‹ CorrespondanceChapitre 177 sur 223 · A M. LOUIS ULBACH · texte numérisé non relu

A M. LOUIS ULBACH

Ce 29 juin 1868.

Cher confrère,

J'ai reçu la Cocarde blanche. Je la lirai ou me la ferai lire selon mon habitude, non pas au Sénat, où ma souffrance recommençante m'empêche'd'aller (quand même j'en serais tenté), mais dans mes heures d'après-midi. Cette manière de lire est un peu lente, mais elle est aussi agréable que sûre. Je ne manquerai pas de vous remercier et de vous dire mon impression après lecture.

J'ai lu le Contre-Rapport^; il est juste, et Sacy n'a que ce qu'il mérite. Il était l'homme le moins qualifié pour un tel travail, n'ayant jamais lu un livre moderne et étant confit à satiété dans ses Sévigné, ses Nicole et ses Massillon. Il n'est bien que quand il ressasse avec une sorte de verve ces vieilleries et ces admirations convenues qui, chez lui, sont des plus sincères et dont il a plein la bouche. Je vous dirai qu'il y avait eu pour ces Rapports un premier

1. Se reporter, pour l'explication de ce qui suit, à la lettre cidessus, du 9 décembre 1865, adressée à M. Duruy, à propos d'un Rapport sur l'état des Lettres qui devait être fait à l'occasion de l'Exposition universelle de 1867.

plan dont j'étais. Ce plan, presque convenu d'abord avec M. Duruy, avait beaucoup d'étendue et, je crois, une sorte d'originalité par les divisions du travail et par le choix même des rapporteurs. Ce n'eût été qu'une vaste description. Mais elle eût été complète, et par là même (car il ne s'agissait pas d'apporter un bilan de faillite), elle eût contenu bien des germes d'espérances. Mais le ministre a cru devoir consulter Cousin et Mérimée. Le pi-emier, qui ne concevait rien que par l'Institut et solennellement, a rejeté le plan d'emblée, et Mérimée, qui craint avant tout le ridicule et qui abhorre la rhétorique jusqu'à retrancher tout développement, a démoli l'idée en haut lieu. Le ministre alors a dû se rabattre à un plan réduit, dont nous voyons les résultats. C'est chose avortée. Vous le démontrez avec vigueur en ce qui est de Sacy, avec une indulgente ironie à l'égard des autres.

Tout à vous, mon cher confrère.

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