A M. LE BARON DE GÉRANDO
Ce 24 mars 1868.
Monsieur,
La lettre de madame de Staël qui amène votre rectification a été l'une de celles que je ne venais pas à bout
1. M. le baron de Gérando, premier président honoraire de la Cour d'appel de Nancy, avait écrit à Sainte-Beuve pour réclamer contre la prétendue application au nom de son père du passage d'une lettre de madame de Staël, citée dans l'article sur Camille Jordan. M. le baron de Gérando fils donnait en même temps une autre explication tout à fait naturelle et vraisemblable de ce passage où il est dit : « Le baron a fait des sociétés du dimanche de Genève la cour (ou le cœur ou la copié] de Paris ; » — car la discussion portait aussi, comme on va le voir, sur un mot illisible de la lettre de madame de Staël. — Mais ce qui suit ne pouvait laisser aucun doute dans la pensée de iM. le baron de Gérando, bien informé par les écrits mêmes de son père, et s'appli-
d'éclaircir. MM. Cliantelauze et de Gravillon sont hors de cause. M. Chantelauze croit seulement qu'il faut lire le cœur de Paris. Votre leçon de la copie serait bien préférable, mais je ne crois pas que le texte s'y prête. Je ne l'ai plus sous les yeux, ayant renvoyé les autographes.
Quant à l'application du mot baron, je l'avais crue indiquée par d'autres circonstances et autorisée notamment par une des lettres suivantes où il y a trace et marque d'un refroidissement. Je conviendrai avec vous que votre explication, monsieur, me satisfait entièrement, et tout ce passage sera refondu dans le sens que vous désirez et qui me paraît le vrai, lors de la réimpression en volume. Je n'ai cherché en tout ceci qu'à être exact et vrai sans manquer à personne, mais en laissant subsister toutes les nuances et variations de sentiments.
J'ai trouvé qu'en 1802 ou i803, Camille Jordan était à Meudon avec un ami philosophe ou savant, à qui il est fait
quait, selon lui, parfaitement au baron de Voght, principal créateur de l'Institut des pauvres de Hambourg, et qui avait dû surtout son illustration à cette œuvre de bienfaisance. Madame de Staël continue en effet ainsi sur le compte de ce même baron qu'elle ne désigne pas autrement : ce II met trop de philanthropie dans l'amitié, et l'on a peur d'être traitée par lui comme un pauvre. » Rien ne pouvait ressembler moins, sous sa plume .rapide, au baron de Gérando, avec qui elle était très-liée d'amitié et qu'elle ne désigne jamais, d'ailleurs, dans aucune de ses lettres, par la sèche dénomination de baron. Sainte-Beuve avait reconnu la justesse de cette rectification et promis, dans la réponse qu'on va, lire, d'y faire droit, quand il réimprimerait son article en volume. C'est donc à tort, et par un oubli bien involontaire, que l'éditeur posthume, chargé de recueillir les dernières œuvres de Sainte-Beuve, a laissé subsister en note, dans le tome XII des Nouveaux Lundis, page 321, le nom du baron de Gérando, comme se rapportant au passage en question.
DE C.-A. SAINTE-BEUVE. 277
allusion dans des lettres écrites de chez la duchesse de Devonshire. 11 était de plus question dans les mêmes lettres de madame de Gérando, alors enceinte et souffrante. Cet ami qui était à Meudon avec Camille n'était-il pas monsieur votre père?
Je serai d'ailleurs flatté d'avoir l'honneur de vous voir, monsieur. Ma santé m'interdit à peu près toute sortie. Je n'ai pas eu nouvelle de la visite de M. Boulatignier.
Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de ma respectueuse considération.
DXYII.
A M. R. CHANTELAUZE
Ce 26 mars 1868.
Mon cher ami,
Autre réclamation, et celle-ci juste et fondée. Elle est de M. de Gérando, qui, par parenthèse, est en ce moment à Paris. Il réclame à propos de la lettre oi^i il est question du baron. Ce barouy me dit-il, n'est pas son père, mais le baron de Voght, lequel avait établi des colonies de pampres à Hambourg. La lettre serait de 1811 plutôt que de 1810. Tout ceci me paraît très-acceptable; et, de plus, pour les sociétés des dimanches^ il propose pour leçon la copie de Paris. C'est ingénieux, mais bien hardi. C'est à vous qui avez sous les yeux l'autographe de voir s'il y a trace ou indice de la queue du p.
Je me suis remis au travail sur un autre Lyonnais ou quasi-Lyonnais, J.-J. Ampère, le savant critique; mais ici nous avons tous les renseignements, ou à peu près; il a été pendant des années mon ami intime.
Compliments affectueux à M. de Gravillon.
Tout à vous.
P.-S, — Et pourtant... J.-.J. Ampère doit être né à Lyon en août 1800. Y aurait-il moyen de savoir la date précise?
Et puis un revenez-y : Madame Julie^ dans les lettres de madame de Staël, cela veut-il bien dire madame Camille Jordan ; car, ce me semble, elle ne s'appelle point Julie dans l'acte de naissance?