A M, LE MAIRE DE BOULOGNE
Ce 4 mai 1865.
Monsieur le maire et cher compatriote.
Aucune des féhcitations qu'on me fait l'amitié de m'adresser ne pouvait m' être plus chère ni plus honorable que celle que je reçois, par votre organe, de ma ville natale, de cette patrie boulonnaise à laquelle mon cœur est resté si fidèlement attaché même durant des années d'absence. Déjà la ville de Boulogne avait fait preuve envers moi d'une grande indulgence en daignant, par un privilège tout particulier, admettre mon buste ^ dans sa Bibliothèque, à côté de celui de l'illustre Daunou. Aujourd'hui, en voulant bien prendre part à la haute faveur dont vient de me
1. Ce buste de 'Sainte-Beuve qui fait pendant à celui de Daunou, à la Bibliothèque de Boulogne-sur-Mer, est l'œuvre du statuaire Mathieu-Meusnier. Il a été exécuté en 1859.
DE C.-À. SAiNTE-BEUVË.
combler la bonté de l'empereur, elle acquiert des droits nouveaux à une reconnaissance qui ne finira qu'avec ma vie.
Veuillez agréer, monsieur le maire, et transmettre à ceux de mes compatriotes qui sont auprès de vous et qui vous secondent dans cette grande et laborieuse administration à laquelle vous présidez, l'assurance de mes sentiments de haute considération.
CCXGI.
A M. ÉMILE DÉLEROT*.
Ce' 5 mai [1865].
Mon cher ami.
Je suis bien sensible à vos félicitations ^ et à leur forme ingénieuse autant que cordiale. C'est dans ces moments décisifs de la vie qu'on sent bien sa faiblesse et son infériorité. Vous parlez du grand Gœthe : il avait le calme, il habitait naturellement les sommets. J'étais l'homme des vallées; je me sens un peu étonné et, dans les premiers moments, débordé. Je chercherai à reprendre le plus tôt possible le fil des choses habituelles.
Je vous serre la main et je fais des vœux sincères pour votre charmant bonheur.
1. M. Émile Délerot, traducteur des Conversations de Gœthe, recueillies par Eckermann (2 vol. chez Charpentier). Sainte-Beuve a consacré à cet ouvrage trois articles dans les Nouveaux Lundis (t. III, 1862).