‹ CorrespondanceChapitre 107 sur 223 · A M. TAINE · texte numérisé non relu

A M. TAINE

Ce 2 novembre 1867.

Merci, mon cher ami, de votre bonne lettre — Ma santé ne va ni mieux ni pis. J'en suis à espérer que c'est une infirmité réglée. — Vous me faites une observation bien juste sur Port-Royal.

De ce qu'on n'est pas avec MM. les jansénistes, ce n'est pas une raison pour faire son mea culpa et avoir l'air d'être en faute. On a une assez belle marge, une large base dans la morale naturelle et dans la vertu selon Aristote, Cicéron, Marc Aurèle, etc. Mais je vous avouerai que ce qui a toujours gêné l'expression de ma pensée en ce sens et retenu mon adhésion, c'est que je n'ai pas de l'humanité en elle-même une idée aussi optimiste que je le vois chez la plupart de ces moralistes naturels. Je suis beaucoup plus frappé des misères, imperfections, vices, grossièretés animales dont on s'imagine trop vite triompher. Cette morale naturelle dont je désire l'avènement et qui, dans l'antiquité, a été le lot d'une élite me paraît bien peu avancée chez les modernes surtout, si l'on considère la masse. Les nations qu'on loue sur parole et qu'on célèbre sont loin de compte. Il faut être un Laboulaye pour croire que l'Amérique du Nord n'est pas corrompue. Notre Algérie périt par l'absin-

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