‹ Correspondance, 1812-1876: 1812-1876Chapitre 20 sur 62 · AU U&UIS · texte numérisé non relu

AU U&UIS

Cher amt, Vtfus me donnez de bons evcQur»^nMnts «i je Torai de mon mieux. Pourisnt, U fi^at i^UQ vous m'aiidUz ua peu d'avis très, fraiics au bevin. Je rentre dans la vie pratique ea (Quelque sorte.au sortir delà itevue^ où je ne faisais guère i^ue des romans; quand j'avais <{uelqqe vue personnelle à étnettrei ce brave Bulgz avait une peur de chien de me voir sortir du gaufrier politique et des convenances de son cénacle. Je ne me disputais pas avec lui, ou je me disputais selon ma p^ience du moment^ mais je n'élaU vraiment pas libre moraleiitent et, dans ces derniers lem]^ surtout, j'ai senti un grand besoin de pouvoir dire ce qui mevient ou ce qui m'est venu anlérieu rement, en dehors de la fiction. Vous avez deviné cela quand vous m'avez tracé ce plan de feuilletons ^ui me sera un f^rot respire.

COBBBSPOHBiKCE ^& CS0R6K UKH Ut cName on tUt eo Bari;y^ a^r^ 4e8 «aoées d'étouOe^ ment.

Il Taut paurtant aaas, oalwàjt^ sjk U ileu d« Ih berlédoat jepfiaxdi$p(>&^;cafi«reottaiuùtbim9uc la liberté «bst^ue a'e»l poaùble nw, qiwa4 ta écrii sur oae pa^e qo^ l'w ÛCQQ tQi^t wiJ. Je »ft crois pi» ■ avoir des opUionft 4aiiS*r€HiM «t «KiMnwM qui poîsseat comprua^ttr^ l'amMide Uè9 dîgae ^ très calme du Temps. Hais j'ai mes heures m je suis lut peu plus agitée que ses premiers-Patcia. Pourvu que, par la date de mes articles, je mette ces émotions à dislaace,il ne s'inquiétera pas, n'est-il pas vrai? Si je dépassais son programme, je l'autoriserais de tout mon cœur à faire ses réserves en note. Je lâcherai qu'il n'y ail pas lieu, nais tant «m me promettant de faire de simples causeries sur des sujets variés, je sens bien qu'il ^^ me s^fL plus p«»ûiUe de ne pas parler du temps présent. Tout se tient dans l'émotion et ma $érémti » soa gwre d'émotions qu'il m'est dinicile de retenir. Qui est-ce qm croirait ca?

Eh bien, sll m'arrivait de prendre le toor» aiu dénis, je veux bien i^ue vous m'»veTtis3i.ez,je me rends toujours aux bonnes raisons; mais ne me laiiseï pas ignorer les craintes que je pourrais iospirev et U pourquoi de ces craintes. A^l^e chose : je désire avoir du succès dans le TempSy pour gagner en conscience l'argent qu'on me donne. Il Ëint que vous me disiea tout bonnement après chaque article, dans les commencements, si la chose a plo^ ei^ ai elle a «lanyé.

laO COUHtSPONOAHCE DE GEORGE SAND Les mêmes sujets n'iront pas à la mfime fraction du public, je le sais ; mais il eu est qui peuvent ue plaire à personne, et, où je suis, je ne peux pas le savoir.

Promettez-moi cette sincérité ; j'arriverai à connaître votre public et & gagner ses sympatbies. C'est vous qui avez rédigé l'annonce de ma collaboration ; c'est très élogieux et très bien tourné. Je vous en remercie, je voudrais mériter tout cela. Mes amitiés à Taine; je le lis.

A vous de cœur.

