serait souhaitable qu’elles soient suivies plus souvent.
C’est encore pendant cette période de débourrage que, par un travail progressif, on doit s'appliquer, en l’exerçant sur un terrain légèrement accidenté, à développer les muscles du poulain, particulièrement ceux de l’épaule, de la cuisse, des hanches : à « faire le dos » par une gymnastique fonctionnelle appropriée, par un système raisonné ou éradué de poids ou de tractions. En effet, souvent les défectuosités d’allures sont dues à une mauvaise conformation de cette région.
En résumé, on ne peut tirer que des avantages d’un
LSTGOES
élevage rationnel et d’un dressage méthodique : ce sont eux qui servent à former le caractère des sujets, à assurer leur croissance normale, à provoquer leur précocité, à développer par un entraînement rationnel précoce leur souffle, leur musculature, leur ossature... qui donnent aux jeunes trotteurs une valeur sportive toute prête à s'épanouir. Telles sont en tout cas pour beaucoup, telles devraient être pour tous les bases de l’élevage scientifique des poulains trotteurs. Elles sont en quelque sorte le traitement préventif du déséquilibre caractérisant les chevaux mal préparés, qui ont été mal « formés ». À ce titre, elles constituent une première correction avant la lettre des défectuosités d’allures du cheval de trot qu’on ne saurait, nous l’avons vu, jamais trop redouter.