M. Rokitanski
2. Remerciment d'un article dans le Figaro du 19 avril 1868 sur le fameux dîner du vendredi saint.
DE C.-A. SAINTE-BEUVE
ceux qui y furent ou qui furent censés y avoir été en pâti, rent. Ici, de notre temps, il n'y a pas eu du tout débauche, mais simplement conversation d'honnêtes gens. On n'en est pas moins dénoncé, mais on s'en moque. Il n'est pas mal qu'il y ait des jalons pour marquer, de temps en temps, le retrait des religions en décours. Notre innocent vendredi sera un de ces petits jalons.
Tout à \ous.
DXXllI.
A M. R. CHANTELAUZE
Ce 19 avril 1868,
Mon cher ami.
Merci de la note sur Camille (Jordan) : tout cela se complète à merveille. — Vous recevrez sans doute la nouvelle édition que M. de Gérando vient de donner de ses Souvenirs paternels et maternels sur madame de Staël et madame Récamier. 11 a profité de nous; nous profiterons de lui à notre tour. Il y a certaine lettre du baron de Voght qu'il m'a communiquée, mais qu'il n'a donnée qu'en l'émondant. — J'ai reçu l'Étude sur Ampère de M. Potton. Je vous en remercie beaucoup. J'en avais eu connaissance par M. de Loménie. Je ne puis me livrer à ce travail avec la suite que je voudrais, car j'ai à prononcer une plaidoirie au Sénat qui ne laisse pas d'être une grosse affaire. — J'ai connu intimement Ampère, et c'est surtout par ses origines que
je le prendrai. Il a, selon moi, tout à l'ait dévié à partir d'un certain moment, et, en se croyant indépendant, il a été sans cesse à la merci des influences. A mon sens, les hommes doivent traverser les femmes, mais ils ne doivent pas en dépendre et s'y confire. -Or, Ampère en a toujours dépendu et s'y est confit dès vingt ans jusqu'à soixante ; il n'avait fait, sur la fin, que changer de confiture et de bocal. — Je verrai avec bien du plaisir M. de Gravillon. — La Table de Port-Royal marche, je le crains, lentement à cause des nombreuses occupations de M. de Montaiglon. ,1'espère toutefois que l'année en verra la fin. — Je me suis mal expliqué, si mon opinion de fond sur M. Sauzet vous a fait penser que je ne lirais pas avec beaucoup d'intérêt la brochure sur monsieur votre oncle. Je suis accoutumé à remettre sans cesse mes jugements en question et à soumettre mes opinions à la refonte, dès. que je les soupçonne de n'avoir pas le poids. — Ma santé reste la même, invalidité et fatigue; allons tant que nous irons. Tout à vous d'amitié.
P.-S. — Il y a eu dans un journal le Foyer, en 1835, des lettres publiées de madame de Staël à Talma. Dans l'une de ces lettres, datée de Lyon (5 juillet), il -est question des succès que Talma a eus à Lyon même. 11 y est question de Camille. Sauriez-vous l'année de cet événement dramatique lyonnais? — J'ai bien des choses à rendre à M. de Gravillon; je les lui rendrai de la main à la main.
DE C.-A. SAINTE-BEUVE