‹ CorrespondanceChapitre 121 sur 223 · A M. RÉVILLIOUT, PROFESSEUR A LA FACULTÉ DES LETTRES DE MONTPELLIER · texte numérisé non relu

A M. RÉVILLIOUT, PROFESSEUR A LA FACULTÉ DES LETTRES DE MONTPELLIER

Je viens de le lire avec tout l'intérêt que m'inspire le sujet et que justifie la nouveauté des documents, aussi bien que le parti que vous en avez su tirer. Vous me permettrez bien d'en dire un mot et d'en hâter de mes vœux la publication dans le prochain article que j'ai à faire au Journal des Savants et qui sera le second. Me laisserezvous bien vous faire observer que, dans votre analyse si exacte, vous me paraissez un peu sévère pour Du Bellay, qui n'a peut-être eu d'autre tort que d'être maltraité de la fortune, d'être fait intendant et homme d'affaires, tandis qu'il était poëte, et d'avoir commis cette autre faute de se laisser mourir jeune, avant de franchir le détroit qui le menait à sa seconde carrière?

Yauvenargues aussi, vu de près et dans sa Correspondance avec Saint-Yincens, paraît bien malheureux et même misérable. — Ces lettres que vous donnez du pauvre poëte mettent bien en lumière ses derniers ennuis ; elles sont le commentaire et le corollaire des Jiegrets, et elles s'adaptent parfaitement avec la lettre qu'on avait de lui à un sien

1. Il s'agissait d'un Mémoire sur les Derniers mois de Joachim Du Bellay,

ami sur la mort du feu roy et le département de madame de Savoie. Grâce à vous, on a désormais un Du Bellay complet.

CDLXXXVIII.

A M. JOSEPH d'aRÇAY*.

1867 ou 1868.

J'ai goûté l'esprit et admiré l'exactitude des Souvenirs de la salle à manger du docteur Véron. Je me suis demandé plus d'une fois qui pouvait savoir si bien ces choses et les écrire si finement. Il n'y a guère que deux ou trois personnes entre les noms desquelles j'aie pu hésiter. A propos du fameux dîner qui devait avoir lieu à la Tuilerie, le jour même où se donnait le second avertissement au Constitutionnel, je me rappelle, comme y ayant assisté, que Yéron, qui faisait bonne mine, avait reçu dès le matin et d'heure en heure des billets de gens qui se dépriaient. Il y eut bien des places vides ; le ballon de Godard qui devait couronner la fête se gonflait devant un cercle de spectateurs très-amoindri.

Parmi les personnages officiels, deux seuls eurent le courage de venir et d'être simplement polis, comme il convenait à des gens du monde bien élevés. C'étaient deux militaires, le général comte de Goyon, aide de camp de l'em-

1. Auteur d'articles dans le Figaro, recueillis depuis en volume sous lé titre fa Salle à manger du docteur Vérom

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

pereur, et le général baron Renault, celui qu'on appelait le lion d'Afrique. Leurs noms mériteraient peut-être de trouver place dans la réimpression qui ne saurait manquer de se faire de ces spirituels articles.

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