‹ Corrélations psycho-sexuellesChapitre 3 sur 72 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La fonction sexuelle

On peut envisager l'amour comme une fonction dont révolution et rhistoire se sont déroulées en suivant la loi de la philogenèse, rappelée aujourd'hui sommairement en quelques points de l'échelle zoologique par laquelle nous pouvons supposer avoir passé. Ses dernières et très récentes étapes se retrouvent dans le développement individuel de l'homme et se fixent dans les gradations des différentes races de l'humanité répandues à la surface de la terre et différemment évoluées. C'est là une façon d'envisager l'amour tout à fait différente de celle du poète ou du romancier; néanmoins, elle peut ne pas être moins féconde en enseignements et en vérités. En même temps, si elle risque de nous faire perdre de nombreuses et vieilles sources de poésie, elle peut aussi nous amener à en découvrir de nouvelles.

Haëkel a trouvé que l'ontogenèse est une rapide récapitulation de la philogenèse. Aucune conception de science biologique, après celle du transformisme Lamarkien, de l'évolution Spencérienne et de la sélection Darwinienne, ne fut plus large que celle-ci et plus apte à faire naître une plus grande proportion d'aperçus décaulant naturellement de ces hautes hypothèses.

Par cette manière de voir, les arrêts de développement de l'individu marquent et fixent des caractères organiques et fonctionnels qui appartiennent à des générations antérieures et, par

s. Ventcri. 1

analogie, à des périodes du développement fœtal de Tindividu, t«iut en admettant qu'ils répondent à des conditions qui se rapportent à des types préhumains ou, en remontant plus en arrière encore, aux caractères d^animaux dont les (races de parenté ne sont plus apparentes. Sans dire que des erreurs pratiques se produisent par la fréquente application d'une telle hypothèse dans lu clinique anthropologique, spécialement parce que Ton n'est pas assez guidé par lautre grande loi de dévolution biologique qui s'appelle la corrélation du développement ^ admettant aussi que nous négligeons d'autres lois encore qui régissent les interférences qui guident ou modifient l'évolution môme, spécialement en ce qui concerne le milieu ; néanmoins l'hypothèse d'Haëkel explique pour ainsi dire la génération des organes et des fonctions, et elle est le fondement le plus certain de la signiBcalion physiologique des uns et des autres. Dans des cas particuliers et fort simples on peut affirmer grâce à elle qu'il est aisé de reconnaître un arrêt dans le développement, de déterminer son époque et ses rapports, aussi bien que l'heure sur un cadran dont le mur sur lequel il est fixé a été ébranlé par un tremblement de tern». Une pareille découverte mise au jour, nous montre la physiologie humaine dérivant en fait de l'embryologie et de la physiologie comparée. Elle nous fait voir en même temps coniment les fonctions psychologiques sont étudiées dans leur évolution, dans les mômes conditions que les fonctions protectrices (Sergi, Romanes). Ces dernières se sont, dans les différentes espèces d'organisation supérieure, de plus en plus spiritualisées, suivant que les besoins de la défense se présentaient dans iies conditions plus ou moins psychiques, et que celte défense devait réagir contre des difficultés d'un ordre moins grossier.

Il advient précisément que les fonctions nous apparaissent à peu près chez rindividu en même temps qu'a lieu l'évolution des organes correspondants qui leur servent de base. Nous pouvons observer le passage d'une forme anatomique à une autre corrélative aux fonctions qui ont commencé à s'exercer dans les générations correspondantes. Celles-ci ont ainsi une sorte de jeunesse, s'accroissent et arrivent chez le même individu à leur entier développement. C'est pourquoi d'après la succès-

LA FONCTION SEXUELLK 3

sion des formes de transitions anatomiques nous déterminerons Tépoque du développement d'un individu et pourrons même remonter à des générations de beaucoup antérieures aux anthropoïdes, tandis que, en dehors de la race humaine, nous voyons rarement les fonctions se fixer aux organes correspondants. En général cela provient de ce que la transformation des organes, des fonctions, dans la voie du développement individuel, se fait d'autant plus rapidement qu'elle se rapproche davantage des premières périodes de cette transformation; d*oii résulte que de certaines périodes peuvent subsister des éléments d^organes incapables de fonctionner.

L'amour, qui prépare et fixe chez l'individu les moyens et les conditions de reproduction de Tespèce, est une fonction qui ne prend son essort que parmi les dernières, dans la voie du développement individuel : la respiration, la locomotion, la préhension, la sensibilité spécifique apparaissent à des époques antérieures, peu de temps lune après l'autre (Ferez). Chez Tindividu les fonctions prennent naissance selon la nature et l'importance qu'elles doivent avoir pendant tout le cours de l'existence en passant par une jeunesse qui mûrit de plus en plus, pour arriver aux conditions d'énergie et de stabilité qui sont interrompues par la période fatale de l'évolution.

Nous devons donc procéder à rebours pour écrire l'histoire entière de l'amour, c'est-à-dire que nous ferons des recherches dans l'espèce' et non dans l'individu. Elle peut être, dans la même espèce, découverte depuis son origine, avant que l'amour devienne pour la plus grande part un phénomène psychique, ainsi que cela a lieu chez les animaux d'organisation supérieure ou moyenne, c'est-à-dire avant que ce soit l'amour proprement dit, mais une fonction organique inconsciente, générative, ou plus simplement encore lorsqu'elle est peut-être le résultai d'actions fermentatives dans une substance amorphe comme le batybium. La fonction de l'amour, aussitôt qu'elle apparaît chez l'individu, alors homme accompli, a une forme très voisine de celle à laquelle arrive son entier développement.

Voyons comment celte fonction de l'amour apparaît et par quels échelons elle parvient à tout son développement.

