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A UN ÉDITEUR

Ce 13 mars 1868.

Me voici cependant dans une singulière situation : le public est content, les anciens amis de Camille Jordan me

félicitent, et les deux familles de Broglie et... veulent m'arracher l'une mes cheveux noirs et l'autre mes cheveux gris. — Laissez-moi, maintenant que tout cela est tiré à dix-huit mille exemplaires au moins (car tel est le chiffre de la Revue des Deux Mondes)^ laissez-moi en agir sous ma responsabilité...

Enfin tous ces ennuis, toutes ces chicanes, ces prétentions exorbitantes des Broglie à une perpétuité de propriété de lettres et billets dispersés à travers le monde, me pousseront, si je vis, à faire un livre que je ferai imprimer par delà la frontière et en Belgique, qui aura pour titre : Madame de Staël et son groupe littéraire ; ce sera le pendant de mon Chateaubriand. Et vogue la galère!...

Nous avons été dans le vrai ; mais on n'aime pas le vrai, surtout le vrai qui est vivant, particularisé, qui porte les signes individuels; nous autres, peintres à la plume, c'est ce que nous aimons. La seule manière de me remercier est qu'on ne me châtre pas. Mais, encore une fois, f attendrai, comme disait l'abbé de Bernis au cardinal de Fleury. On ferait un petit proverbe à la Théodore Leclercq de toutes ces misères de vanité... — Yous voyez, mon cher ami, que tout cela m'émoustille un peu. Quand j'ai mis sur la copie de ma lettre à Buloz confidentielle, cela ne veut pas dire que vous ne puissiez la faire lire à M***.

0 vérité! vérité! que tu as de peine à naître! Et, à peine née, que tu as de peine à ne pas mourir! Joignez-y l'amendement Guilloutet pour relever le tout.

A vous de tout cœur.

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

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