A M. ERNEST LEGOUVÉ
Ce 21 mai -1868.
Cher confrère,
Merci de votre approbation. Je suis heureux des coïncidences. — Quant à la liberté, je vous conçois; mais le vote prochain sera pour ou contre M. Diiruy : c'est là le vrai sens du vote. Ce serait donner dans un panneau que de s'y ' méprendre. Lisez dans le Moniteur d'aujourd'hui le discours fort conséquent de M de Bonnechose : d'une part, une Université catholique, — d'autre part, une Université d'État bridée et surveillée par le spiritualisme. Je vous admire avec la comparaison du chassepot et des fusils ordinaires. Yous êtes des démocrates et des hommes de la ' France moderne, mais vous ressemblez comme deux gouttes d'eau à la noblesse imprudente et généreuse qui se faisait battre à Poitiers et à Azincourt. Toujours le faux point d'honneur! r
Vous en ferez tant, que le centre de la suprématie intellectuelle sera transféré à Bonn et à Berlin. Nous l'aurons bien mérité. Nous aurons et nous serons une bavure : de l'Espagne, jusqu'en deçà de la Loire.
Sur ce, je vous serre cordialement la main.
DE C.-A. SAINTE-BEUVE