Certains auteurs parlent de précocité sexuelle chez des enfants,

qui est toujours le produit de maladies héréditaires. Marc cite l'exemple de jeunes enfants de quatre ans corrompus et masturbateurs. Ferez, Arreat, Zola, Fonssagrives citent à leur tour des exemples de tendances sexuelles chez des enfants des deux sexes âgés de trois à sept ans. Mais ces exemples dépendent plutôt de la pathologie, je dirai plus^ ils sont des monstruosités. Ceux-ci, ainsi que le prétendent Lombroso et Charcot, sont les Candidats à la criminalité et à la folie. D*après ces savants, tous les amours anormaux et monstrueux, ainsi que toutes les tendances criminelles qui les accompagnent ou les précédent^ puisent leur source dans le premier âge.

Les érections de la verge qui ont lieu quelquefois chez des enfants âgés seulement de quelques mois, mais beaucoup plus souvent chez des enfants délicats, n'indiquent nullement un fait d'ordre sexuel. Elles expriment ordinairement la formation d'une fonction spéciale à cet organe en lui-même, c'est-à-dire comme corps érectile, et cette fonction propre, exclusive, amène précisément une érection énergique. Là sans considérer qu'une pareille fonction fasse partie intégrante de Tensemble de celles qui constituent la fonction entière de Tamour, fonction qui prépare, bien entendu, et fournit les moyens pour la reproduction de l'espèce. Nous pouvons lui comparer la fonction relative aux lèvres, qui en effet avant de servir au baiser, lequel occupe une grande place dans l'amour, ont des attributions particulières, une fonction propre à leur évolution, je veux dire la parole, la succion, etc.. L'amour, fonction complexe, s'exerce par le moyen d'organes multiples, de nombreuses fonctions liées intimement avec elle, mais évoluant séparément, dans des directions particulières pour leur attribution spéciale et devenant en même temps, les unes et les autres, propres au but amoureux, sans avoir changé par elles-mêmes de nature. Toutefois, dans le nombre des organes coopérant à la reproduction il y en a qui sont plus nécessaires les uns que les autres, et alors leur fonction se rapproche davantage de ce qui constitue réellement l'acte sexuel.

C'est dans l'adolescent que nous rencontrons les premiers vrais symptômes de l'amour considéré comme fonction de reproduction et pris comme phénomène psychique correspondant.

LA FONCTION 8BXUKLLE 5

Il fait son apparition avec Tonanisme, lequel ordinairement se prolonge dans la voie physiologique, en se modifiant, ainsi que nous le verrons tout à Theure, jusqu'à la jeunesse, et se continue souvent en grande partie pendant celle-ci, qu'elle soit chez les différents individus plus ou moins précoce ou retardée.

L'onanisme dans la première adolescence commence par être un acte agréable, qui a son origine, mais sous une forme tout à fait élémentaire, dans l'enfance même. Celle-ci trouve la cause du plaisir, non dans des images erotiques distinctes^ auxquelles il correspond, mais plutôt dans la satisfaction d'un besoin organique inconnu et indéterminé, mais de nature certainement sexuelle. Ce besoin apparaît à une conscience ingénue comme une source de plaisirs physiques ayant beaucoup d'analogie avec celui qui provient de l'attouchement sur une certaine surface cutanée, douée d'une sensibilité exquise/ Un tel plaisir s'accroît de plus en plus avec la répétition et le. temps, souvent même par l'attrait du fruit défendu qui ajoute un plaisir moral et le fait apprécier et rechercher en raison directe des difficultés qui lui sont créées. Il s'augmente encore par rinsuffisance de la force révulsive qui existe dans l'exercice des autres principes de Tactivité nerveuse.

Cet onanisme de la première adolescence renferme l'embryon de ce que doit être plus tard l'amour : nu plaisir du corps et de l'esprit, auquel succède le soulagement d'un besoin^ un désir envieux, émotif, l'appréciation in (ense de l'attrait que possède la chose recherchée et défendue, le tout sous l'apparence d'un développement altruiste pouvant présenter toutes les formes de la générosité et qui, au contraire, n'est qu'une satisfaction personnelle dans une période de besoin irrésistible.

Le jeune homme, en suite de l'éducation qu'il a reçue et du milieu dans lequel il vit, se met, pour soulager les besoins naissants de la sexualité, à l'abri de la connaissance d'autrui, et procède comme s'il rompait avec sa propre conscience qui le châtie par l'idée de mal faire et le danger de la honte. Au fur et à mesure que le sentiment sexuel prend des proportions plus considérables, la connaissance des choses se rapportant à l'amour fait éclosion chez le jeune homme. Mais cette notion s'acquiert peu à peu, reste confuse et ne donne

b s. VENTDRl

qu'une idée fantaisiste de la réalité. Si Ton ne connaît qu'à demi les choses ou phénomènes amoureux, c'est qu'ils sont voilés par la pudeur, qui est Tinhibition résultant d'influences ataviques, le résultat de l'éducation et de la religion qui retiennent le jeune homme dans ses recherches et lui cachent ce qu'il désirerait connaître. D'où il résulte qu'il voit faux, agrandit et colore les choses par l'imagination, n'ayant à sa disposition qu'une quantité insuffisante de documents réels.

A cet égard l'amour solitaire prend des formes tout autres. Le besoin organique inconscient dans la voie de sa satisfaction (qui répond au moment où l'homme peut être fécond puisqu'alors apparaissent en lui tous les éléments du sperme, et que sa virilité se traduit extérieurement par un changement dans le timbre de la voix, par l'éclosion des premiers poils au menton, etc., et que chez la femme commencent les premières règles indiquant qu'elle est mûre alors à la maternité, et que de pair avec l'homme, elle présente des marques extérieures, signes manifestes de sa nouvelle existence, comme par exemple le développement des mamelles, la voix plus grave, le maintien plus réservé exigé dans la société, etc.)^ est guidé par un élément psychique, qui est essentiellement le produit de l'imagination et qui suit un vif désir de curiosité. Dans ces conditions l'onanisme est un acte sexuel, pouvant être comparé au coït comme le rêve à la réalité. En efTet, on substitue simplement l'image de la personne avec laquelle s'exercerait le véritable amour, à sa propre vision et à sa possession. Cette substitution ne répond pas du tout à la réalité, mais, à peine conçue dans l'esprit, elle se multiplie et se colore pour ainsi dire, d'autant plus qu'elle répond davantage au désir.

