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L'Illustration du 6 octobre

Quelle puérilité ! Quand on a vu qu'on ne pouvait empêcher le retour ni le repentir de rAcadémie Française on s'est hâté de l'empoisonner. Cela décèle un dépit bien vif de mon élection à la Présidence et il est bien maladroit de montrer ce dépit à tout le monde. Celui qui fait dire qu'il était absent ne pense pas que jélais plus absent que lui de cent lieues. Je me souviens qu'une personne qui tenait à la Cour du dernier règne vint à moi tout essoufllée, dans un salon, im soir, me demander comment finirait ce désaccord; je lui répondis :

Le roi, l'àiie ou moi nous mourrons.

Je ne me trompai guère. Le trô)ie est mort et on ose à présent me nommer, on reprend courage. — Je ne suis pour rien dans cette révolution, car depuis le mois de mai 1848 que je suis en Aquitaine, comme on veut dire, je n'ai pas échangé deux lettres avec un seul membre de l'Académie.

Je remarque, à ce propos, qu'il n'y a pas de corps dont les us et coutumes soient plus mal connus que celui-ci. Vous-même vous vous y trompez en cela que vous croyez le Directeur de ce trimestre chargé de recevoir MM. de Noailles et de Saint-Priest. II n'en sera rien. Sachez, mon ami, que selon l'usage antique et solennel, chaque Directeur doit recevoir le remplaçant du mort de son trimestre. Il n'en doit mourir qu'un en trois mois cela est convenu ; cependant Victor Hugo en a eu deux dans ses trois mois. Donc M. de Noailles sera reçu par le Directeur du trimestre où mourut M. de Château-

172 CORRESPONDANCE d'aLFRED DE VIGNY.

briand (je crois que ce fut M. de Saiut-Aulaire), et Alexis de Saint-Priest par celui qui eut pour défunt le pauvre Valout : c'était M. Dupaty.

J'ai entendu un académicien dire : « Je n'aime pas moji mort » .

J'espère moi n'en avoir pas durant mon trimestre, car je ne sais si y aimersiis mo)i vivant qu'il faudrait recevoir.

Et ce Constitutionnel que vous deviez m'envoyer ? Je ne l'aurai donc jamais ? Comment voulez-vous qu'on soit poli ? Écrivez-moi du moins la date. Vous devriez vous amuser à apprendre au public ce que je vous dis là des usages académiques, il ne s'en doute pas. Vous voyez que le moment important de la Présidence n'est pas celui où l'on siège à huis clos, mais le jour d'insupporlable cérémonie où l'on reçoit le successeur de celui dont on a suivi le convoi. Quel est mon chancelier? On ne l'a pas publié, je crois, dans la nouvelle comme c'est l'usage. — Si vous passiez un matin devant l'Institut vous me feriez plaisir en le demandant au secrétariat.

Madame de Vigny est encore au lit en ce moment, je ne puis encore ni la quitter, ni l'emmener. Je lui ai lu les bonnes paroles de dévouement de votre lettre et elle en est bien touchée ; j'aurais bien aimé aussi lui lire ce que vous avez répondu aux journaux qui ont blessé votre cœur d'ami, ma bonne chère malade en aurait joui. Je vous remercie des renseignements que vous m'avez donnés, ils me sont précieux pour apprécier les opinions exprimées sur mes ouvrages et les peser juste.

Eh bien I Eh bien ! Voilà donc votre chère Clotilde un peu malade et puis belle et guérie!

Vous n'avez plus peur, elle est femme.

Relisez André Chénier quand elle sera couchée et endormie :

La rose et Damalis de leur jeune prison Ont ensemble percé la jalouse cloison.

Effrayée et confuse, et versant quelques larmes, Sa mère en souriant a calmé ses alarmes ',

Vous devez être fier, jeune père que vous êtes, au lieu de vous inquiéter.

Tout à vous de cœur.

A'ous êtes las d'écrire, répondez-moi seulement des oui, des ?io>i et des dates.

A LA VICOMTESSE DU PLESSIS

Paris, vendredi, 16 novembre 1849.

Dimanche dernier, j'ai conduit comme président la députation de l'Académie Française à la cérémonie singulière où les croix et les médailles données à l'industrie ont été portées à la Sainte-Chapelle, et bénies dans des châsses assez pareilles à l'arche sainte des Juifs. La vue

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