Jl U. BBHTON PBRB, A PARIS

Mais certainement, mes enfants, c'est pour être joué en provinceet partout où vous voudrez, que je vous ai donné le petit prorerbe*. Il y avait dans l'envoi un mot où je te le disais. Tu l'auras laissé au fond de l'enveloppe. Vous faîtes mille fois bien d'aller en province, eu attendant la réussite de vos démarches à Paris. Vos succès, votre bonne entente, que le bourgeois, envieux des artistes, croit toujours impossible, vous donneront

t. Utt bienfait n'etl jamau perdu

D,mi,.=db,Gooylc

CORRËSPONDAHCE DE GEORGE SAND lU de l'aulorité. Voilà qu'on parle de la retraite de Jules Simon. Je veillerai à bien disposer son successeur, si je le connais tant soit peu.

Je TOUS embrasse; donnez-moi des nouvelles de votre expédition. Je suis de cœur avec vous. Si vous n'êtes pas trop loin quand vous jouerez le proverbe, j'irai vous trouver, passer un jour avec vous; mais il Taudra que vous me garantissiez l'incognito. La curiosité des provinciaux est insupportable.

G. SAHD.

s FLAUBERT, A CROISSET

Tu as enfle et besoin de me voir et tu ne viens pasi ce n'est pas bien ; car moi aussi, et nous tous ici, nous soupirons après toi. Mous nous sommes quittés si gais, il î a dis-huit mois, el tant de choses atroces ont passé entre nous! Se revoir serait la consolation due. Moi, je ne peux pas bouger;je n'ai pas le sou, et il faut que je (ravailie comme un nègre. Et puis je n'ai pas TU un seul Prussien, et je voudrais garder mes yeux vierges de celle souillure. Ah ! mon ami, quelles années nous passons là! C'est à n'en pas revenir, car l'espérance s'en va avec le reste.

les CORRESPONDANCE DE GEORGE 5AND

Quel sera le contre-coup de cette infâme Commune? Napoléon ou Henri V, ou le règne des, inceoiliaires ramené par l'anarchie? Uoi qui ai tant de palience avec mon espèce et qui ai si longtemps tu en beau, je ne vois plus que ténèbres. Je jugeais les autres par moi-même. J'avais gagné beaucoup sur mon propre caractère, j'avais Éteint les ébuUitions inutiles et dangereuses, j'avais semé sur mes volcans de l'herbe et des fleurs qui venaient bien, et je me figurais quelout le monde pouvait s'éclairer, se corriger ou se contenir; que les années passées sur moi et sur mes semblables ne pouvaient pas être perdues pourla raison et l'expérience : et voilà que je m'éveille d'un rêve pour trouver une génératioa pantajé* entre le crétinisme et le detirium tremensf Tout est possible à présent.

C'est pourtant wsX, d« désespérer. ^C«w 4" grand effort, et peut-être me retrouverai-je équitable et patiente; mais, aujourd'hui, je ne peux pas.Je suis aussi troublée que loi, et je n'ose ni parler, n^ penser, ni écrire, tant je crains d'aviver les plaies béantes de toutes les Âmes.

J'ai bien reçu Ion autre lettre, et j'attendais le courage d'y répondre; j« ne voudrais faire que du bien à ceux que j'aime, à toi surtout qui sens si vivement. Je ne vaux rien en ce moment. J'ai une indignation (;ui me dévore et un dégoût qui m'assassine.

Je t'aime, voilà tout ce que je sais. Mes enfants t'en disent autant. Embrasse pour moi ta bonne petite mère.

CORn.ESI>0ItJ>AHCB t>K aKOIlGE SAN» IC3

DCGCXSV iU UËUE

Kohanl. 6 (cplfinïre 1871.

Où es-tu, mon cber vieux troubadour?

Je ne t'écris pas, je suis toute troublée dans le fond de l'àme. Ça passera, j'espère ; mais je suis malade do mal de ma nation et de ma race. Je ne peux pas m'isoler dans ma raison et dans mon irréprochabU lité personnelles. J« sens les grandes allachcs relàcbées el comme rompues, It me semble que nous nous eo allons tous je ne sais oA? As-lu plus de courage que moi? Donne-m'en !

