‹ CorrespondanceChapitre 178 sur 223 · DLVII · texte numérisé non relu

DLVII

AU MÊME

Ce 17 juillet 1868.

Cher confrère,

J'ai lu la Cocarde blanche, et j'y ai retrouvé avec un indicible plaisir des impressions de ma propre enfance. C'est bien ainsi qu'on était en ces années 1812, 13 et 14. Votre roman n'en est pas un : c'est une page intime arrachée de

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

l'histoire, et ce qui s'est passé à Troyes a eu sa répétition ailleurs. Ce qui ajoutait à mon plaisir, c'est que je connais Troyes et que j'y ai vécu autrefois solitaire, toute une quinzaine, y travaillant à la Bibliothèque, errant dans les rues et les faubourgs le reste de la journée. Je suis un dévot à Grosley.

Yos scènes de l'empereur à Maizières, à Brienne, là première entrée à Troyes, la seconde si différente, ce sont là des tableaux qui, dans leur cadre resserré, appartiennent à l'histoire épisodique. Horace Yernet y a son pendant et sa contre-partie. Je voudrais que, dans une seconde édition, toutes les pièces justificatives fussent rejetées à la fm du volume, pour ne pas nuire à l'illusion naturelle du récit. Il m'a paru aussi qu'il y a peut-être un peu de longueur aux deux tiers environ, un peu avant la fin, avant l'acte dernier qui compromet M. Gouault. Je ne sais (c'est peutêtre de ma part faute de mémoire) si vous avez suffisamment expliqué comment ce garçon de vingt ans n'a pas été pris déjà par les conscriptions de 1812 et de 1813. — M. de Mesgrigny n'était qu'un simple écuyer : c'est, je crois, Caulaincourt qui était grand écuyer. — Vous voyez que je tiens à ce que cette œuvre si vive, si vraie, si dramatique devienne de tout point un petit chef-d'œuvre.

Croyez-moi tout à vous.

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