PRÉFACE
rapports suffisants avec le milieu social dans lequel il vit, et avec des visées offensives et défensives qu'il prétend réaliser, par rapport aux trois directions de la vie, végétative, psychique et sexuelle. Je porte la même accusation contre l'École d'anthropologie criminelle italienne, qui considère le criminel et le génie comme autant capita mortua^ sans rapport suffisant avec ce qu'ils sont destinés à accomplir dans le milieu social et dans l'époque historique où ils vivent, avec les buts où ils tendent, et avec les influences qu'ils subissent. En un mot, je donne les lignes générales d'une Psychiatrie de V homme social, car j'estime que la folie est une altération des capacités ou des fonctions psycho-sociologiques, alors qu'aucun autre genre de maladie, qui n'aurait pas pour effet d'altérer les rapports de l'individu en tant que sociaux, ne mériterait pas le nom de folie. La folie est donc l'altération des fleurs et des fruits de l'arbre humain, alors que, au-dessus d'elle, il y a la série des altérations qui troublent les nécessités de la vie anatomique et physiologique et de la psychologie individuelle.
Un second objectif de ce travail, et qui forme l'arête principale de sa structure, c'est celui qui consistée mettre en rapport les altérations et les variations de la vie psychologique avec celles de la vie sexuelle qui, à divers degrés de mesure, correspondent par des directions parallèles, dont l'une reflète les variations primordiales de l'autre, en un continuel échange. La vie psychique représente la vie de Tindividu, limitée entre la naissance et la
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mort ;' la vie sexuelle, celle de l'espèce, qui se perpétue par elle. La conception de ce retentissement constant des deux ordres de fonctions répond au rapport nécessaire entre la vie de chaque individu et celle de la série générative qui représente l'espèce.
L'étude des maladies mentales relève donc en grande partie de celle des maladies sociales et l'étude de l'individu en particulier, dans ses rapports de fonction avec la société dans laquelle il vit, donne la clé qui permet de comprendre la physiologie du corps social ^out entier.
Je réclame l'attention des lecteurs pour les chapitres consacrés aux caractéristiques^ aux délinquants et aux géniaux, que je comprends autrement que les auteurs d'anthropologie et de sociologie et surtout que l'École de Lombroso ; celui-ci, à part le mérite d'avoir donné une impulsion nouvelle et féconde à Tétude de l'homme criminel et génial, s'est arrêté au point de leur étude individuelle. Je crois aussi que l'anthropologie doit être un chapitre de Thistoire naturelle et Thomme criminel et génial deux produits de l'énergie biologique.
Le deuxième chapitre de la deuxième partie de ce livre {Origine des caractères différentiels entre Vhomme et la femme) considère la femme dans ses caractéristiques psycho-physiques en rapport avec son origine zoologique et, écartant le concept vulgaire de sa provenance d'un état d'arrêt de développement, lui assigne une origine propre qui en explique les caractères spécifiques.
PBÉPâCE V
J'espère avec confiance que mon livre sera accueilli par le public français avec une courtoise attention. Et j'espère que, par le moyen de sa belle langue, par sa culture, par l'influence que son esprit exerce dans le monde cultivé, mes idées sur le rôle de la Psychiatrie et de la Sociologie positive seront discutées et peut-être admises.
En Italie, mon livre fut accueilli par le public de deux façons. Le public cultivé, de magistrats, d'avocats, de sociologues, de lettrés et de médecins indépendants lui a fait dès le début un accueil sympathique ; l'autre, le public restreint, envieux, mesquin et timide des spécialistes doctrinaires ne s'est point prononcé ; il en a ressenti, sans doute, cet effet que fait sur l'âme des vieillards, des prêtres et des femmes toute chose nouvelle qui menace d'insinuer des soupçons sur l'infaillible valeur des dogmes publiés ou professés par les pontifes des coteries scolastiques, et ils ont décidé d'en éteindre le bruit par le silence. La science devenue doctrine est un privilège professionnel et craint les changements et les révolutions.
Tout cela n'a pas empêché, cependant, que ma doctrine sur la signifîcation biologique du génie n'ait été acceptée par quelques-uns de ces hommes illustres, sans déclarer ma paternité et sous l'apparence qu'elle était de leur fabrique.
Je fais appel au nombreux public des aliénistes français qui héritèrent des premiers maîtres de notre science,
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leurs pères, cet esprit serein de culture et de discussion qui a conduit la psychiatrie à ne jamais s'arrêter auprès d'eux dans son glorieux chemin, malgré les obstacles de pays ou de doctrines, malgré les intérêts de castes professionnelles.
Professeur Silvio VENTURI.
Député au Parlement italien, Médecin en chef de Tasile provincial de Catanzaro, à Girifalco.