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170 CORREBPONDÂHCE DE CEOaCE SÂKD
Maurice. Il dit que (a peint bien ce que ça raconte, et, comme il est assez dirOciie pour moi, j'ai un peu d'espoir de finir aans trop de d£goât. J'ai le malfaeur de n'aimer que fort peu des choses que je fais, et de ne jamais trouver que l'exécution réponde à l'entreprise. Enrin, tout mon désir, c'est de ne pas tous voler mon salaire.
Que je TOUS plains d'èlre en répétition I je connais ce supplice, et je connais aussi la personne qui toqs agace : c'est une enfant gâtée qui ne se console pas de vieillir et qui s'en prend & tout le monde, surtout k ses rôles.
Je me suis promis de ne plus lui en donner : non pas qu'elle n'ait bien tenu celui que je lui avais confié; mais elle l'a lâché vile, et l'ennui qu'elle m'a donné aux répétitions ne vaut pas le service qu'elle m'a rendu. Sarah n'est guère plus consolante, à moins qu'elle n'ait beaucoup changé. C'est une excellente fille, maisqui ne travaille pas et ne songe qu'à s'amuser; quand elle joue sou rôle, elle l'improvise; cafail son effet, mais ce n'est pas toujours juste. — Vous devez trouver voire consolation avec Pierre Berlon, qui est si fidèle, si exact, si consciencieux et si sàr.
Pour moi, non, je ne songe pas à donner une pièce ; j'en ai deux ou trois, mais point de parti pris sur l'époque. Je trouve le public trop aAttrï. J'aimerais mieux, à l'heure qu'il est, être jouée en province.
Le diner chez Hagny a donc repris son cours? Qui sont vos convives & présent? Le pauvre Edmond de
Concourt a-t-il reparu ? Je n'ai plus entendu parler de lui depuis la mort de son irëre. Saint-Victor a Tait un beau livre. Flaubert a-t-il été des vôtres? Je ne sais s'il est toujours à Paris.
Je compte que vous me tiendrez aa courant de vos aventures. Le théâtre est amusant quand même, une Tois qu'on a pris son parti du résultat, quel qu'il soil. C'est toujours on coup de dés. Bon courage et bonne chance! Vous sarez combien je le désire.
A vous de cœur.
A U. ALEXANDRE DUHA3 PIL3
Mon fils, J'ai enfin reçu la Visite.Ji n'aime pas beaucoup ia pièce; bien qu'elle accuse toujours plus de talent et toujours autant d'esprit, je la trouve un peu bizarre comme donnée, ou du moins comme prétexte; car ie séducteur est vrai, l'ami est charmant, ia petite mariée vraie aussi dans sa bëlise; mais la dame a trop d'esprit, elle fait trop bon marché de sa dignité, puisqu'elle a conservé de la dignité. Celle scène où elle reprend le monsieur, par une comédie qu'une
IT8 CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND bonnéte femme ne saurait pas jouer, me fait craindre qu'elle ne soit très rouée, et, quand elle secoue son mouchoir, ce qui esl ingénieux au possible etdoit faire beaucoup d'effet, je crains que ce ne soit inutile, et qu'elle ne fasse ensuite tout ce qu'elle s'est vantée d'avoir fait. C'était bien beau dans Madame Aubray, celte fille qui s'accuse à tort pour rendre le (ils à sa mère. Ici, c'est dur et pas nécessaire. Al-jetort? ai-je raison? Voilà mon impression.
Une situation si délicate ne pouvait être préparée, je le sais bien, sans être escomptée; mais voilà où vous eussiez pu faire le lour de force, vous, à qui rien n'est impossible. Vous avez, je crois, sacrifié à l'effet un peu vite. Ce n'est pas moi qui vous dirai ce qu'il eût fallu faire. Je ne le sais pas, je vois bien la moralité : à quoi bon la faute? la leçon est donnée; iiiais la fename mérite-t'elle qu'on la lui donne et aura-l-elle le cœur et l'esprit d'en profiter?
Voilà votre maman qui vous lait de la critique au coin de son feu. Si j'avais vu la pièce, il est plus que probable que j'aurais été trop saisie pour avoir une abjection ; mais vos pièces, à vous, doivent triompber autant à la lecture que sur les planches. Vous y êtes obligé. Sur ce, je vous bige tendrement, et, si j'ai lort dans ce (jue je vous dis, n'en tenez compte et dites-moi que je me trompe. Je nedemaiule que ça.
