‹ CorrespondanceChapitre 80 sur 223 · CDX · texte numérisé non relu

CDX

A M. R. CHANTELAUZE

Ce 27 avril 1867.

Cher monsieur et ami,

Je vous dois des comptes; mais l'imprimeur m'oblige à plus de lenteur que je ne voudrais.

Le quatrième volume est terminé, mais l'Appendice si considérable sur Retz n'a pu y entrer, et c'est en tête de l'Appendice du tome Y qu'il a sa place marquée. Je vais le faire (d'ici à quelques jours) composer à l'avance.

Je le disposerai comme je l'entends, avec des sommaires. Je vous ferai les quelques observations qui me seront suggérées par une nouvelle lecture, et c'est là-dessus que votre dernier coup d'œil s'exercera. — En attendant, je suis en assez piteux état, précisément parce que le mal dure. Les chirurgiens me diront leur dernier mot la semaine prochaine.

L'une de vos dernières lettres me parlait de Mazarin. L'histoire lui a donné raison pour cette paix des Pyrénées, ({ue pourtant Saint-Evremond, ïurenne et le parti militaire auraient aimé à voir retarder. Ce parti peut-être avait rai-

son ; mais la paix, après les longues luttes, est un si grand bien qu'on est toujours tenté d'en bénir les auteurs, eussent-ils été un peu pressés de la conclure. ' Connaissez-vous sur Mazarin cette particularité, qu'il eut, à un moment, la prétention de passer pour général et d'avoir des vues militaires, — dans la campagne de Dunkerque et Gravelines? Il aurait bien voulu avoir un certificat de général, signé Turenne ; mais celui-ci fit la sourde oreille. On voit cela à la suite des Mémoires de Bouillon : c'est à lire.

J'ai lu ou parcouru le discours de M. de Persigny à la Diana, sur les écussons de l'antique Forez. Yous y êtes. Cet homme a de l'esprit et des vues, mais elles sont un peu en l'air. Enfin, c'est ingénieux.

Agréez, cher monsieur et ami, l'assurance de mes sentiments dévoués.

CDXI.

AU MÊME

Ce 10 mai 1807.

Cher monsieur et ami.

J'ai été bien sensible à votre félicitation : entre nous, elle est prématurée; les journaux mentent toujours par quelque endroit, même lorsque les notes ont été concertées à l'avance. J'avais à expliquer mon absence de l'Académie sans effrayer mes amis. La vérité est que, quoique njon

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état n'ait rien de grave, il est ce qu'il y a de plus désagréable au monde. Cela ne nous empêche pas de vaquer à noire tome V. — Votre Mémoire est à l'impression. Je vous l'adresserai aussitôt qu'il sera nettoyé des fautes d'impression les plus grossières. Espérons que nous aurons la satisfaction de voir de nos yeux le navire mis à flot.

Je suis d'ailleurs bien las et bien mortifié moralement.

De cœur tout à vous.

P. 'S. — Les Mémoires du maréchal duc de Bouillon, tels que je les ai vus, sont un tout petit volume publié en 1693, et ils ont été, je crois, rédigés par Langlade.

GDXII.

AU MÊME

Ce 18 mai 18G7.

Cher monsieur et ami.

Je vous Remercie bien des bonnes paroles que vous m'adressez et dont je tâche de faire mon profit, sans pouvoir malheureusement me faire tout à fait illusion sur bien des points. L'essentiel est, pour le moment, que je vais mieux et que je puis suivre mon travail, — notre travail ; car le Mémoire sur Retz est plus qu'à demi composé, et, d'ici à peu de jours, j'aurai le plaisir de vous l'envoyer à lire dans un texte tout à fait courant et sans fautes d'impression. Vous n'avez pas à vous inquiéter de l'effet : votre travail, fondé sur des textes, est hors de toute discussion.

Les Jecteurs n'auront qu'à apprendre et à profiter en le lisant. Moi-même, je me persuade que cette grosse édition dernière passera sans encombre; il y a très-peu de juges, très-peu de plumes qui osent s'aventurer sur ces matières; et parmi celles qui, en si petit nombre, sont compétentes ou du moins intéressées à donner un avis, j'ai tellement donné de preuves de mon impartialité, même à travers mes sorties de polémique, que je me figure que les attaques (si attaques il y a) en seront fort amorties. Ce sont moins les adversaires théologiques qu'on a à redouter que les faux hypocrites du monde et ceux qui font semblant de se scandaliser ; or, ici, par la gravité du sujet et par la nature des questions, nous échappons à tous ces beaux messieurs, aux F. . . et aux M. . . de la chose. Vive Yeuillot! Je l'aime mieux avec ses rudesses d'en face et ses atouts.

Agréez, cher monsieur et ami, l'assurance de mes sentiments dévoués.

cDxui:

AU MÊME

Ce 30 mai 1867.

