CCCXLVII
A M. BERGMANN
Paris, H avril 1866.
Cher doyen.
Il y a longtemps que je n'ai eu de vos nouvelles, au moins directes; j'en ai eu pourtant par M. Langlois. J'èspère
que vous êtes coulent et que l'étude vous a rendu toutes ses joies. Je ne perds pas de vue la suite de mon Étude (sur Proudhon); mais plus le moment est chaud, moins il me paraît bon. Ce n'est que dans les loisirs de cet été que je pourrai fixer le vrai cadre et trouver l'esprit qui doit régner dans cette seconde partie. Ce doit être un souffle philosophique plus que politique. Ce souffle politique me paraît en ce moment traverser l'Alsace. Les Éoles de Paris l'ont déchaîné. Me permettrez-vous de vous dire (ce qui est bien inutile sans doute) de rester prudent, tout en votant selon votre conscience? Vous excuserez ce reste de retour vers Je passé et ce ressentiment d'une affaire qui est oubliée et que rien ne doit réveiller. J'ai à vous bien des lettres précieuses. Je pourrais dès à présent vous rendre les vingt-huit premières, jusques et y compris celle de 485i par laquelle j'ai couronné moh premier travail. Voulez-vous que je vous les renvoie, et par quelle voie? — Je ne désespère pas toujours de vous voir revenir à Paris pour y passer quelques journées agréables et paisibles, et c'est alors qu'il me serait bien doux de causer avec vous de tant de choses, sans cette incroyable brusquerie que nous avons mise dans les quelques heures que nous vous avons possédé. Je suis tout à vous, cher doyen, de cœur et d'esprit.
P.-S. — On a annoncé de Besançon une riposte ecclésiastique mais je n'ai encore rien vu.
J. A l'élude de Sainte-Beuve sur Proudhon.
DE C.-A. SAINTE-BEUVE
CCCXLVIII.