Comme c'est joli, ce que Lebonnard dit au bébé et quel charmant et amu.sant dialogue d'un bout à l'autre
C0BRË5P0HDAHCB DE GBURGE SARD m Merci pour la lettre que vous me transmettez. Je répondrai. Vous souvenez-vous que vous me disiez de mettre Clemenceau en bon franchis, et qu'au bout de dix lignes, je vous ai dit qu'en devenant grammatical, vous perdriez tout ce qui fait votre mouvement et votre vérité d'allure. — Oui, la langue est pédante, lourde : c'est comme un habit d'un autre temps qui ne nous va plus. Hugo croit l'avoir renouvelée, il n'a trouvé que l'expresaion de son génie personnel; mais il apluB compliqué qu'allégé le langage; moi, je ne me sens pas le droit d'innover ; mais j'espère bien que cela se fera tout seul par la force des choses, et vous aurez beaueoup fait sans vous en douter.
TeadrcMea daa mtena à vous et aux vUres.
A H. Le DIRECTEUR DS JimSUAL DBS iUTOGIIAPBBS, A PAHIB<
Maladie nerveuse (alors l'écriture n'indique rien) ; ou :
i. Gearg« Sand s'était flattfe de diagnostiquer le caractère el la lempirame'il tie la promiire personne venuo, au leul tu da l'icriture do cette mfime persannc. Les rédacteurs du Journal de» autographe», versés dans ce qu'on appelle t la science de la graphologie i, lui propoifereal d'exercer sa puissance
IBO CORRESPONDiHCB DE CEOftGE SAHD
Sponlanéité poussée jusqu'à l'irréOeiion ; sincérité sans bornes et bouté sans restriction; précipitation de jag;ement sous l'empire du sentiment, qui ne raisonne pas et ne réserve rien; imprévoyance absolue; négligence totale des soins matériels de la vie.
C'est une personne qui, pourtant, est toujours prise à court de temps, parce qu'elle ne sait pas employer les moments et remédier à la brièveté desjoars qd nous sont comptés, par des hatiitud^ d'ordre et de classement dans l'emploi des heures. L'imagination et la sensibilité dominent cette belle àme et doivent donner au caractère une inconsistance apparente. Elle n'est pas incapable d'étude, de méditation; elle peut même arriver à la science ou y être arrivée; mais je serais bien étonnée si elle ne faisait bon marché de tout ce qu'elle sait pour se donner à ce qui l'émeut; capable de passion et peut-être très passionnée, elle i^ore la violence, elle la hait; elle est, pardessus tout, expansive et tendre; si elle a un défaut, c'est de ne pas s'appartenir assez, c'est de vivre sous l'empire d'une confiance optimiste qui peut dégénérer en faiblesse. £n somme, au point de vue évangélique, l'incomplet de cette nature est encore un charme, une prodigalité de bons instincts.
(l'iDtuilioa lur une lettre da leur directeur (l'abbé Uicbon), que la chUtelaine de Nohant u'avait jamaU vu et ne coanaisiaît que par quelques-uns de tes ouvragei. Elle voulut ,bioD sa livrer i ce jeu d'esprit, et elle fit au rédacteur en cbeT du Journal itt autograpka la réponse qu'on va lire.
CORRESPONDANCE DlC GËOHGK SAHD 181
Voilà, monsieur, ce que je pense de vous, d'après votre écriture, sans me laisser inllnencer par ce qne j'ai lu de vous. Je n'ai pas l'honneur de vous connaître personnellement; je ne vous ai jamais vu, et je n'ai jamais eu l'occasion de consulter vos amis sur votre ■vie privée.
Je peux me tromper absolument, je n'ai aucun système; mais je reçois beaucoup de lettres; naturellement l'instinct de l'observation me porte â me faire une idée des personnes d'après l'ensemble de leur écriture. Je ne prétends pas ne m'étre jamais trompée; mais j'ai souvent deviné juste. Les écritures spontanées sont de plus en plus rares, et je crois que vous faites bien de prendre en considération l'observation que je me suis permis de vous faire.
Je vous prie d'agréer l'expression de mon dévouemenL
1. Le Journal dei Autographei résuma «auime il suit s opiaion sur le trarail de Geareo Sand :
(GnphidaeiB unnls) {GriphoIoEl» nalureU»)
laluillon et déduction Capacité d'étude, de médiUlion,
de Bcience.
ImaginaUon L'imaginatioD domine.
Simplicité L'incomplet de cette nature est un
charme.