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CHAPITRE IV

Sénilité de T esprit

Chez les vrais fous, hommes et femmes, dont le désordre psychique, par rapport à ceux de la classe intermédiaire entre Tesprit normal et Tesprit malade, aux matloïdes, est lellemen exagéré qu'ils se trouvent rarement libres dans la société, nous observons l'amour de telle sorte qu'il nous est facile de Tétudier de plus près en les considérant soit isolés, soit dans leurs rapports avec les sains d'esprit, à l'intérieur de lasile.

Ici, Tétude sera scientifique, elle examinera la fonction de Tamour physique et psychique par une analyse minutieuse et sûre à laquelle n'échappera même pas ce qui, pour le mattoïde qui court librement les rues, ne pouvait être que vaguement deviné.

Nous voyons chez les fous à forme invohitive la fonction de Tamour montrer beaucoup d'analogie avec ces anomalies et ces défauts qu'elle présente d'ordinaire chez les personnes saines, au moment de leur décadence, depuis l'instant où elles dépassent la maturité et au delà. A l'opposé de ces anomalies et de ces défauts de l'amour chez les fous dont je parle, se trouvent les anomalies et les défauts de l'amour tels que je les ai décrits chez les phrénaslhéniques et chez les mattoïdes ; chez ceux-ci, l'amour se trouve altéré en lant que fonction physique, psychique et sociale qui est arrivée au degré d'insuffisance du développement; dans les premiers, l'amour, après avoir atteint les formes et les énergies de la maturité, tombe en décadence, déterminant des

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troubles, divergeant et s'affaiblissant par un processus non uniforme, et par mesure inégale sur les différents points psychique, physique et social.

Les phrénasthéniques et les mattoïdes, en amour, sont toujours des enfants qui^ à des degrés différents, ou n'éprouvent pas de besoins sexuels, ou se masturbent, ou rêvent d'amour chimérique, ou aiment sans vraie passion, sans constance, et de façon nullement correspondante au but biologique et social de Tamour lui-même. Les fous sont des vieillards qui ont cessé d^aimer, ou qui singent la passion, ou qui épuisent la fonction, ou qui la dévient de telle sorte qu'elle n'a plus de rapport avec son but biologique ; ou bien encore, par suite de la faiblesse des aptitudes correspondantes, ils réduisent l'amour psychique au point d'en revenir à la simplicité et aux illusions ridicules de Tadolescence.

Contrôlons maintenant Texactitude de ce que j'ai dit sur la série des faits cliniques et séparons encore, pour plus de clarté, Tamour psychique de celui que j'appellerai physique ; cette division, ici aussi, est artificielle, elle ne correspond pas pleinement à la réalité, car ces deux formes d'amour sont étroitement unies dans les rapports que j'ai décrits plus haut, mais ce mode de classement est utile à la clarté de mon exposition.

La fonction sexuelle chez les fous en général. — Pour ne pas allonger trop celle exposition, j'insiste sur la nécessité de considérer un certain groupe de phénomènes comme communs [à toutes les formes (degrés) de la folie, au point de vue de Tamour psychique comme à celui de l'amour physique. Je parlerai donc d'abord des anomalies de la vie sexuelle chez les fous en général : et je distinguerai les formes les plus saillantes des aliénations mentales involutives, de même que je dirai ce qu'il y a de spécial ou de plus accusé dans chacune de ces formes..

Le premier fait qui saute aux yeux, c'est que, durant la folie, personne n'est devenu amoureux, dans le sens d'un amour vrai, naturel, qui ait en lui, outre le désir organique de lacté sexuel, l'attraction, la sympathie, le désir de la famille, l'affection pour une personne de sexe différent, le choix avec des jugements moraux et sociaux, ordinaires et justes.

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Ce fait est la preuve la plus claire et la plus évidente de cet autre, d'ordre plus général : que chez les fous, Tesprit ne crée plus, mais qu'il reproduit et répète. La folie peut se comparer à un papier brûlé, sur lequel on lit les caractères précédemment écrits, mais sur lequel on ne peut plus écrire.