Je t'envoie les minois de nos Ailettes. Elles se son- TÎeanent de toi et disent qu'il faut ('envoyer tenrs portraits. Hélas I ce sont des Glles, on les élève avec amour comme des plantes précieuses. Quels hommes rencontreront-elles pour les proléger et continuer noire œuvre? Il me semble qu'il n'y aura phis qae des cafards et des voyous!

Donne-moi de tes nouvelles, parle-moi de ta panvre maman, de la famille, de Croisset. Âime^ous tonjours comme nous l'aîmoas.

D,mi,.=db,Gooylc

lel CORRESPOHnAIfCE DE GEORGE SAND

A U. CHARLBS-BDIIOND, A PARIS

Noliul, S MpUiidbra ISTl.

Cber ami,

Nous ne demaDderions qu'à tous complaire; Manrice et moi, nous ne faisons qu'un, et ce n'est pas de lai que viendrait l'obstacle. Hais le fait est que mon roman est trop peu avancé et que je n'arriverais pas après Taine. Comptant passer après MauriceetH. Ma< lot, je ne me suis occupée que de mes feuilletons et j'en ai fuit plusieurs pour me donner ensuite au roman sans distraction. Tout ce que je peux vous promettre, c'est d'èlre prête après Maurice, si vous le voulez. Ce sera à vous de vous entendre avec H. Malot e( de lui bien dire que ce n'est pas par ma volonté que je prendrai sa place. Ces feuilletons ne sont pas si faciles k faire que je croyais : je dois pécher dans des masses de griffonnages écrits au hasard du moment, pour faire un tout résumé et présentable. Je vais vous en envoyer un où Delacroix explique la peinture à Chopin et à Maurice. Il a été écrit le soir même et je le crois intéressant. Hais concevez-vous que, sur le manuscrit, après la date janvier i&i., il y a un gros pâté, et qu'il nous est impossible de nous rappeler si c'est 41, 43

CORRESPONDANCE DE GEORGB SÀND tCS OU 43 ? Il faudra qae tous retrouviez au juste l'époque où H. Ingres a exposé la Stratontce, dans une salle du Louvre, je crois; ce dernier détail estindifTérent : ce qui importe, c'est de dater le feuillelon de l'époque précise; car il roule tout entier sur le jugement porté par Delacroix sur ce tableau.

Je crois que Villot doit savoir cela, ou tout autre conservateur de musées. D'après l'ordre de mon rangement, ce petit manuscrit serait de janvier 1841 ; mais je n'en ai plus la certitude.

Pauvre ami, je ne savais pas l'horreur des choses que vous avez traversées. Votre compagne doit vous être d'autant plus chère qu'elle a plus soulTert. C'est vous qui la guérirez bien radicalement par la douceur et l'alTectioa.

Et vous voilà à l'Odèon, bravant le public ahuri, et la troupe décapitée de Chilly? c'est bien h vous d'avoir ce courage. Je voudrais être là pour vous applaudir ; mais je ne sais si j'irai cet hiver; j'ai été si éprouvée moralement, que j'ai un besoin féroce de repos. Et puis il ; a eu tant de secours à donner depuis un an, que je serai très pauvre.

Je relis voire lettre avant de fermer la mienne. Je vois que j'ai mal compris. Vous voudriez faire passer Ualot après Taine et puis moi, et puis Maurice. J'avais compris, Taine, moi, Maurice, Halot. Eh bien, j'aimerais mieux, Taine, Maurice, moi ou Malot, Malot ou moi. Moi, je ne suis pas pressée, mais je me presserais pour vous satisfaire. M, Uébrard m'a écrit que

