Poèmes antiques et modernes : Le Cor (Note de Vigny
^oS CORRESPOXDAXCE d'aLFRED DE VIONY,
attendre une heure de repos et elles sont rares pouf moi. Vous savez qu'elle est pour vous ma profonde affection.
ALFRED DE VIGNY
CLXXXVli
A MADAME J. DE SAINT-MAUR
Mercredi, 8 octobre 1862.
J'ai un mot à joindre à ma lettre d'hier, un mot sur une sorte de commission que je vous ai donnée, mi chère cousine, et que votre Clémence a oubliée.
Il est temps encore de vous le rappeler avant de quittef ce pays d'Estelle et de Némorin et de Galatée ; informezvous, je vous prie, auprès des parents de mon pauv: ami de Crouseilhes, de ce qu'il a fait des corespondances intimes de ses amis. Quelqu'un qu'il me fit voir et qui était son secrétaire, sorti je crois du Barreau, dont il faisait grand cas, et que je crois Béarnais, a dû faire sur ces choses l'usage qu'il lui aura prescrit : conserver ou brûler. J'aime à relire ses lettres que j'ai toutes et, sur certains points historiques, elles feraient, étant réunies aux miennes, un dialogue qui ne serait pas sans intérêt.
Bulletin des malades : ^
Lydia est moins souffrante. Je suis rassuré sur sa vue et sur l'œil qui était menacé. Mais elle a encore de vives
douleurs qui l'empêchent de sortir du lit où elle attend votre gracieuse visite.
Pour moi, j'envie les prisonniers que l'on condamne au pain et à l'eau, car je ne puis manger le pain quotidien de tout le monde, sans des douleurs incroyables.
Il résulte de mes observations que rien n'est si inutile pour vivre que de manger.
Au lait et à l'eau, on peut exister à ce qu'il paraît.
M. de Laussat doit avoir, ce me semble, quelques relations de famille avec les Crouseillies qui vous aideront à mon innocente recherche. Les souvenirs d'une amitié d'enfance sont toujours chers et chaque lettre rappelle mille conversations et bien des événements et des impressions qui se renouvellent au fond du cœur.
Où donc sont nos deux voyageurs, Jules et Ernest ? Écrivez-leur qu'ils aillent voir, près de Grenade, les Taureaux de pierre que les Carthaginois y ont laissés, dit-on. Et vous, revenez devant le rond-point qui n'aura plus de fontaine. On a calculé qu'il passait autour du bassin sept mille voitures par heure et que la nécessité du détour causait de graves accidents^.
Vos enfants verront autre chose et les soldats défileront dans une seule colonne, pour leur plaire. Ce billet va peut-être arriver chez vous pour se remettre en
1. La transformation du rond-point des Champs-Elysées avait commencé, au mois de septembre, par la démolition du grand bassin, avec jets d'eau, existant sur cet emplacement et qui était devenu un obstacle pour la circulation toujours croissante dans Ta venue.
voyage à votre suite. Nous verrons. J'aime aie ris|uer ; il me semble que nous causons encore près du feu.
Tout à vous, chère cousine Clémence ; revenez bien vite,
ALFRED DE VIGNY