DVI
AU MÊME
Ce 6 mars 1868.
Mon cher ami,
Tout est pour le mieux. Contentons-nous d'être exact et ne nous laissons pas trop faire par les familles, qui, en somme, doivent être contentes et qui, d'ailleurs, à ces degrés éloignés, ne sont plus souveraines... Toutes ces familles ont leur point de vue opposé à celui de la littérature, à celui du public et de la postérité. M. de Gravillon, au contraire, a été charmant de confiance et d'ouverture. Je vais lui renvoyer directement les autographes. . . Les Le-
normant (Récamier), au contraire des. . ont été charmés. Madame Lenormant m'a envoyé copie d'une lettre de Camille annonçant son mariage à madame Récamier. La lettre, pour toute date, porte : « Ventôse ». Ce doit être 1804. Youdriez-Yous vous assurer de cette date exacte du mariage?
A Yous de tout cœur.
DYJI,
A MADAME BBGK-BERNAJIP.
Ce 6 mars 1868.
. Madame,
Je suis bien touché d'une attention aussi bienveillante. Elle ne sera point perdue, et, lorsque je réimprimerai cet article, je ferai de votre aimable communication le sujet d'une note. Il est bien difficile de faire revivre au vrai ces physionomies éteintes, lorsqu'on ne les a pas vues soimême autrefois ou qu'on n'a pas le souffle direct de la tradition. Chaque cercle de société est un petit monde à part. Tant qu'on y vit, on en sait tout et on croit que tous doivent savoir les mêmes choses; et puis dix ans, vingt ans, trente ans écoulés, le cercle s'est brisé ou évanoui : plus un témoin ne reste, rien n'est écrit, et l'on en est réduit à tout deviner, à rapprendre tout sur de vagues ouï-dire et par des échos affaiblis. Un entier oubli enveloppe ce qui avait été si vivant, si animé, si bruyant, si plein de rires
et de jeux et de mouvement, si confiant et si sûr de soi. Vous m'aiderez, madame, par votre agréable page si précise, à lever un coin du voile à jamais tombé sur une de ces aimables sociétés du passé.
Veuillez agréer, madame, l'hommage de mon affectueux respect.
DVIII,