D,mi,.=db,Gooylc

lE» COItRCSfONbANCG bK CEORCE SARD H. Halol trouvait T^tilctTierrt à placer son romm dans un sutre journal et c'est moi qui ai ntasé de fui prendre soft tour; car je comprends qu'il tienne à jBiraftre dans te Temps. Voyez, cher ami, à arranger cek dnns votre intérêt, sans wus occuper du mien. Maurice céderait bien son tour sans se plaindre et ïana TOUS demander d'aTancesjmais, moi, je ne voudrais pasie remettre si loin pour des raisons que jevtrus dirais, mais qui sont trop longues à écrire. En somme, je croisquelemieui sérail de laisser leschosescomme m. hëbrard me les & écrites : Taiiie, Slaurice, Malot et moi ; cela me permettra de donner à Bnloz une nowpefie, pbur me liquidw et ne pas le faire mourir île cliagrin ; tar le -voïtii qo! se réveille et jette feu et flammes. Si Renan va A vous, je vous laisse h penser I 3e songre & une chose â laquelle vous devriei rédéchir. VbT& voulez grouper Anlonr de tous ce qu'il y a, dites-veQSjile 'lutnineax. Vous pourriez, à c6té de la place politique de premier ordre que voos «vez, prendre la première place littéraire. Mais le feuille ■ ton esttrne chose si limitée, si interrompue, que les romans en soulfrironl toujours, et que les articles de variétés sérieuses étant forcément scindés, n'y auront jamais ï'aaiorité qu'ils ont dans une revue ou dans un livre. ïl fiindrait trouver le moyen de faire, tous les quinze jours, quelque chose qui serait, sous la forme d'un ^and supplément, à la fois un journal «t une revue, cëU contiendrait : la valeur d'une feuille eti ti)man^, maître éte&due an stïience, philosophie,

D,mi,.=db,Gooylc

eoiiRtscontiAiirct de csougb saho 16t

voyage ou critique, et le tout couronné par un résumé politique de la quinzaine. La politique du Temps acquerrait ainsi une autorité très grande. Elle ne perdrait pas celle qu'elle a au jour le jour, elle la décuplerait en la résumant et en l'expliquant. J'estime qu'une feuille de la Revue des Deux Mondes, qui est une bonnemesure pour un article de variétés sérieuses, liendrail dans une page et un tiers du Temps; d'autres Iravaui s'arrangent aussi bien d'une denii-reuille. EnGn, je m'imagine qu'il y aurait une magnifique tentative à faire et un immense succès à conquérir, si, — à peu de frais, et sans changer les habitudes du journal quotidien, -^ on arrivai! à; joindre Une ttevue. Le public français ne compoile pas plus d'une ou deux Revues dans la forme qu'elles-ont maintenant, parce que c'est trop cher à établir, trop cher d'abonnement; ne pouvanl résoudre la difficiillé, on pourrait ta trancher en la tournant, el le journal qui ferait cette innovation aurait tant de succès, qu'il ne lui serait pas nécessaire d'élever son prix. Tout au moins il pourrait laisser à l'abonné la liberté de s'abonner à part au supplément, et, parla, il ne compromettrait rien. RénéchissËz et calculez. Je ne crois pas vous communiquer une pure rêverie. J'y ai pensé l)ien longtemps et bien souvent. Il ; a des conditions de succë s qu'on force en les déplaçant.

A vdus de cœur, cher ami.

G. sa.no.

A CUSTAVR FLAUBERT

Cher TÎeui,

Je te répondais avant-hier et ma lettre a pris ds telles proportions que je l'ai envojée comme feuilleton au Temps pour la prochaine quinzaine ; car j'ai promis de leur donner deux feuilletons par mois. — Cette lettre à un ami ne te désigne pas même par une initiale : car je ne veux pas plaider contre toi en public. Je t'ï dis mes raisons de souffrir et de vouloir encore. Je te l'enverrai et ce sera encore causer avec toi. Tu verras que mon chagrin fait partie de moi et qu'il ne dépend pas de moi de croire que le progrès est un rêve. Sans cet espoir, personne n'est boa à rien. Les mandarins n'ont pas besoin de savoir, et l'instruction même de quelques-uns n'a plus de raison d'être sans un espoir d'iniluence sur les masses ; les philosophes n'ont qu'à se taire et ces grands esprits auxquels le besoin de ton âme se rattache, Shakspeare, Molière, Voltaire, etc., n'ont que faire d'exister et de se manifester.