L'onanisme prend encore de façon intense le caractère d'une véritable hallucination chez l'adolescent qui est au seuil de la jeunesse. La forme qu'il revftt, dépourvue de signes fantastiques, est plus imagée, se rattache plus franchement à la mémoire, à la connaissance directe des choses amoureuses, lui donne un reflet de vraisemblance, et n'appartient plus à la fantaisie. L'onanisme à une pareille période se rapproche psychologiquement de l'acte sexuel vrai, et s'y confond insensiblement.

Mais voilà qu'après, le jeune homme fait les premières armes

dans le champ de Tamour, et nous verrons de quelle manière.

Une impression reçue, fugitive, légère, sert de thème aux travaux de Timagination, qui coordonne une longue suite de sensations. La vue d'un objet réel, appartenant en quoi que ce soit à la femme, sert d'aiguillon et rappelle à Timagination tout ce dont a besoin Tacte sexuel pour s'accomplir. Ainsi lorsqu'à la suite de maladies, lonanisme arrivé à ce degré, par un effet de retard dans le développement, se fixera dans des individus déterminés, il aura pour caractéristique, comme Ta déjà signalé Lombroso, Tadoration d'objets plus ou moins intéressants appartenant à la femme et qui seront plus ou moins capables de rappeler ou éveiller Timage de quelque chose de sexuel .

Nous ferons observer que ce qui est, pour l'adolescent inexpérimenté, une impulsion naturelle et une incitation à l'imagination, se trouve être au contraire pour l'onaniste adulte mais dégénéré, ainsi que le fait encore remarquer Lombroso^ l'indice de l'arrêt dans le développement, tant qu'il reste en dehors du temps naturel dans la période des amours de principes imaginaires, et dans le commencement de cette série d'impressions qui chez l'homme à l'état normal provoque l'excitation génésique.

Le jeune homme débute dans l'amour avec la femme de son âge comme l'adolescent a débuté par l'onanisme. Un tel amour, de la part du jeune homme, c'est une espèce de vanterie de jeunesse, pour anticiper son entrée dans la société ; chez la jeune fille, c'est un véritable caprice et une véritable rébellion contre l'autorité maternelle, pour montrer qu'elle se sent devenue femme. En vérité, ils sont en dehors de l'apparence poussés l'un et l'autre par la fonction amoureuse, qui très puissante fait toujours un pas en avant dans la voie de Taction, et vise au but naturel qui est la reproduction de l'espèce. De suite après l'amour leur vient tout ce poème qui est le meilleur moment de la vie, et qui pourtant tient tout de la fiction et peu de la réalité. Que la personne aimée soit plus ou moins belle, plus ou moins éloignée, qu'elle corresponde plus ou moins avec le sujet amoureux ou qu'elle n'existe même pas quelquefois, l'amour n'en conserve pas moins toute son ardeur ou pour mieux dire toute son intensité. Il a pour base un

8 s. VENTDRI

travail continuel de Tesprit, s'exéciitant sur les éléments qui constituent les choses réelles, en petit nombre toutefois et se rapportant à la personne vers laquelle va directement le sentiment qu'on éprouve. Aussi la femme aimée est-elle toujours belle, même la plus belle; elle est brave, magnanime et surtout amoureuse ; elle n'est pas ce qu'elle est, mais telle que l'imagination la dépeint.

Tel est Tamour que les poètes chantent. Pour eux, il n'a rien de réel et est simplement le produit d'une fantaisie. La passion arrive alors à un degré de vivacité telle qu'elle atteint ses formes les plus aiguës, et celles-ci conduisent soit au suicide simple, soit au suicide à deux, ou bien encore au couvent et aux folies poétiques de Rudello et de Roméo. Souvent à une pareille période, Taccouplement sexuel est, chez les personnes insuffisamment équilibrées, inférieur à l'amour à l'état spirituel. Successivement on arrive à l'amour dont la réalité acquiert une importance beaucoup plus considérable et la femme apparaît en ce moment-là aux yeux de Thomme sous des aspects de plus en plus différents, ses qualités les plus intimes ainsi que ses défauts se dessinant de mieux en mieux. Nous voyons alors l'amour de l'homme commencer à ne plus être aussi fidèle, parce qu'il observe chez d'autres personnes les divers degrés du beau et de l'agréable; tandis qu'auparavant la fidélité était TeiTet naturel de la valeur prépondérante qu'avait la femme aimée, embellie et agrandie non seulement par la réalité mais encore par l'imagination.

L'amour au déclin de la jeunesse prend décidément un caractère, dirons-nous, rationnel, qui est inconsciemment suggéré par le besoin de se créer une famille. L'appréciation chez la femme de toutes les conditions, y compris l'acte sexuel, qui sont particulièrement nécessaires au bonheur de la vie sociale, constitue à l'amour une base fort solide.

L'acte sexuel se complète après le mariage par le désir d'avoir des enfants ; c'est le but naturel de la fonction amoureuse.

Une fois la femme devenue mère, l'amour, fonction de l'organisme pour l'individu, est parvenu à son entier et naturel développement et se continue normalement. Après quoi il se transforme, rajeunit et passe par les mêmes phases que primitivement mais sur un cycle différent.

Il se présente sous l'aspect de Tamour maternel, qui plus tard se substitue à Tamour sexuel arrivé à son déclin. La mère, en effet, aimera davantage ses enfants que son mari, et puisera ses évolutions ultérieures dans les espérances qui fleurissent sur leur chère tête. Ce môme amour altruiste se développe, en passant presque par les mômes périodes que Tamour sexuel, c'est-à-dire de Tidéal, lequel correspond àTépoque où les petits enfants ont leur chevelure frisée et leurs lèvres roses, au temps plein d'espoir Imaginatif; il évolue pendant leur adolescence, pour arriver à la forme tranquille et positive, lorsqu'ils sont parvenus à leur maturité.

