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Le 27 avril était un vendredi

160 CORRESPONDANCE d'aLFRED DE VIGNY.

Je sors rarement de ma cellule, où je vis comme un bénédictin.

Mille compliments empressés.

A PHILIPPE BUSONI

Mercredi', 10 juillet 1849.

J'ai répondu, sur-le-champ, le 1" avril, à votre lettre du 30 mars, mon cher ami. Depuis ce temps, j'attends encore une lettre de vous qui me fasse savoir que rien de ce qui vous est cher n'a soufTert de tous les fléaux qui nous frappent.

Je vous donne ici une nouvelle occasion de me répondre si vous avez toujours le même cœur pour moi.

Je vois avec surprise dans un journal que le Gymnase a joué le 8 juillet une petite comédie de moi que vous connaissez et que j'écrivis en un jour pour un bénéfice, en 1833, je crois.

J'avais reçu le 8 juillet seulement une lettre signée Edouard Lemoine, qui me disait que Madame Rose Chéri (sa belle-sœur) désirait depuis longtemps jouer la Duchesse ; que l'on m'offrait pour celte distribution MM. Brossant, Ferville, Mesdames Rose Chéri et Anna Chéri; que M. Duponchel avait demandé cette pièce

1. Le 10 juillet tlant un mardi, celte lettre doit être du 11.

CORRESPONDANCE d'ALFRED DE VIGNY. 161

pour une représentation à bénéfice à l'Opéra, puis l'avait ajournée ; qu'on me priait de la laisser jouer au Gymnase ; que les études d'une pièce de cette nature étaient longues et minutieuses ; qu'on n'aurait pas pensé à les entreprendre sans l'espoir que j'en permettrais la représentation au Gymnase, etc..

J'allais vous l'écrire pour vous demander si M. Edouard Lemoine est directeur du Gymnase, et son adresse, que ne me donne pas sa lettre, afin de lui répondre quelle était mon opinion et mon intention sur ses projets, quand j'ai vu dans le Siècle, ce matin : Quitte ponr la peur. Dimanche 8 juillet.

Puis-je croire que l'on ait ainsi à la hâte joué cette pièce sans mon avis, sans mes conseils? Informez-moi, je vous prie, de ce qui s'est fait. A-t-on annoncé sur l'affiche cette reprise, et de quelle manière? Était-ce comme première représentation? J'espère que non.

Comment a-t-elle été accueillie du public et de la presse? Les acteurs en ont-ils bien fait sentir la pensée? Le public l'a-t-il devinée? Sur quelle édition fa-t-on jouée? La dernière de mon théâtre (chez Charpentier, 1842) est la seule bonne ; je vous l'ai donnée, je crois, à Paris. Mon intention était que cette bagatelle ne fût représentée que cet hiver, sous ma direction, et après des ouvrages de moi plus importants. Mais, comme on a joué la pièce le jour même où je recevais la demande qu'on m'en faisait, il ne me reste plus qu'à vous prier de me raconter l'événement (bien petit, assurément) et votre avis sur cette représentation si improvisée, pour moi du moins. Si un journal a fait quelque attention à

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cette bagatelle, envoyez-le-moi, soit qu'il l'approuve ou la critique. Il y a bien des intentions qui auront échappé aux acteurs, je le crois. Mais comment et pourquoi a-t-on agi ainsi avec moi ? Connaissez-vous M. Edouard Lomoine? Qui est-il?

Répondez-moi, mon ami, car je serais inquiet de votre santé ou de votre amitié.

Tout à vous de cœur.

Au Maine-Giraud, Blanzac (Charente)

XGVIl

A PHILIPPE BUSONI

Samedi, 8 septembre 1849.

Il faut bien, mon ami, que je vous apprenne que je vous ai écrit le 24 juillet et que vous ne m'avez pas répondu. En temps de choléra et de recrudescence, où tout le monde parle et écrit sur l'ignorance profonde de la science ou ce qui se nomme ainsi ; quand tous les billets qu'on reçoit de Paris sont bordés de noir (j'en ai eu trois ce matin), il n'est pas permis de se taire si parfaitement.

Une autre main que la vôtre m'a envoyé les Débats^.

1, Feuilleton de J[ulesJ J[anin], dans le n" du 16 juillet.

Oui, assurément, leur bonne grâce m'a charmé dans ma solitude. J'ai cru toujours au retour de leur sympathie. Quelquefois elle s'est montrée assez vive pour moi, mais ses éclipses étaient longues, un peu noires, surtout lors de Chatterton.

Cependant j'ai vu depuis Edouard et Armand Tîordu. anciens amis de mon adolescence litlérairc, oL je les ai vus sans jamais leur parler de leurs infidélilés à ma cause. Si petite cause, mon Dieu 1 auprès des gigantesques causes qui se plaident entre les nations, cet immense procès qui n'est jamais jugé et dont chacun de nous paye toujours les frais du plus pur de son sang.

Je voudrais aujourd'hui, mon cher ami, vous donner une commission. Votre amitié s'écrie, je l'entends d'ici : « Enfin, je vais donc m'employer pour lui ». Oui, vous le ferez et la mission n'est pas cruelle. Il s'agit d'aller un soir dans la loge de Madame Rose Chéri, au Gymnase, lui demander si elle a reçu une lettre de moi que je lui ai envoyée avec le volume de mon théâtre, du fond de mes bois, du bord de mes chères fontaines, le 28 juillet. Je n'ai pas su si mon envoi lui était parvenu. Il me semble qu'un si joli voisinage doit peu vous déplaire, et comme je ne veux point être aimable avec vous, pour vous punir de votre silence, j'ajoute seulement que tout se porte bien dans ma chaumière et que je viens de faire poser des paratonnerres sur ses grandes tours, parce qu'il nous vient de la mer de beaux orages qui durent trois jours et trois nuits sans s'interrompre, et qu'ils font une certaine peur à Lydia.

164 CORRESPONDANCE d'aLFRED DE VIGNY.

Tout à VOUS de cœur, quand même vous seriez encore plus paresseux.

ALFRED DE VlfiNY.

Vous m'aviez promis un certain journal, que je n'ai point reçu, mon ami.

Au Maiiie-Giraud, Blanzac (Charente).

A PHILIPPE BU S ON I

Vendredi, 5 octobre 1849.

Je vous remercie, mon cher ami, d'avoir rassuré nos excellents amis de la rue de Berry. Quelques semaines de silence les avaient alarmés. 3Iais ils ne songent pas que je suis seul pour bien des correspondances et des travaux. Je vous écris près du lit de ma pauvre Lydia, qu'on vient encore de couvrir de sangsues; elle crachait le sang, et c'est, à présent, sa poitrine qui s'affecte des approches seules de la première fraîcheur de l'automne. Comment l'emmènerais-je plus au nord, dans les brouillards des Champs-Elysées, qui pénètrent partout? J'espère cependant pouvoir revenir cet hiver à Paris. — Je n'ai pas un mot d'Antoni^ et de

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