Directeur du Théâtre-Historique, puis de la Gaîté
CORRESPONDANCE d'ALFRED DE VIGNY. 157
Français et organiser une nouvelle dislril3ulion de rôles, il faut attendre une autre époque, qui ne sera peut être pas très éloignée, où je donnerai un autre ouvrage dramatique. Ce sera alors et alors seulement que je remettrai Chatterton sous les yeux du public et que j'arrêterai la distribution et la mise en scène. — Remerciez, de ma part, M. Hoslein de sa bonne volonté et dites-lui qu'il me la réserve pour l'époque de mon retour. Dans l'état actuel des choses, Chattertoii appartient au Théâtre-Français, et je ne le retirerai qu'après avoir délibéré avec M. Hostein sur des projets futurs et une innovation que son théâtre peut m'aider à accomplir plus que tout autre.
En effet, je vous ai dit que je ne me présenterais à aucune élection et j'ai fait à d'autres la même réponse. Mais la Charente semble dire à présent : « Puisque la montagne ne vient pas chercher Mahomet, il faut bien que Mahomet aille trouver la montagne ». On est venu me voir dans ma chaumière, et dans mon désert on m'a apporté bien des propositions. — J'ai répondu que je ne sollicitais point cette mission, mais que je ne la refuserais pas; que j'avais fait l'an dernier, à la même époque (27 mars), une circulaire à laquelle je n'avais pas un mot cà changer ; que je n'approuvais pas toutes les manœuvres des candidats ; que, puisque le peu de célébrité qu'cà mon nom, à tort ou à raison, attirait à moi ceux qui venaient me parler, ils n'avaient pas besoin de moi pour agir. Si, ayant lu mes ouvrages, ils ne me nommaient pas représentant, c'était apparemment la faute de mes œuvres et que ce que je dirais ne saurait
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faire ce que taut de volumes n'ont pas fait ; que pour ceux qui ne les ont pas lus, ce n'est pas à moi qu'il appartient de leur en apprendre l'existence et d'en redire les idées. — En conséquence, j'attends ce que va faire la Destinée à Angoulême. J'en suis assez curieux. •Je ne quitte pas ma modeste habitation. — S'il est écrit là-haut, que je dois monter à la tribune, eh bien ! tant mieux pour le droit et la raison, car je crois que je dirai là ce que les lettres n'ont pas encore fait sortir de moi, ce qui est immédiat, ce qui tient au moment, à la circonstance, ce que la tribune et le journal quotidien peuvent seulement exprimer. Sinon, tant mieux encore, et surtout pour moi, car les affaires publiques m'empêcheraient de veiller sur ma chère enfant, et les pensées auront toujours dans les livres une forme plus méditée et plus durable. — Je pense que la Destinée dirige une moitié de la vie de chaque homme et son caractère l'autre moitié. Cette fois, je laisse faire la Fortune.
De tout cela, il résulte que je reste chez moi dans mon ermitage. J'y suis heureux en effet, comme vous le dites, et surtout ma chère Lydia, qui aime les belles campagnes plus que moi et m'entraîne à les aimer par sa passion pour la nature.
Je suis assez loin d' Angoulême, je n'y vais presque jamais et n'y connais personne. Lydia n'y a pas mis les pieds une seule fois dans l'année. Il me serait donc aussi complètement impossible de surveiller votre candidature que la mienne.
ALFRED DE VIGNY
CORRESPOiNDANCE D ALFRED DE VIGNY. 159
A EUSÈPE CAST.VIGNE
Samedi', 27 avril 1849.
Je VOUS ai clierché à la bibliothèque d'Angoulêiiip, le 17 de ce mois, Monsieur, sans être assez heureux pour vous rencontrer. Je voulais vous remercier des renseignements que vous avez bien voulu me donner sur les livres dont vous pouvez disposer. J'irai bientôt vous en demander quelques-uns, et ce sera d'abord chez vous que je me présenterai. Mais je passe si peu de temps à Angoulême, que je voudrais savoir d'avance par vous si je puis trouver prêts à être enlevés les ouvrages qu'il me faut.
J'ai à Paris une traduction de Y Histoire du Bas-Empire de Gibbon que je voudrais retrouver ici. Elle est en vingt volumes environ. Il ne m'en faut que deux. Je les choisirai dans votre bibliothèque, si vous avez cet ouvrage.
Il y a peut-être chez vous une histoire de la Pologne, antérieure à celle de M. Salvandy, qui est surtout l'histoire de Jean Sobieski.
Un mot, je vous prie, sur ces deux questions.
Je vous demanderai quelques volumes de Plante. Le jour où je pourrai vous aller voir, jour qui suivra de près votre réponse, je les chercherai avec vous.