La description que nous avons faite de Tamour depuis sa naissance jusqu'à sa maturité et son déclin, et ensuite sa transformation, demande quelques variations, à cause de la différence qui existe entre les deux sexes, dans l'évolution de la fonction amoureuse : on tiendra toujours compte des conditions spéciales de la vie, du milieu ambiant, de l'éducation, de l'intelligence, et de la position sociale.

Les premières formes de l'amour chez la femme sont aussi celles que l'imagination lui suggère, et évoluent à peu près comme chez Thomme, mais avec cette différence que celle-ci subit davantage l'influence de l'éducation et des préjugés ataviques, auxquels elle doit une intensité de pudeur cent fois plus grande que chez l'homme. C'est pourquoi, chez elle, les pensées et les tendances erotiques éprouvent plus de retard, sont plus imaginatives, plus lentes dans leur évolution et moins fréquentes aussi.

C'est aussi pour ces motifs que la femme perd Toccasion d^entrer dans la période de Tamour sexuel à deux lorsque, comme chez l'homme, les besoins de Torganisme le réclament.

La perspective d'une réalité lointaine laisse la femme davantage sous l'empire de l'imagination et de la fantaisie. De lànait un amour isolé, qui par rang d'ancienneté, en ce qui a trait à l'homme serait différé et constituerait une espèce d'imbécillité sexuelle passagère ou continue ; entendant par imbécillité une capacité inférieure due au relard ou à Tarrôtdu développement. En outre, dans la période de l'amour, celui-ci dépend toujours plus chez la femme du subjectif et nous dirons même du

10 8. VENTURl

psychique. Il resserre en elle davantage que chez Thomme les liens de la fidélilé : spécialement, parce que Téducation, la pudeur, les mœurs sociales limitent à la femme son champ d'action. Aussi il reste toujours à son imagination des rêves à faire, ou bien de trouver de plus en plus belles et grandes les qualités de la personne aimée, jusqu'à ce qu'elle arrive au niveau de Tappétit sexuel, ou bien de méditer sur les joies des amours illégitimes.

La différence qui existe encore entre Tamour de la femme et celui de l'homme se trouve^ à sa période de maturité, dans le désir d'avoir des enfants, besoin qui se fait beaucoupplus sentir chez elle. On trouve encore une différence bien marquée, et se rapportant au deuxième sentiment dont nous avons parlé, dans Tamour maternel qui est toujours, ou plutôt en général, supérieur à l'amour paternel. Dans ce cas, pour bien saisir chez rhomme et la femme cette anomalie, il suffira de ne pas oublier rinfluence qu'exercent dans l'existence morale du père d^autres fonctions qui ont un besoin impérieux d'évoluer, j'ai nommé les fonctions sociales. Ces dernières l'obligent à clore à peu près dans la suite du mariage le cycle sentimental de la fonction amoureuse. Mme de Staël a dit que l'amour chez Thomme n'est qu'un épisode, tandis que, chez la femme, c'est la vie entière. On a ajouté que cette pensée était juste. Je ne suis pas de cet avis, parce que^ ce me semble, elle aurait dû dire que l'amour chez l'homme au lieu d'être un épisode, est plutôt une période totale delà vie. La direction différente que prend, en général, après le mariage, l'amour chez les deux, s'accentue par la transformation qu'il subit en amour paternel et maternel; car placés dans des conditions analogues vis-à-vis de la famille, de la société, des divers moyens qui président à l'éducation physique et intellectuelle des enfants, le père leur souhaite une position sociale, la mère au contraire leur souhaite surtout la santé du corps et une vie durable; le premier les rêve riches et ministres, la deuxième les désire à tout prix sains de corps et de vie, au risque même qu'ils soient stupides ou insignifiants. La femme de caractère, la femme-homme, comme Ton dit, professe à l'égard de ses enfants des sentiments moins faibles, et cependant privés de leur père ils trouvent rarement en elle, en

outre d'une tutelle prudente, cette force nécessaire qui doit les pousser et retenir dans la voie d'une position sociale à gagner, position qui impose tant de peines et de sacrifices.

Lorsque Tamour sexuel évoluant a atteint la forme deTamour positif, rationnel, que nous pouvons appeler plus tard Tarn ou r matrimonial, lequel a pour base psychologique et physiologique le désir de la famille et de la lignée, Thommeest parvenu alors à son entier développement physique et moral. Les différentes parties de son corps et sa taille cessent d*augmenter. A sa jeune Ame susceptible d'émotion et d'expansion succède une autre ftme dans laquelle s'équilibrent et s'exercent avec mesure et vigueur les dispositions morales pour la lutte sociale. Dès lors la fonction amoureuse ressemblera à tout autre fonction de l'organisme physico-moral, qui s'exerce sans évolution et sansi poésie, comme l'expression d'un besoin du corps et de l'esprity et qui a à remplir des devoirs matériels et moraux corrélatifs, avec lesquels on maintient l'équilibre, on se mesure et on se modère dans l'existence.

La fonction sexuelle a, à partir de ce moment, cessé d^étre le pivot de chacune des autres, et d'influer sur elles. Celles-ci se différencient séparément^et chacune agit par elle-m^me suivantdes rapports corrélatifs avec d'autres moins dépendantes et moins nécessaires, de manière qu'il leur reste, étant dans un état d'équilibre parfait, une sphère d'action suffisante pour assurer la conservation de la personnalité. L'attrait du plaisir des sens dans l'amour conjugal n'est que le rappel apparent d'une fonction organique (la reproduction de l'espèce) qui se révèle à l'âme et au corps, pour des besoins passagers, ordinairement par la continuité des affections, qui chez les individus peu vifs ne sont autre chose que des réminiscences de l'amour, ou bien des rapports cordiaux et affectueux qui régnent dans la famille et dans la société. Pour les besoins de Tespèce, la fonction sexuelle arrive à un degré tel qu'elle est essentielle et nécessaire. L'amour qui l'a précédé n'était que la jeunesse caractéristique de la fonction ; laquelle a été cimentée par la passion m^me qui dérive de l'amour. Elle a montré l'avantage de rendre, dans la suite, la satisfaction du besoin naturel plus précieuse, plus recherchée et plus agréable au point de vue

psychologique. Dans la vie civile elle apporte souvent avec elle, unies aux joies, les nécessités de sacrifices et de peines.