Laisse-moi souffrir, val ça vaut mieux que de voir

CORRESPOHDAHCE DE GEORGE SAHD 1C9

l'injustice avec un visage serein, comme dit Shskspeare. Quand j'aurai épuisé ma coupe d'amerlume je me relèverai. Je suis femme, j'ai des tendresses, des pitiés et des colères. Je ne serai jamais ai un sage ai un savant.

J'ai re{u un aimable pelit mot de la princesse Mathilde. C'est brave et bon de sa part de revenir près de ses amis, au risque de nouveaux bouleversements.

Je suis contenté que ces petites mines d'enfanis l'aient fait plaisir. Tu es si bon, j'en élais sûre. Je t'embrasse bien fort. Tu as beau être mandarin, je ne le trouve pas Chinois du tout, et je t'aime à plein cœur.

Je travaille comme un forçat.

DCCCXXVIIl

A V. ÉDOUAHO DE POHFÉRV, A PARIS

Merci de votre bonne lettre. Mon cœur bien gros a du soulagement quand il rencontre des sympathies vraies dans ce temps troublé, douloureux, navré. Et si on voyait l'avenir !

Est-ce que vous l'apercevez ? Ce que vous me dites esl vrai,quant au présent, et, quant à l'avenir, jecrains bien, comme vous, que l'intelligence et rhonnèlelé ne nous fassent défaut I Ah ! que j'aurais voulu mou-

170 CORRESPOHDAttCE DE GEORGE SASD

rir avant Ae uvoir qnc la barbarie était encore si w-

Tante et si active dans le monie I

Je ne sais pu es que c'est que le petit livre dent voos me parlai; vous me rendriez service de me l'envoyer. 11 faudrait discuter cette InternatioMJe au lieu de ehereher à l'enterrer. Que n» le Eaites-vods, puisqse vous êtes iorormé?

A vous de ecenr et merci «neor» cb votre ttectHeux sawrenir.

DCCCXXIX

A U. BEIITOH PàRli, A PAR19

Mon panvre enfant, Je me doutais bien, à ton silence, que cette tournée n'était pas brillante. Je ne t'en voulais pas. Je m'en attristais. Le moment était si malheureux ! On a tant stof'ert, tant perdu I Le provincial est économe et ne s'amuse pas quand ses affaires ne vont pas, et peut-être manquiez-vous d'un Barnum. C'est surtout cela qu'il faut dans les pays arriérés. Ne t'inquiète pas du proverbe. S'il pouvait le faciliter un arrangement quelconque, garde-le ; sinon, tu me le rendras, en le faisant déposer chez moi : rue Gay-Lussac, 9, à madame ifartine, pmtr madame Sand,

CORBESPONDAHCE DE GBOUGE SiMb 171 Qne vas-tu faire ? Od dit Chilly très graTement m*lade. Duquesoel est-il tilulaire au même de|ré ? PoarraH-il c«i)tiau«r seul ? Seras-tu forcé, pour prsndre un engagement quelque part, de baisa»r tes prix? Il ne faut pat M dinimuler que tout le momie, artiite ou non, «st étas la panne, «t il faut travailln- quand même. La Prune et la GonuauBC nous •»! purii de rudes coups. Gardons la seule chose qu'elles n'aient pu nous Ater : le c«arage. Ti«iWBi«i an edurant de ce qui peut surrenir. J'ai Hé inquiéle de ton iang tiUn6e. Je t'embrasse bieu tondreoieoi, ainsi ^ile t»n ûk et tous les chers miocbea.

