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A propos du congrès de Liège

taie où la question a été soulevée, personne, je le répète, ne prend intérêt à cette affaire. Excepté les érudits, personne ne sait le nom de Bergmann. Qu'on le frappe, même incomplètement, et, dans l'état actuel de l'opinion, on verra quelle impression défavorable, plus que défavorable, il en résultera. Je parle comme un ami sincère de l'Empire et à qui toutes les fautes qu'il fait depuis des années vont au cœur.

Ces considérations toutes politiques ne seraient sans doute que bien générales et tout extérieures si Bergmann était coupable. 11 ne l'est pas. Non-seulement il est innocent, mais c'est un innocent dans toute la force du mot. Ce loyal et profond savant n'a corrigé les épreuves que sur le point spécial philologique. Le libraire a pu faire plaider le contraire : retiré aujourd'hui en Belgique, il a refusé de rendre ces épreuves qui ne lui avaient été communiquées que par un excès de confiance. Il a abusé. L'avocat a pu faire ce que font tous les avocats, il a menti en partie. Bergmann affirme : — qu'on lui demande de donner sa parole d'honneur; il me semble que le point sera vidé.

Il a été imprudent, pas autre chose; il a été naïf. Un conseil disciplinaire paternel est fait précisément pour apprécier ces choses. On croira être utile à l'Université en scindant l'injustice. Je ne sais comment cet honnête homme prendra cette part publique de dégradation, mais je sais bien que Strasbourg et l'Alsace tressailleront!

11 y a là une Faculté et des étudiants qui accueilleront un nouveau doyen comme un intrus profitant de la dépouille d'un juste. Vous rappelez-vous ce qui est arrivé à Montpellier en 1847, lorsqu'on a révoqué M. Bérard comme doyen

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

de la Faculté de médecine? Ces doyens destitués injustement finissent toujours, s'ils vivent assez, par être réintégrés plus tard. — Enfin, je résumerai tout d'un mot : on ne fera pas une iniquité entière, mais on fera, en le dégradant, une demi-iniquité. On la fera faire au gouvernement de l'empereur.

Si Bergmann est innocent au fond et si le conseil qui le juge est paternel, pourquoi diviser la justice? pourquoi couper le vivant en deux? Est-ce là le jugement de Salomon ?

Oh! que je voudrais être ministre pour cinq minutes!

Pour moi, si Bergmann était complètement frappé, je me voilerais la face et je crierais ; s'il l'est à demi, je ne me couvrirai qu'une joue et je gémirai.

Je me dis tout cela à moi-même depuis des jours que je réfléchis à cette affaire. J'ai besoin de toute votre indulgence et des souvenirs de notre jeunesse et d'anciens amis pour croire que vous excuserez cette explosion intempérante de sentiments

Tout à vous.

1. La même lettre fut envoyée à M.Charles Giraud, doyen de l'École de droit, et à presque tous les membres du Conseil supérieur de l'instruction publique, qui devaient jw^er M. Bergmann. >1. Charles Giraud se montra tout à fait voltairien dans cette atfaire; d'autres firent les prudes. Cependant i\ï. Bergmann en tut quitte pour un voyage à Paris et la menace de révocation n eut pas de suite, grâce aux efforts de Sainte-Beuve.

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