Une pareille capacité des fonctions reproductives a pour base des conditions physiologiques et anatomiques déterminées, lesquelles se réduisent essentiellement aux suivantes : à la possibilité d'exercer le coït enlre l'homme et la femme ; à l'émission de la part de l'homme de sperme pouvu de spermatozoïdes sains et robustes ; au détachement dans les ovaires de la femme des foUiculesdeGraaf normalement et sainement formés; à l'accompagnement de tous ces phénomènes qui sont provoqués par le désir sexuel, également chez l'un et l'autre.

La cessation des situations et des conditions que nous venons d'énoncer marque la fin des fonctions reproductives, et est pour ainsi dire la mort de l'amour sexuel. Un pareil événement arrive chez la femme après la période critique, vers Tâge de 50 ans environ. Après cette époque les follicules de Graaf cessent de se détacher et même de se produire dans l'ovaire. Chez Thomme, le fait n'est pas aussi évidemment manifeste que chez la femme, et arrive à une époque beaucoup plus avancée, souvent après les 70 ans, quelquefois vers les 80. Il est alors essentiellement marqué par l'absence des spermatozoïdes qui précède Taspermie^ ou peut-être aussi par l'extrême gracilité de ces mêmes spermatozoïdes, comme il m'a semblé le reconnaître moi-même dans mes observations dont je parlerai plus loin. -

Quelle valeur peut avoir, après un tel âge, l'amour sexuel à deux chez l'homme et la femme? C'est simplement un exercice qui tient de l'habitude, consolidé par une petite quantité de plaisir des sens ; mais sans effets et sans émotion : en somme^ un fait sans aucune valeur biologique.

Aux faits rapportés plus haut, et qui causent d'une manière essentielle la décadence et la fin de la fonction amoureuse chez l'homme arrivé après sa maturité, il faut ajouter encore d'autres faits d'une nature morale qui servent extérieurement à indiquer le chemin que fait la fonction sexuelle vers la chute de sa puissance. Ceux-ci sont déterminés par deux ordres de faits, étroitement liés entre eux : le premier exprime l'augmentation de l'effort que fait Thomme âgé pour ranimer autant que possible toutes les activités de la fonction qui s'affaiblit naturellement.

Cela veut dire que Thomme arrivé à un état de vieillesse assez prononcée, aime et recherche les slimulalions puissantes, sans lesquelles il lui est impossible de parvenir au but. A cet effet, il soulage souvent sa volupté en se donnant à des amours presque enfantines. Qu'il s'agisse d'individus moins astreints au repos, on observe qu'ils recherchent, pour des motifs plus ou moins passionnels, leur grande stimulation dans des actes obscènes qui ne dépendent plus des formes naturelles de Tamour mais que la pédéraslie et tout autre moyen luxurieux dénaturent. Le second représente Taffaiblissement et la moindre valeur de ce sentiment particulier qui accompagne toujours dans les rapports sociaux la connaissance des choses amoureuses^ j'ai nommé la pudeur. Celle-ci est une sorte d'inhibition mystique qui couvre l'amour d'un voile défensif et attrayant, et qni,en même temps, est le modérateur de l'usage, et laltrait secret qui, de l'exercice d'une fonction organique, fait l'objet le plus élevé et le plus estimé de la vie. Il est le sel qui assaisonne l'amour et rend excitant un besoin du corps. Il spiritualise un rapport sexuel. C est une arme négative, qui, entourant de difficultés arlificielles la possibilité de remporter la victoire amoureuse, la rend plus agréable et plus glorieuse. Sans pudeur,ramour est un besoin et un acte sexuel organique^et alors peut-ôtre ce n'est plus l'amour dans son entier.

Le charme que cette fonction tire de la pudeur diminue pour deux motifs, depuis le jeune âge jusqu'à la vieillesse. Le premier consiste dans le développement d'autres forces plus puissantes, qui savent conserver, plus que la pudeur, la valeur de la propre personnalité. Le second, qui, avec Tâge, diminue successivement le cas que chacun fait de tout ce que l'éducation et les mœurs ont fixé d'atavique à la garde de tous et qui dans la suite des temps perd de sa valeur. La pudeur chez le vieillard souffre, certes, aussi du scepticisme, qui est propre à Tâge et qui représente le peu ou l'absence de vivacité dans les impressions d'où résulte l'intensité des mômes affections et des mômes passions. Une pareille faiblesse ou absence de pudeur amène donc chez l'homme, après sa maturité, l'oubli en société de ces choses qui cachent les besoins de la fonction sexuelle et leur érige son autel dans le secret individuel. L^homme mûr

14 s. VKNTCJRl

est bavard, aime les récits licencieux et les mots provocants, et ne rougit plus de toutes ces choses qui se rapportent à l'amour.

Ëri même temps que la pudeur diminue en lui, il se crée peu à peu, avec rélévalion dans la personnalité sociale, un autre sentiment défensif dont Texistence et la réaction sont plus tenaces encore, sentiment que nous désignerons par un mot général : Thonneur^ qui dans le jeune âge a des relations fort étroites avec la pudeur elle-même, et qui demeure plus tard seul gardien de la valeur morale de la personnalité.

Nous parlerons plus loin un peu plus longuement de la pudeur et de rhonneur, qui par leur origine, leur cours au travers de rindividu, de la famille, et de Thistoire ont une grande parenté avec Tamour dont nous nous occupons particulièrement.

