DXLIX
A M. CAMILLE DELTHIL
B Ce 27 mai i868.
I Monsieur,
W' Me voilà saisi, et au vif, et je ne m'en défends pas. Je me demande bien un peu (tout bas) comment je suis tout cela, comment on peut me voir si en beau, et si l'éloignement ne prête pas à l'illusion. Je ne suis point étonné d'ailleurs de ce que je fais, et je ne me trouve point du tout hardi : ce n'est du moins qu'une hardiesse bien relative. Sachez, cher monsieur, que, lorsque, il y a juste quarante ans, en 1828, je publiai mon premier ouvrage où je soutenais que Ronsard n'était pas du tout le mauvais et ridicule poëte que prétendaient les classiques, je faisais un bien autre acte d'audace et que je risquais bien plus de me faire lapider. Aujourd'hui, le nombre est pour nous et nous avons, de notre côté, les gros bataillons des esprits.
Veuillez agréer, avec mes remercîments, l'assurance de mes sentiments les plus distingués.