A ALFRED DE MUSSET
Février 1830.
Mon bon ami,
Remetlez, je vous prie, les Cofites d'Espagne et d'Italie ^ à mon messager, qui n'est pas votre beau page. J'avais espéré que vous m'apporteriez ce livre — j'en ai absolument besoin aujourd'hui — je ne puis plus attendre que vous-même qui viendrez, je pense, plus tôt que les poèmes que vous emportez ne reviennent.
Adieu, tout à vous de cœur.
ALFRED DE VIGNY
1. Ce livre, le premier que Musset ait publié sous son nom, avait paru, au commencement de janvier, chez Levavasseur et Urbain Canal.
A SAINTE-BEUVE
24 mars 1830.
Merci cent fois, cher ami! — Consolateur ^ puissiezvous être consolé ! Je vous écris les larmes aux yeux et ne sais vraiment quel éloge littéraire vous donner. Tout mon cœur est pris par votre émotion profonde ; vous êtes un poète, et cependant un homme. Vos gémissements sont harmonieux et admirables ; mais ce sont des gémissements encore et, comme vous me parlez ma langue, j'entends et je souffre avec vous, parce qu'à travers vos sourires consolateurs on devine, on sent encore la tristesse toute vivante, toute poignante en vous; j'ai envie de vous rendre les douces espérances que vous donnez à tous vos amis. — Que je suis fier de revoir ce chant angélique qui porte mon nom ! A présent je vais relire tout le livre avec ma tète, si je puis, et plus tranquillement. Mais vous me troublerez encore. Que vos vers sont parfaits ! où se prendront vos ennemis, où est une pâture là dedans ? En vérité, je ne le sais pas. J'irai vous voir et vous embrasser bien ten- Irement.
1. a A propos de mon recueil des Comolaliom » [Note de Sainte-Beuve).
38 CORRESPOxNDÂNCE d'ALFRED DE VIGNY.
Croyez à toute mon aclmiralion et à mon amitié impérissable.