OND PLAUCHO'

Il n'ett bruit dedans Paris que de ta chemise de batiate, de ton b.'ibit noir, de ta barbe bien teinte et d£ ton air brésilien, à la représentation de Ouinas. Et ce n'est pas une femme qui m'écrit cela, c'est un hsoime émerveillé. Si la pièce manque de succès, tu n'eu auras pas moins eu un de belle tenue. Espérons que le public ne sera pas trop prude pour Alexandre, et que le pauvre Gadol se relèvera. Hais, d'un câté, le

m CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

public Tent qu'oa ne le scandalise pas; de l'autre, il veut qu'on l'amuse, et il ne s'amuse précisémenl que de ce qui le scandalise. Il n'est pas facile à contenter. Il est immoral et hypocrite.

Je te remercie des détails que tu me donnes, tu es bien gentil de me tenir au courant de tout. Sans toi, je n'aurais que l'impression des critiques, qui ne sont jamais naïfs.

Te voilà donc plénipotentiaire entre les Buloz et moi ; s'ils veulent te prendre ponr ambassadeur, accepte, je serai 81 contente de te voir.

Je t'embrasse et nous t'attendons.

DCCCXXXI

A H. ALFRBD GABItlÉ, A HONACO

Nohul, tl oelolin ISTI.

Monsieur.

Uerci mille fois, mais ne me dédiez pas ces vers-là. Écrivez-moi sur un sujet littéraire, champêtre, tout ce qu'il vous plaira; mais ne me posez pas une question de principes politiques.

Je hais le sang répandu et je ne veux plus de cette thèse : ( Faisons le mal pour amener le bien ; tuons pour créer. > Non, non ; ma vieillesse proteste contre la tolérance où ma jeunesse a flotté. Les événements

maltiples qui Tiennent de s'accomplir doivenl nous foire faire un grand pas en avant. Il fant nous débarrasser des théories de 93; elles nous ont perdus. Terreur et Saint-Barttiélenif c'est la même voie. Vous £te3 jeune, n'est-ce pas? En tout cas, vous êtes poète; TOUS devez aimer le vrai, le beau, le juste. Maudissez tous ceui qui creusent des charmera. La vie n'en sort pas. C'est nue erreur historique dont il faut nous dégager. Le mal engendre le mal. Apprenons à être révolutionnaires obstinés et patients, jamais terroristes. De longtemps nous ne serons écoutés. Qu'im* porte ! Le poète doit vivre au-dessus de ses contemporains, an deU de sa propre vie. L'humanité n'entrera dans un progrès que quand elle méprisera le mensonge dans l'homme, et respectera l'homme en dépit du mensonge.

6E0RGE SAND.

A H. HBHRy HARRI3SE, A PARIS

Nobinl, ai oclobra IB71.

Merci de vos très bons feuilletant, mon cher ami.

Si vous avez le cœur encore malade, vous avez du

moins l'esprit très net et très vif. Quand j'aurai lu la

pièce, je vous donnerai mon avis. D'avance je vous dis

m CORRESPONDANCE DE CEORGB lAHC

qae je ne suis pas de cens qui prétendest qM Elir» scnîr l'art ft soulenir uoe Ifaèse, c'eit le rabaiiter, Ji suis de l'nvis tout contraire. L« but élevé élève l'srt, et, quand on pense autrement, c'est pent-èlre qu'on embrouille une qaeslion mal posée. On dit qoê l'arl ne doit prouver qu'en manifestant. Eh bien, U Partbénon manifeste le beau, et certes il a voulu ■• prouver. Dumas montre le mal pour le &ire haïr. Si, comme Michel-Ange à la chapelle bixtine, il peini l'enTer de main de maître, il a réussi; si, comme les sculpteurs des cathédrales da moyen tige, il ne rnoolre qae le hideux et l'obscène, il a échoué j mafa je ne crois pas qu'il soit dans le dernier eas. Gela ne se peut, car il est un maître et non un manœuvra.

Trouvez-vous que Paris se relève intellectuelleraeirtj l'aîmez-vous toujours? Moi, je crains de le revoir.

Toutes les amitiés de Nohant, et tous mes remerciements pour vos bonnes et ciiarmantes lettres.

DGCCXXXIII

Page 1