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Chaque révolution après sa tempête laisse des germes de progrès dans la terre qu'elle a remuée et, après chaque épreuve, l'Humanité s'écrie :

« Aujourd'hui vaut mieux qu'hier; demain vaudra mieux qu'aujourd'hui ».

Je me présente à l'élection sans détourner la tête pour regarder vers le Passé, occupé seulement de l'Avenir de la France. Mais, si mes concitoyens veulent chercher dans les années écoulées pour y voir ma vie, ils y trouveront une indépendance entière, calme, persévérante, inflexible; seize ans • de cette vie consacrés au plus rude des services de l'armée, tout le reste donné aux travaux des lettres, chaque nuit vouée aux grandes études. Existence sévère, dégagée des entraves et des intrigues des partis.

J'ai ce bonheur, acquis avec effort, conservé avec courage, de ne rien devoir à aucun gouvernement, n'en ayant ni recherché, ni accepté aucune faveur.

Aussi ai-je souvent éprouvé combien cette indépendance de caractère et d'esprit est plus en ombrage au pouvoir que l'opposition même. La raison en est celle-ci : Les pouvoirs absolus ou qui prétendent à le devenir peuvent espérer corrompre ou renverser un adversaire, mais ils n'ont aucun espoir de fléchir un juge libre qui n'a pour eux ni amour ni haine.

Si la République sait se comprendre elle-même, elle saura le prix des hommes qui pensent et agissent selon ce que je viens de dire. Elle n'aura jamais rien à craindre d'eux, puisqu'elle doit être le gouvernement de tous par chacun et de chacun par tous.

Ainsi conçu, ce mâle gouvernement est le plus beau.

J'apporte à sa fondation ma part de travaux dans la mesure de mes forces. Quand la France est debout, qui pourrait s'asseoir pour méditer?

Lorsque l'Assemblée nationale, dans de libres délibérations, aura contirmé, au nom de la France, la Hc'^publique déclarée, efforgons-nous de la former à l'image des Uépu-

bliques sages, pacifiques et heureuses, qui ont su respecter la Propriété, la Famille, l'Intelligence, le Travail et le Malheur ; où le gouvernement est modeste, probe, laborieux et économe; ne pèse pas sur la nation ; pressent, devine ses vœux et ses besoins ; seconde ses larges développements et la laisse librement vivre et s'épanouir dans toute sa puissance.

Je n'irai point, chers concitoyens, vous demander vos voix. Je ne reviendrai visiter, au milieu de vous, notre belle Charente, qu'après que votre arrêt aura été rendu.

Dans ma pensée, le peuple est un souverain juge qui ne doit pas se laisser approcher par les solliciteurs et qu'il faut assez respecter pour ne point tenter de l'entraîner ou de le séduire.

Il doit donner à chacun selon ses œuATes.

Ma vie et mes œuvres sont devant vous.

ALFRED DE VIGNY (de la Charente),

Mombre de TlnslitiU CAcndémie Française).

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