Le fait que les fous ne sont pas susceptibles d'acquérir une passion amoureuse nalurelle peut très bien, dans ces cas particuliers, dépendre de désordes intellectuels spéciaux, sensoriels, affectifs, organiques, nerveux, etc , mais, dans Tensemble, il a une signification que Ton ne peut méconnaître ; c'est que l'individu fou est mis hors de la ligne de continuité de Tespèce et qu'il faut le comparer plus exactement à l'individu qui a dépassé l'âge de lu vigueur et qui représente un résidu inutile. Quem Deus vult perdere dementat.

Par suite de la folie, l'amour qui régnait chez Tindividu, même lorsqu'il est intense et d'ancienne date, est oublié, méconnu, ou bien rejeté et contrarié. Dans quelques cas, il peut persister comme une faible réminiscence n'ayant pas pour effet de provoquer la passion, ni même le désir erotique. Des jeunes hommes ou des jeunes femmes, aliénés par suite de souffrances amoureuses, auront, durant la folie, caché dans leur esprit et dans leur cœur la cause même de leur folie et leur passion ; ou bien, ils en conserveront un souvenir sans émotion, comme la résonnance, l'écho de mots dont ils ne comprennent pas la signification. Les histoires romanii(|ues et dramatiques de passions amoureuses qui se traduisent tout entières dans le délire, sont très probablement des fantaisies poétiques basées sur des faits grossièrement interprétés (1).

J'ai eu l'occasion souvent d'assister à des visites que faisaient des amants à des jeunes filles aliénées, et aliénées souvent, dans une certaine mesure, à cause de chagrins d'amour ou des maris à leur femme aliénée qui leur était autrefois attachée par une grande affection; et je ne vis jamais, si ce n'est très légèrement, outre la commotion ordinaire provoquée par la vue d*une personne connue et familière, apparaître Tindice d'une affection d'amour ; je ne vis jamais rien d*érotique. Au contraire, à

{{) \ eniur'i. ^ / Discorsi deipazei. Il Manicomio moderno. Nocera Inferiore,1893

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l'occasion des visites que les parents font aux fous à Tasile, les affections parentales arrivent toujours à se manifester; spécialement, d'une façon intense et turbulente, Tamour maternel, après quoi, par degré d'intensité, succède celui de la patrie ou de la maison.

A la guérison de la folie, l'affection pour la personne autrefois aimée et le désir correspondant ne reviennent pas, dans le plus grand nombre des cas^ ou bien, ils reviennent avec faible intensité et sans passion.

Danscertains cas, il peut se faire qu'avec le temps et l'habitude ils se ravivent. Qui a été atteint gravement par la folie, puis guéri, n'est plus capable d'aimer dans la même mesure et de la même façon que lorsqu'il était sain, car la maladie a affaibli chez lui Ténergie des affections. Le pouvoir sexuel, lui-même, ne se rétablit pas dans la même mesure ; j'ai reçu les confidences de malades guéris ou de leurs femmes en tel nombre que je puis considérer ce fait comme existant presque sans exception.

Yoici donc que, même par rapport à Tamour et à l'énergie sexuelle antérieurs, la folie incidente agit comme si c'était là un état de sénilité pendant lequel les passions cessent ou se décolorent et où le pouvoir sexuel disparait ou s^affaiblit.

L'amour, qui fut en suspens, reprenant avec un degré moindre d'intensité après la guérison, confirme ce fait : que la folie précédente fut une tempête qui. ayant atteint le système nerveux. le laissa après elle, vieilli de dix et de vingt ans.

J'ai connu des jeunes filles qui épousèrent, après la folie, l'amoureux de jadis, et qui s'acheminèrent au mariage avec le calme de la femme de quarante ans, toutes les fois qu'elles n'y furent pas amenées par un érotisme qui indiquait un état morbide et le déclin de la jeunesse du sexe et du cœur.

L'antipathie queles fous éprouvent souvent pour les personnes qu'ils aimaient autrefois, conjoints, enfants, parents, amis, représente plus que l'apathie dont nous avons parlé et demande à être expliquée au point de vue des rapports qu'il y a entre la folie et les dispositions affectives delà personnalité.