Dans une pareille perversion de la fonction amoureuse, qui accompagne son affaiblissement et dans le mépris des principes sociaux qui dérivent de la pudeur réside la différence dans la manière de se comporter entre Thomme et la femme; cette différence qui ne devrait être que de qualité, Test aussi de forme. La plus grande partie de la réserve que s'impose la femme lui est suggérée surtout par sa position sociale d'épouse et de mère, choses qui Tobligent à garder une attitude ne sortant pas des limites du convenable.

Cependant, dans l'ordre des choses dont nous parlons, il faut noter, chez la femme mûre, une grande jalousie^ que le chagrin d une appréciation moins forte que Ton fait d'elle et le sentiment de sa valeur amoindrie lui révèlent. Il révèle en même temps une absence dans la réserve que la femme jeune et chaste garde envers tout ce qui appartient à la manifestation de ses besoins sexuels.

Il arrive cependant quelquefois que les femmes mûres montrent une certaine tendance anormale dans leurs appétits erotiques, et, faute de mieux, descendent à des amours indignes de leur condition sociale, se marient, de même, en sacrifiant les positions les plus distinguées, etc. Ceci appartient aux cas qui relèvent presque de la pathologie, et souvent ces cas correspondent à Tépoque de la ménopause, et ce n'est pas chez la femme un changement naturel de lâge, lequel en général masque, ou comme l'on dit, exhale dans la plainte de sa jalousie

LA FONCTION SI£XUELLI£ JS

toutes ses misères. Parmi les vieillards des deux sexes, il peut y avoir, transitoirement, des réveils accentués de l'aiguillon sexuel, sous forme de priapisme ou de vaginisme. Durant ces périodes les sujets peuvent s*abandonner à des actes répréhensibles ou obscènes, qui, souvent, manifestent un état de semiconscience.

Une personne 1res digne de foi ma raconté avoir vu un jour un de nos célèbres philosophes, morl il y a quelque temps seulement dans un âge avancé, se masturber tranquillement devant des personnes qui lui rendaient visite à son chevet, en continuant de leur causer comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.

Voilà largement décrit Tamour physiologique chez l'individu. Malheur à qui n'est f)as donnée la faculté de parcourir en toule liberté le chemin de Taniour que la nature nous suggère, contenu seulement par des exigences hygiéniques, morales et sociales, qui l'empêchent d'entrer dans les phases du dangereux, dunuisible et du déshonnOte. A chaque empc^chement, pendant révolution, la fonction amoureuse s'en aftlige, et les efTels qui s'en suivent consistent dans des relards et des déviations dans le développement. Ces elTets arrêtent un peu ou altèrent la formation de la personnalité morale ou physique ou des'deux à la fois, et les pousse dans Tablmc des anomalies, où germent la stupidité, les folies, les névroses, l'abaissement du caractère et de la volonté, les maladies de consomption, la phtisie, les dérangements circulatoires et la vieillesse précoce, dont 1 ensemble enlève à l'individu Texercice de ses fonctions dans l'espèce, dans la société et dans la famille. Pendant que l'amour est en évolution, tout ce qui aboutit à la fonction au moyeu de laquelle l'espèce se reproduit est une chose tellement importante qu'elle attire et resserre môme dans la voie du développement tout autre forme de fonction indispensable à Texislence individuelle. Aux troubles de son développement et de son exercice naturel se rattachent, par corrélation ou réaction, tous les troubles fonctionnels.

Mais il est nécessaire surtout que, dans la vie, la fonction amoureuse parvienne sans obstacle à son cours naturel où le développement de la personnalité psychologique se fait plus

\6 s. VENTUBI

activement mais plus difficilement. Il est nécessaire aussi qu'elle parvienne à cette période solennelle où Thomme et la femme se forment, à la période où des sentiments nouveaux surgissant ouvrent à Thomme ou à la femme un monde nouveau de penséei^ et les poussent à cette existence qui renferme toutes les activités, les exubérances et les besoins de Tesp^^ce : à la puberté ! Solennelle est l'époque de la puberté ! C'est à cette période que l'homme et la femme, une fois Tépoque sans couleur passée, affranchis de l'enfance et de la première adolescence, assument l'un et Tautre l'individualité particulière qu'ils garderont pendant le reste de leur vie ; l'un et l'autre entièrement entrés dans la période du développement sexuel, offrent entre eux une différence qu'ils ne présentaient pas avant la période de la puberté. Une telle époque d'après le poète est marqué»^ par l'agrandissement de l'âme, et la pathologie nous apprend qu'alors ceux qui trébuchent, pour ainsi dire, .sont ceux qui n'ont pas reçu de la nature des moyens de résistance psychophysiques suffisants. De là viennent de leur part les manifestations de l'esprit qui, chez les fortunés, produisent des sorts heureux ; de là partent ces profondes et mysiérieuses erreurs de Tesprit, qui s'emparent de le volonté des malheureux destinés, à la suite d'une mauvaise influence héréditaire, à ne pas servir à la reproduction de l'espèce ou à ne pas profiter des dernières et parfaites acquisitions de celle-ci. C'est de là que partent aussi, pour ceux que la nature a doués de membres grêles et d'un esprit subtil, les présages d'une vie fort courte. Ceux que la loi fatale de l'hérédité morbide n'a pas marqués aussi /unestement ne succombent pas moralement ou physiquement au passage dé la puberté, mais pourtant ils y trébuchent et en sortent amoindris d'un côté ou de l'autre. Ainsi les parents qui s'étaient réjouis des preuves d'une précoce et brillante intelligence chez leur enfant tout jeune encore verront leur espérance déçue, lorsqu'à l'âge de 16 à 20 ans il ne paraîtra plus ce qu'il était auparavant, et qu'il aura moins gagné en esprit, toute proportion d'âge étant considérée. Heureux si l'enfant que l'on croyait doué d'un génie supérieur ne devient pas un monomane, ou n'est pas rendu stupide par l'onanisme. Ainsi nous paraîtra le jeune homme, qui à celle

époque, démenlant les brillants présages dun esprit précoce, parviendra à remplir avec peine le plus modeste emploi.

