‹ CorrespondanceChapitre 67 sur 223 · CCCLXXXVI · texte numérisé non relu

CCCLXXXVI

A M. R. CHANTELAUZE

Ce 29 janvier 1867.

Cher monsieur,

Puisque vous êtes assez bon pour vous occuper de moi et de notre gros livre en ce qui est de Retz, vous seriez le plus aimable des hommes, si vous m'adressiez, dès que vous serez prêt^ le mémoire par la voie la plus directe. Les nécessités de l'impression me commandent; il y a eu

des retards de bien des sortes; mais tous les délais que j'ai pu imaginer doivent se limiter au l^*" février, où l'Appendice me sera demandé par l'imprimeur. Je crains d'abuser; mais, puisque j'ai retrouvé toute l'espérance de vous posséder dans mon cadre, j'ai hâte de vous y faire entrer, et les événements de la vie qui se précipitent m'avertissent moi-même de ne pas tarder, si je veux être sûr de finir.

Agréez, cher monsieur, l'assurance de mes sentiments dévoués.

CCGLXXXYII.

AU MÊME

Ce 31 janvier 1867.

Cher monsieur.

Je vous reçois, je vous lis, je dévore cette quantité de choses neuves, mises en pleine lumière avec tant de droiture et d'équité. Cela est excellent, incontestable, et fera le plus grand effet. J'avise à l'instant dans ma pensée au moyen de rendre efficace et assurée l'interdiction de reproduction pour ce" véritable bienfait intellectuel dont vous enrichissez mon Port-Boyal. Je doute que l'on puisse, au sein et au cœur d'un volume dont la propriété est déjà aliénée à des éditeurs, établir l'interdiction et la réserve pour une enclave, pour un certain nombre de pages qui feraient partie du corps de l'ouvrage et qui en suivraient la pagination : mon

DE C.-Ai SAINTE-BEUVE.

idée serait celle-ci : établir à la suite de l'Appendice du tome III, dans le même format, dans le même caractère, mais avec une pagination différente, un fascicule qui se joindrait au volume pour la reliure ou même pour la brochure, mais qui s'en distinguerait comme un petit tout a part, auquel s'appliquerait la clause que vous marquez.

Je m'assurerai de la possibilité de faire ainsi, et, si vous le voulez bien, nous suivrons cette marche. Je mettrais quelques lignes en tête.

Je me féliciterais et je me félicite déjà de vous avoir déterminé à écrire un peu plus tôt que vous ne l'auriez fait, un mémoire si neuf, si décisif, si honorable pour rérudit, pour l'historien et — permettez-moi de le dire — pour celui aussi à l'intention de qui vous avez bien voulu le rédiger.

J'attendrai impatiemment la lin, qui épuisera ce sujet jusqu'ici tout équivoque et obscur, et désormais si bien éclairci.

Je me conformerai à votre désir en ne disant pas le lieu où est cette pièce, cette autre copie de lettre conforme à la vôtre, sauf un ou deux mots.

Je vous remercie de l'intérêt que vous portez à ma santé ; l'ensemble paraît peu atteint, mais j'ai depuis deux mois une grave infirmité persistante (une rétention absolue). Ces choses-là viennent rarement seules, et, quoique nous ayons triomphé des premières complications, je me méfie toujours. C'est pourquoi je suis si pressé, et, pardonnez-le-moi, si pressant.

Agréez, cher monsieur et ami, l'assuraK^ce de ma gratitude et de mes sentiments dévoués.

CCCLXXXVIII.

A M. ERNEST ALLARO.

Ce k février 1867.

J'étais, en effet, assez souffrant le jour où vous êtes venu et je l'ai bien regretté. Notre conversation a été coupée trop tôt. Yous avez été pour moi d'une extrême indulgence dans le dernier numéro de votre Revue, et je vous, en suis bien reconnaissant.

Yous paraissez renoncer à y trouver un organe de vos idées, et je conçois que vous teniez à les produire. 11 n'est pas de .plus grand supplice intellectuel que de sentir ces enfants de notre esprit s'agiter en nous sans pouvoir les amener à la lumière. Je conçois vos ennuis. Les accès aux revues ou journaux sont difficiles.

Si pourtant vous ne dépendez pas absolument de votre plume, c'est-à-dire si, comme je le crois, la question d'argent ne domine pas, il me semble qu'il y aurait moyen de tenter quelque débouché. Si un jour, vers quatre heures, vous êtes dans mes quartiers, j'aimerais à mieux causer avec vous.

Agréez, cher monsieur, l'assurance de mes sentiments dévoués.

DE C.-A. SAINTE-BEUVE. 131

CCCLXXXIX.

A M. R. CHANTELAUZE

Ce 4 février 1867.

Cher monsieur et ami,

. . . Laissez-moi vous dire de vous mettre à l'aise sur le point religieux : malgré votre bienveillance pour mon livre et l'espèce d'indulgence que vous m'avez semblé accorder à ce monde dissident de Port-Royal, vous pouvez avoir des doctrines, des convictions chrétiennes opposées. Dans mon livre, je combats ibrt les jésuites en corps, bien que rendant toute justice aux particuliers : ne vous embarrassez pas trop de tout cela. Suivez votre pensée et vos documents, fut-ce pour me corriger ou me contredire sur quelques points. En un mot, je suis trop heureux d'être la cause occasionnelle de ce mémoire historique anticipé et vous n'avez pas à m'y faire de concessions en le rédigeant.

Agréez mes remercîments pour vos vœux d'ami et l'assurance de mes sentiments dévoués.

GCCXC.

A M. ÉMILÈ BOISSIÈRE, PROFESSEUR A l'ÉCOLE SUPÉRIEURE, A MULHOUSE (hAUT-RHIN).

Ce 6 février 1867.

Monsieur,

,1e vous remercie de m'avoir fait lire votre article sur l'Académie. Elle a assez besoin d'être soutenue pour le

quart d'heure : ce ne sont plus des épigrammes comme autrefois, on demande hardiment sa suppression. En attendant, on s'en occupe beaucoup, ce qui n'est jamais un mauvais signe. Yous avez dit des choses très-sensées. Je sais tel poëte lauréat qui, après avoir postulé et obtenu des prix d'Académie qui l'ont fait connaître, après avoir concouru et échoué hier encore, malgré toutes les sollicitations à nous adressées pour le sujet de Vercingétorix, ne trouve rien de mieux que d'insulter aujourd'hui l'Académie et de déclarer qu'il n'en veut plus. Les poètes et môme les hommes sont faits ainsi.

Si vous lisez l'article Académie française que j'ai écrit pour le Guide Iluyo-Ulhach, vous verrez que nous nous sommes rencontrés en plus d'un point; mais je demande pourtant à l'Académie de se réformer un peu.

Agréez, cher monsieur, l'assurance de mes sentiments aussi distingués que dévoués.

cccxei.

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