Ce fait peut être l'effet d'une antithèse provoquée par l'action polarisatricequi surgit dans le cerveau à cause du désordre dont il est frappé. C'est un fait psychologique, qui obéit à loi d'asso-

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ciation par laquelle un sentiment s'acquiert et se consolide par Texistence d\in contre-poids. Lesentiment du bien existe en tant qu'il s*oppose à celui du mal : celui du courage à celui de la peur« celui de l'orgueil à celui de Thumiliation ; celui du bien à celui du laid, celui du bon à celui du mauvais; celui du divin à celui du diabolique ; celui de l'affectionà celui de la haine, etc. (Ribot).

Dans ce cas Téloignement pour les personnes, d'abord aimées, est TefTet d'une action d'antithèse et la sympathie retourne avec la modification de l'état mental, lorsque, avec le retour de la conscience les affections et les sentiments d'autrefois reprennent leur place, mais avec une énergie atténuée.

L'antithèse est une organisation psychologique qui a de fortes racines dans le sentiment et dans l'émotivité. Elle est donc vive et tenace dans la jeunesse et chez les individus à constitution psychique vigoureuse ; peu à peu, à mesure que se consolide la prédominance de la volonté sur l'énergie affective et nerveuse, l'antithèse s'affaiblit pour être remplacée par des idées ou des sentiments qui ont reçu peu à peu, de l'expérience, un contenu et un aspect indépendant. Dans les folies avec affaiblissement de Tesprit, de même que dans les sénilités, la dissolution de tout ce que l'on a acquis dans la vie individuelle n'a pas pour effet d*africher les sentiments d'antithèse; la décoloration des idées et l'affaiblissement du sentiment prévalent seuls.

La répugnance pour les personnes qui d'abord étaient chères est rare dans les formes graves de faiblesse mentale.

Du^este, dans les cas de folies aiguës sans faiblesse et chez des sujets jeunes et robustes, le sentiment d'antithèse est rare aussi par rapport à Tamour, en raison du peu de temps pendant lequel il a occupé l'esprit et le cœur du sujet ; il n'a, par conséquent, pas pu s'organiser dans Tinconscient et dans les stratifications du sentiment de manière à n'être ni effacé ni obscurci; alors que les affections parentales, qui, s'il s'agit des enfants, sont de plus ancienne date et plus intenses, fournissent le plus fréquemment à la polarisation affective.

La femme folle a souvent de la répugnance pour l'époux qu'elle aimait et avec lequel elle a vécu longtemps, tandis qu'elle oublie tout à fait le fiancé ou s'en souvient sans émotion. Dans

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les cas de folie chronique et où il y a des signes plus ou moins graves de faiblesse mentale, par rapport aux affections parentales le fait bpposéà lantithèse se produit, car les fous de ce genre brûlent du désir d'embrasser leurs enfants et leurs parents, ils caressent souvent les enfants des autres, et se réjouissent sMIs peuvent les avoir auprès d*eux. On sait que chez les vieillards, Tamour pour les parents* dans Tordre do la descendance et surtout pour les enfants, est plus grand que chez les adulles et chez les jeunes gens. Un ancien' et triste proverbe dit que Tamour descend et ne remonte pas (4).

Voici donc comment se comportent les fous vis-à-vis de l'amour psychique réel et normal : ils sont incapables d*acquérir de l'amour, d'aimer la personne qu'ils aimaient auparavant, ils ont souvent pour elle de Ta version et s'ils guérissent ils ne reviennent aux amours d'antan qu'avec une passion moins intense ou de l'indifférence. Nous verrons plus loin comment, au lieu de Tamour naturel^ réel et normal, dont ils ne sont plus capables, ils peuvent au contraire délirer avec beaucoup d'intensité dans les amours imaginaires, impossibles, inconvenantes.

En attendant, voyons comment se conduisent les fous par rapport au côté physique de l'amour normal et biologique, en tant qu'il se rapporte au désir erotique et au pouvoir sexuel.

Revenons aux visites que les fous reçoivent de leurs parents. Elle est fort connue cette observation que, parmi ceux-ci, le fou embrasse les enfants, la mère, le père, les frères et tous les autres parents, mais il n'embrasse pas l'époux ou l'épouse, si ce n'est très froidement et après de vives instances. Envers le conjoint, le fou conserve même un maintien réservé, souvent causé par des sentiments d'antipathie, de méfiance, en même temps que déterminé par une diminution de la franchise et de la désinvolture habituelle comme s'il en était revenu aux gaucheries de la jeunesse. Je n'ai jamais observé qu'un fou, homme ou femme, souvent si insistant pour être renvoyé dans sa demeure, l'ail jamais sollicité à cause d'un désir erotique. Dans les lettres que l'aliéné écrit au conjoint, il ne fait jamais allusion, que je sache, d'après ma propre expérience, à des choses

(1 } L'amore discende e non cucende.