Un second, d'aspect plus robuste et dun teint florissant, sortira de la période critique avec une constitution et une santé solides, qui lui permettront d'aller de Tavant, mais il se gardera d'être pour toujours un esprit avisé. Un troisième, au contraire, frappé également à la même période dans la lutte, avant qu'il arrive à Taliénation mentale, montrera les signes de la lutte par un système nerveux irritable, épuisé, faible. Un quatrième, de même, en sortira avec une constitution si désiquilibrée, que chez elle cette propriété statique peut être transitoirement ou définîtivement rompue, comme si dans la suite de la vie il ne devait pas rencontrer d'obstacles imprévus. Vous avez encore celui qui, en apparence, sort victorieux de cette lutte, robuste de corps et vivace d'esprit, mais qui, tôt ou tard, révélera des dispositions étranges et anormales, ou contraires à son milieu ambiant, dans ses penchants affectifs ou intellectuels. Il arrive alors que les grandes et généreuses mais non naturelles résolutions surgissent spontanément ou s'imposent facilement, si les sujets n'ont pas chassé de la nature rheureuse tendance au développement normal. C*est à une telle époque que la femme, selon les circonstances, ou veut prendre le voile, ou cède trop promptement aux cajoleries d'un séducteur. Chacun de nous, malade ou non, n'a-t-il pas un poème dans le cœur, poème qui a commencé entre seize et vingt ans. Heureux celui dont le poème s'est achevé dans une prose tranquille, tissue de hautes émulations.

L*amour chez la femme ne parvient à sa satisfaction complète que dans le cas où il s'ensuit la naissance d'enfants. L'absence de ceux-ci amène deux conséquences. La première est la prolongation outre mesure, du côté de la femme, des formes erotiques de l'amour sexuel. L'épouse qui n'a pas d'enfants continue, pendant plusieurs années après le mariage, à entretenir avec le mari des rapports sexuels aussi aigus que dans les premiers mois qui ont suivi leur union. L'absence de maternité engendre outre mesure l'amour à une période ({ni biologiquement est préparatoire et non utile.

S. VKVTriii. i

18 s. VKNTCRl

Nous pouvons dire que cet amour, que nous appellerons une lune de miel qui a perdu sa douceur, ayant dépassé de beaucoup les vingt-huit jours, représente, dans l'amour à deux, qui doit évoluer et donner après la période florissante les fruits de la maternité, celui qui est Tonanisme dans l'adolescence, qui se prolonge dans la jeunesse jusqu'à Tépoque où il est remplacé par ce sentiment qui n est autre que le fruit mûr provenant de la fleur développée par Tonanisme fantastique, lequel n'était pas dans Tètre un vice si Ton peut dire, mais le germe de la fonction et des sens sexuels.

La deuxième conséquence est que Tamour sexuel de la femme sans enfants se continue en elle avec une ardeur affectée et une énergie apparente, jusqu'à ce que tout espoir de maternité soit déçu. Il disparaît complètement avec les efl'ets physiologiques et psychologiques, qui seuls déterminent les rapports entre ramour,.les besoins et les désirs sexuels de la femme. L'amour, qui pour elle a été seulement un passe-temps stérile, finit par la laisser indifférente et Tarr^^te dans la voie du progrès matériel et moral. Il la conduit à une vieillesse prématurée de l'esprit et du corps, traduite par la limitation des expansions affectives. Elle devient alors méticuleuse dans les soins à apporter à sa santé, égoïste et est en proie à ces désordres fonctionnels que déchaîne la ménopause et qui amènent Tavilissement de la chair même.

Il existe une grande différence entre l'infortunée qui n'a pas connu les joies de l'amour et la femme mariée à un homme fécond qui l'a rendue plusieurs fois mère Cette dernière vit heureuse, les sentiments expansifs de la famille se développent vigoureusement en elle, s'étendent aux petits-enfants et font de la fin de sa vie un rêve de délices, rendues plus chères encore par toutes les craintes endurées et les sacrifices faits pour le bonheur de la lignée issue de son sang.

La femme stérile par la faute du mari mène une existence que l'espoir et certains efforts animent de temps en temps. Tandis que les forces la trahissent, l'atTaiblissement la décourage autant que Tespoir déçu. Surgissent alors des diversions dans le champ de ses activités nerveuses. Les besoins du corps et de l'esprit non satisfaits donnent lieu aux hystéries, à des caprices, à des irritations, à des changcnïeiils d'humeur, à des propos étranges et

quelquefois à la folie. L'amour sans les fruits naturels de la malernité produit à peu près les mêmes efFels que Tabstinence dans Tamour lui-môme.

L'amour nous révèle ses avantages par les effets de la propre fonction biologique. Il agit sur la personne amoureuse par le moyen d*une vertu intrinsèque de Tacte sexuel^ qui échappe à l'observation ordinaire.

Abordons la question avec la conviction que la science ne doit pas la découverte du fait organique, fonctionnel^ à la considération d'une simple hypothèse. La femme, peu de temps après le premier jour des noces, diffère de ce qu'elle était auparavant; elle a beaucoup changé du jour où elle était encore enfant et jeune vierge. Le timbre de la voix a changé, les chairs apparaissent plus florissantes, les contours du corps présentent plus de rotondité et Tesprit devient plus tranquille et disposé davantage au calme. Elle se trouve dans une nouvelle disposition de Tesprit et du corps résultant de la condition des besoins satisfaits et de la joie de sa nouvelle situation. Il n*en est pas ainsi de la femme qui, au mt^me âge, a joui des émotions d'un amour illégitime sans la satisfaction de la complète possession ; ces émotions résultant de lamour pratiqué avec la personne aimée, mais dans la gêne et Tanxiété^ sont quelque chose de comparable à Tonanisme à deux.

Il en est qui ont démontré franchement les conséquences funestes à la santé du corps et de Tesprit qui résultent des amours incomplètement satisfaites pour avoir été pratiquées sous forme d'onanisme à deux, ou dans des conditions propres à empêcher la fécondation (Tissot). Les femmes victimes de telles amours perdent tous les avantages de la femme mariée, que Tamour fécond du mari rend tout à fait heureuse.

