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A M. BAROCHE, MINISTRE DE LA JUSTICE

Ce 7 juin 1866.

Le journal le Figaro est menacé d'être poursuivi pour avoir publié, il y a peu de temps, quelques portraits politiques. Si la poursuite avait lieu, il pourrait être, par le fait de la loi interprétée littéralement, frappé d'une peine qui ne serait pas moindre que la suppression.

Si le Figaro a commis une imprudence en publiant ces portraits d'hommes politiques, il y a bien des motifs d'ex-

breux ; on peut en voir réniimération sur son Cours de Linguistique, publié en 1876 chez Sandoz. En 1866, il avait dédié à un illustre savant de Mayence, François Bopp, dont il est ici question, un mémoire, intitulé : Origine et signification du nom de Franc.

DE G. -A. SAINTE-BEUVE

(•use à cette imprudence. Depuis des années, ce journal est placé en quelque sorte sous la main tolérante du gouvernement. On le prévenait à l'avance quand il v avait inconvénient et péril à suivre une voie. Lorsqu'il n'y avait pas d'inconvénient et qu'il y avait même quelque intérêt à foire le contraire, on lâchait le frein et on le laissait aller de l'avant. C'est ainsi que, pendant la guerre d'Italie, il a pu faire presque toujours de la politique. Cette fois-ci, il a pu se tromper en s'essayant dans ce sens. Mais il n'y a eu aucun parti pris, il a pu croire ne pas desservir. Il n'est nullement (cela va sans dire) un journal révolutionnaire. Un des portraits qui font le corps du délit, le portrait de M. Rouher, n'a nullement été désagréable à ce ministre. Enfin, on supplie M. le ministre de la justice de vouloir bien ne pas donner suite à une accusation qui entraînerait contre iin journal spirituel, déjà ancien, relativement modéré,, et qui peut avoir à certain jour son utilité, des conséquences pénales disproportionnées et pour' lui si accablantes.

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