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OU à desjdésirs sexuels; Ton sait, au contraire, combien fréquemment, les correspondances amoureuses ou conjugales, entre personnes de basse condition^ sont marquées, de la part de rhomme, par la note de Tamour matériel.

On sait aussi que, parmi tant de fous qui habitent un asile, il est rare qu'il s'en trouve un pour se plaindre de ne pas avoir de femme à sa disposition et pour en réclamer une. De même, il est très rare que si une ou des dames visitent un asile il leur soit fait, par les fous, des propositions obscènes ou des menaces de violence. Il arrive même, plus fréquemment qu'on ne le croit, que des fous, habituellement obscènes, aient en présence des femmes un langage et une contenance plus réservés.

Je parle ici des hommes, car chez les femmes aliénées, les désirs erotiques sont assez fréquents et sans modération. Les visiteurs de Tasile en trouvent toujours qui s*attachent à eux, les poursuivent, les assaillent de paroles et d'actes, et non seulement de la part de celles qui sont connues pour être nymphomanes, mais aussi de la part des malades diverses et de tout âge .

Nous expliquerons plus loin ces dissemblances entre les aliénés de Tun et de Tautre sexe^ car, à notre avis, elles n'ont pas été exactement interprétées par certains auteurs.

En attendant^ ce que nous venons de dire ferait croire que chez les aliénés hommes le désir et le besoin erotique font défaut. Ceci n'est exact que par rapport à l'amour sexuel naturel et conforme à Tâge.

Alors que les fous semblent ne pas éprouver le désir et le besoin de Tamour physique, psychique, et normal et biologique, avec l'autre sexe, ils sont onanistes fieffés et presque sans exception.

Je puis certifier ce fait par des observations personnelles, faites dans le but d'étudier le sperme des fous, et dont je je parlerai.

Je savais bien que parmi les fous les onanistes étaient nombreux, mais il me semblait que ceci devait être fréquent dans certaines formes de folie seulement, qui d'ailleurs, trouvent aussi dans la masturbation une des causes de leur développement (hébéphrénies, folie neurasthénique); ou que

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Tonanisme était chez les phrénasthéniques une manifestation de pauvreté psychique et nn symptôme naturel de Térotomanie. Chez les déments, chez les paralytiques, chez les phrénasthé* niques graves, on pourrait croire que aussi la matière première de Tamour, le sperme, manquait. L*étude que j'eus Toccasion de faire pendant plusieurs mois de suite, sur les taches de sperme, me donna l'occasion d'examiner journellement les taches révélatrices de ce vice. Évidemment, je ne puis dire de visu combien de fois ces taches étaient le résultat d'éjaculations spontanées ; cependant j'ai des raisons de croire que ce cas était fort rare comparativement à Taulre. L'aide que le personnel de garde m'a fourni dans mes recherches me confirme dans cette opinion.

Quoi qu'il en soit, si l'on voulait limiter l'intérêt de ces recherches à savoir s*il y a plus ou moins d'aspermie chez les fous, voici les résultats que j*ai obtenus.

Je les expose dans les tableaux ci-joints en les classifiant suivant l'âge et la forme de maladie des individus et je divise la fréquence de la sperraatorrhée (pour ainsi dire) en quatre degrés, appelant très fréquente celui où réjaculation est journalière. fréquente lorsqu'elle a lieu tous les deux ou trois jours, rare, si elle a lieu à peu près une fois par semaine, et néant.

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D'après ce tableau, on voit que sur 110 malades ;

1' 9 seulement n émettent pas de sperme et sont d'âge supérieur à cinquante ans;

2<> Que la plus grande fréquence de spermalorrhée, en général, est en rapport avec la jeunesse des malades;

Voyons comment cette fréquence de spermatorrhée se comporte par rapport aux diverses formes de maladie :

Émission du sperme chez les fous selon la forma de la maladie.

Très fréquente

Fréquente

Rare

Néant

3 sur 4

1 sur 4

Alcoolisme.

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