A M. ARTHUR RANG
Ce b septembre istiy.
Cher monsieur^
Je n'ai voulu vous répondre qu'après avoir pris connaissance de votre roman ^; Vous m'avez tout à fait intéressé. L'entrée en matière m'a saisi au vif: on voit Poitiers; je le reconnaîtrais sans y être allé; j'en sais la physiono-
J. Le Roman d'une conspiration.
mie, et vos personnages sont également gravés et reconnaissables. Mes objections ne seraient que dans le trop grand enchevêtrement du roman avec l'histoire, dans ce foyer de conspirations si singulièrement choisi à cette distance. Je crois bien qu'en réalité il y a eu je ne sais quelle vague conspiration de maréchaux fin de 1813. Le docteur Lerminier, oncle du professeur , était curieux à entendre là-dessus , mais cela a-t-il pris corps à ce point? avez-vous d'autres données que votre propre imagination? En tout cas, il y a des caractères, des situations; vous y avez mis bien des traits poignants et de l'expérience, et, si l'artiste en vous n'est pas tout à fait satisfait, l'homme doit l'être. Veuillez agréer l'assurance de mes sentiments dévoués.
DCXV.
A M. GUSTAVE d'hUGUES^
Ce 13 septembre 1869.
Cher monsieur.
Que voulez-vous ! je juge les choses comme je' les vois, et je ne les vois pas ainsi d'hier; mais ce qui s'est passé depuis plus d'une année a complètement changé la situation, et la preuve, c'est que ce que l'on accordait naguère encore
1. Remercîment à un article du Messager de Toulouse, sur la lettre à M. NefTtzer à propos du sénatus-consulte, publiée dans le Temps (7 septembre 1869) et recueillie depuis dans les Premiers Lundis, tome III.
DE C.-A. SAINTE-BEUVE
bénévolement, on n'a pas été libre de ne le pas faire aujourd'hui. Le fond de ma pensée et qui, je crois, est celle de bien du monde et des moins ennemis de l'Empire, c'est que l'Empire lui-même est malade. Pourquoi? comment?... Raisonnez et cherchez, mais le fait existe, il frappe les yeux. Ai-je eu tort d'avoir laissé percer quelque chose de mon grave souci? est-ce un elfet de susceptibilité littéraire trop vive que ce que je ressens? transporté-je dans la politique un peu du rhumatisme littéraire de Yigny? Je voudrais que vous eussiez raison, mais je puis vous assurer que toute préoccupation personnelle est bien éloignée et bien absente de mon esprit lorsque j'entre dans cet ordre de jugements. Je suis moins littérateur pur que je ne le dis par politesse et que vous ne le supposez : et c'est bien politiquement que je juge que jamais situation ne fut plus grave, plus précaire, et ne laissant que le temps à peine d'y pourvoir. Yoilà le vrai; il n'est pas gai.
Tout à vous.
DCXVl.
A M. DE LA PONTERIE ^
Ce 15 septembre 1869.
Monsieur,
Votre bienveillance même m'encourage à une explication. Croyez bien qu'en choisissant, comme exemple du peu de