Elles arrivent à des résultats analogues à ceux de la femme stérile par la faute du mari. Ainsi que cette dernière, elles se flétrissent avant le temps, inassouvies, diminuées à leurs propres yeux et détournées du but naturel de la femme. Le coït fécond a peut-être une action particulière immédiate sur le système nerveux de la femme, autre que celle de commencer la fonction de la maternité. En pareil cas, le sperme doit avoir une action puissante sur le système nerveux.

20 s. VKNTITRI

La question, aujourd'hui, peut ôlre éhidiée et résolue expérimentalement. D'après Brown-Séquard, les injections hypodermiques du liquide provenant de la macération des parties génitaies du lapin broyées dans un mortier et filtrées après Taddition d une môme quantité d'eau, seraient capables de rendre à des sujets vieillis ou affaiblis des sens de jeune homme et de réveiller les forces du corps et de l'esprit. Les expériences de Brown-Séquard furent reprises ensuite par Hammond, Pariot, Loomis de New- York, Villeneuve, Surov, Brainerd de Cleveland, et récemment en Italie par Ventra et Fronda, qui ont confirmé à peu près ces résultats. Ils ont noté particulièrement, au moyen de telles injections, le réveil des fonctions de la moelle.

Ces recherches ont donné lieu récemment à de nouvelles et merveilleuses applications de la thérapeutique. Elles consistent en injections de suc physiologique animal dans certaines maladies guéries par ces spécifiques (suc thyroïde contre le myxœdème, suc de la glande pinéale contre l'acromégalie, suc pancréatique contre le diabète).

J'ai pensé que, si le suc des testicules servait réellement à réveiller l'énergie nerveuse et sexuelle des vieillards et des débiles, il trouverait une merveilleuse application chez les aliénés. Parmi ces derniers (ainsi que je Tai expliqué au dernier congrès de Novarre, 1889), j'ai considéré ceux qui, à la suite d'une cause spéciale, présentent des conditions physiques et psychologiques analogues à celles des vieillards, ceux. chez qui la décadence physique et morale est simplement le résultat d'une décrépitude précoce, mais plus ou moins grande.

Je ne pouvais pas toutefois me proposer d'expérimenter l'action thérapeutique du remède préconisé par Brown-Séquard sur les genres de folie, que je compare à une précoce décrépitude physique et intellectuelle, avant d'être convaincu par moi-même de la réalité de son action physiologique.

Mon intention formelle étant de donner toutes les preuves thérapeutiques, je résolus d'entreprendre auparavant les mêmes expériences, en faisant varier seulement les individus sur lesquels elles se portaient, et je pris à cet effet des aliénés.

Voici mes expériences.

LA FONCTION SKXUKtLE 21

Profitant. de ce que, dans la Maison des fous dont j'ai la direction, on tue fréquemment des moutons et chevreaux, c'est à ces animaux que j'ai emprunté le liquide testiculaire.

J'ai expérimenté sur quatre malades^ présentant chacun une aliénation différente. J'ai eu soin de leur faire représenter, pour ainsi dire, les quatre points cardinaux de Tatonie physique et intellectuelle et je les ai classés d'après la dégénérescence ou la dépression simple :

i° Démence sénile avec décadence des pouvoirs organiques;

2' Folie paralytique au dernier stade;

30 Stupidité suivie;

4'* Engourdissement aigu.

Ces quatre malades furent, le jour deTexpérience, mis au lit, et on examina dans chacun Tétat général, la température, le pouls, les pupilles.

Etat des malades avant C injection (10 décembre 1889).

Trro|i. Poali Pupille* BUt général

Engourdissement aigu . 36° 3 80 normales muet, apathique, pùle.

FoJie caduque 30° 5 84 >» faible, tranquille.

Folie paralytique 30» i 90 » rendu stupide, pâle, faible.

Stupidité suivie 30° 4 74 » muet, apathique, pAle.

On employa les testicules de trois chevreaux âgés de cinq mois. On les pila après leur avoir ajouté un volume égal d eau distillée et on filtra le liquide ainsi obtenu. L'opération entière fut terminée en moins d*une« demi-heure après la mort des animaux. On administra, au moyen de la seringue Pravaz, une injection à chaque malade.

On obtint une heure après les résultats suivants :

Une heure après Pinjection :

Temp. PoiiU Pupilles Etat géoérti

Fngourdi.ssement aigu.. .. 30° 4 70 normales romme avant

Folie caduque • 30«> \ 80 » le malade pleure .

Folie paralytique 30» 3 92 » comme avant.

Stupidité suivie 30° G 72 » physionomie animée

et rit spontanément.

22 s. VENTURI

Une heure encore après, ils reprennent leur état prioiitif, celui qu'ils avaient avant Tinjection.

Le lendemain (11 décembre)^ on répète Texpérience dans les mêmes conditions que la veille.

Avant r injection :

Terop. Poulf Puplllpt Biatgéoéral

Engourdissement aigu. 36° 5 88 normales muet, apathique, pâle.

Folie caduque 36" 8 76 » parle tout seul.

Folie paralytique 36° 3 96 » rendu stupidc, faible, pâle

Stupidité suivie 36° 2 80 » muet, apathique, pâle.

Deux heures après rinjection :

Temp. Pooli Puplllrt Blat fénérti

Engourdissement aigu 36<* 6 96 normales comme ci-dessus.

Folie caduque 36» 6 86 » est rouge à la figure et très

inquiet, jure, crie, menace.

Folie paralytique 36° 3 104 » rouge à la figure.

Stupidité suivie 36° 2 80 » a la physionomie un peu

claire, rit tout seul .

On conclut de ces expériences que :

I. Les modifications apportées dans la température et le pouls ont été peu sensibles et légères ;

II. On a obtenu souvent des modifications dans Tétat moral des malades^ chez lesquels Tinfliience des injections s'est manifestée par une vive émoiion, par Texpression de physionomie, par le système vaso-moteur ;

Page 1