‹ CorrespondanceChapitre 161 sur 223 · DXL · texte numérisé non relu

DXL

A M. TROPLONG

Ce 1S mai 1868.

Monsieur et cher président,

Je suis confus vraiment de toute la peine que je vous donne. Feu M. de Boissy n'était rien auprès de moi. Mais je viens insister encore pour un bon tour d'inscription, lors de la discussion prochaine sur la pétition Giraud. Votre lettre m'a bien voulu garantir ce tour d'inscription, mais veuillez vous rappeler que la même précaution que j'avais prise pour la loi de la presse s'est trouvée insuffisante et qu'en définitive j'avais été inscrit le vingt-sixième et dernier! C'est grâce à l'obligeance de M. Quentin Bauchart que je me suis trouvé arriver le treizième, et vous savez

dans quelles circonstances! J'aime encore à penser que, si ce discours était arrivé à son rang, dans une assemblée non saturée de tout ce qu'elle avait entendu, un peu de curiosité aidant, on l'aurait écouté, sauf peut-être quelques murmures. Je ne puis croire que ce discours en lui-même renfermât rien qui pût froisser le Sénat, et que j'y aie manqué à aucune convenance. Le résultat cependant a été, je ne me le dissimule point, d'envenimer la situation. Je me refuse à admettre, malgré tout, que cela puisse devenir un article additionnel du règlement, de me traiter autrement que tout autre sénateur, de m'interdire la parole chaque fois que je la demanderai ou de l'étouffer quand elle me sera accordée; en un mot, de me déclarer personnellement indigne d'être écouté. Ce serait une nouveauté dans le Sénat et qui simplifierait les situations.

Je me demande comment une assemblée, composée individuellement de personnages si polis, peut devenir tout à coup, lorsqu'elle agit en gros et en masse, si peu polie, si peu humaine même; car peu de personnes dans le Sénat ignorent que je prends sur ma santé en y assistant. Mais ce n'est point là une considération ; je ne demande point grâce à des collègues qui le sont si peu : je réclame un droit sur le pied d'égalité.

Ma conclusion est que, si vous voulez bien, monsieur le président, maintenir mon inscription en tête de la discussion, on m'écoutera d'abord, ne fût-ce que par curiosité, et ce sera à moi d'éviter dans mon discours ce qui donnerait prise à un rappel à l'ordre et de maintenir les principes sans blesser les personnes.

Veuillez agréer, monsieur et cher président, avec mes

D.E C.-A. SAINTE-BEUVE. 305

nouvelles excuses, avec mes sincères renfiercîments, l'hommage de mon respect.

DXLl.

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