DXII
A MADAME LACÈNE
Paris, ce 16 mars 1868.
Madame,
Je viens me confesser à vous et vous offrir, avec mes liommages, tous mes regrets d'avoir pu vous déplaire : car c'est bien moi qui suis le coupable. Je voudrais pouvoir avoir l'honneur de vous expliquer, en causant avec vous, ce que c'est qu'un littérateur : c'est un curieux, madame, et qui ne songe (s'il n'y prend garde) qu'à ses lecteurs. M'occupant de Camille Jordan, je voulais ne pas m'en tenir à son rôle public et le faire revivre tel que ses amis l'ont connu dans l'habitude de chaque jour. Imaginez un portrait où, à côté du personnage principal, on veut mettre quelque chose de ce qui l'entoure. J'ai interrogé, coup sur coup, mon ami M. Chantelauze; car j'ai eu bien peu l'honneur de correspondre avec M. de Gravillon. M. Chantelauze me répondait, ne me faisait aucune défense, et j'allais toujours. Je puis vous assurer que ces détails n'ont point déplu à nos lecteurs d'ici, qui y ont vu le côté aimable et naturel d'un homme supérieur. Mais l'idée de vous avoir contrariée, madame, quand je savais si bien, par ce qu'on m'en avait écrit, les distinctions de votre esprit et de votre