Cher monsieur et ami,

Vous devez me trouver bien lent; c'est que je ne veux vous rien envoyer que de complet et sur quoi vous n'ayez, qu'à vous plaire en vous lisant, comme si c'était un autre, tout couramment et sans rien qui arrête pour la pensée et pour la correction.

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

J'achève une révision des dix placards qui contiennent votre étude si intéressante, si neuve et rajeunie même dans les parties connues. J'espère que vous ne vous apercevrez pas même des légers raccords et rajustements qu'ont amenés les vérifications de textes, d'autorités, etc. J'ai fait tout cela comme pour moi.

Il est un pelit point que je n'ai pas encore vérifié : c'est là où vous dites que, pendant le séjour que Rancé fit à Rome chez Retz, celui-ci fit tous ses efforts auprès du pape, qiioique vainement^ pour faire agréer de Sa Sainteté la réforme de la Trappe. Ce quoique vainement est-il exact?

Je n'ai pas sous les yeux une vie de Rancé. L'approbation de Rome ne serait donc venue que plus tard? Yous voyez comme je suis scrupuleux. Puissiez-vous, en vous lisant, dire comme tout lecteur dira : C'est bien ! .,.

Je prierai qu'on garde à l'imprimerie la composition pour faire un tirage à part de cinquante ou cent (vous me direz le chiffre) exemplaires de l'Étude à l'état de petite brochure. Je pousse ardemment tout ce travail du cinquième volume, profitant du répit que me laisse ma santé et du bénéfice des longs jours.

A vous, cher monsieur et ami, de tout cœur.

P.-S. — Vous recevrez la totalité sous un pli fermé dans cinq ou six jours.

CDXÏV.

AU MÊME

Ce 3 juin 1867.

Cher monsieur et ami,

Je savais qu'il avait f^paru une Vie de Rancé, mais je ne m'en étais pas enquis autrement, et je vois que j'ai eu tort. Soyez assez bon pour prier le libraire ou la personne qui a un exemplaire de trop de vouloir bien me le céder et envoyer le plus tôt possible, car tout cela presse et nous allons avoir à mettre en pages.

J'ai tiré à clair l'affaire de Rancé à Rome; il y fit deux voyages non pour la réforme de la Trappe déjà faite, mais pour solliciter la réformation de tout l'ordre de Cîteaux et comme député des pères et supérieurs de l'étroite observance, mission dans laquelle il échoua. C'est dans le second voyage, en juin 1665, qu'il vit Retz à Rome : logea-t-il chez lui, dans son palais? Veuillez vous rappeler où vous avez vu cela, car le reste des circonstances qui étaient mentionnées dans le paragraphe ne s'est pas vérifié, et ce n'est pas pour un conclave que Retz était là. Je soupçonne même qu'il n'y était allé que pour cette affaire même de Rancé, et sur le désir de la reine mère qui allait bientôt mourir.

Si vous me le permettiez, j'arrangerais dans une note attachée à votre travail ces nouveaux documents donnés par l'abbé Dubois, et je montrerais comment ils confirment le résultat auquel vous étiez déjà arrivé de votre côté.

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

Rancé, dès son premier voyage de Rome, avait passé par Commercy pour prendre les recommandations et instructions de Retz (septembre -octobre 1661). Ces détails sont ajoutés en note, mais avant tout c'est l'abbé Dubois qu'il me faut voir puisqu'il est si abondant.

Vous verrez que j'ai dû prendre quelques précautions pour un portrait de Retz par Saint-Evremond, cité par Musset-Pathay, mais qui est d'une authenticité plus que douteuse.

De même pour les citations de Musset-Pathay, il y a toute une note qui est à restituer à Grouvelle. Mais je veux vous épargner toute cette cuisine et je voudrais que vous ne fussiez plus que convive à votre propre repas.

Je me porte tout juste assez bien pour vaquer à ces soins, de mon fauteuil à ma table. Mais c'est assez (faute de mieux) que de vivre par la pensée et dans la bonne et honnête compagnie de tous ces grands hommes.

A vous de tout cœur.

CDXV.

A U MÊME

Ce 3 juin 1

Cher monsieur et ami.

Je trouve à Paris chez Bray, rue Cassette, les deux vo lûmes de la Vie de Rancé par l'abbé Dubois. Ils sont en vente. Veuillez ne pas prendre plus de soin et ne pas vous

mettre en peine de me les avoir. Je vais aussitôt en extraire l'essentiel et en faire la matière d'une note qui corroborera votre dire.

Le tout vous arrivera en épreuves dès que ce sera convenablement arrangé.

A vous de cœur.

CDXYl.

AU MÊME

Ce 5 juin 1867.

Cher monsieur et ami,

Vous recevrez un petit mot qui a couru après le premier et qui vous dit, en effet, que j'ai trouvé le livre chez Bray : il est dans le commerce.

J'aurais tout à fait tenu à ne vous présenter l'ensemble de votre travail qu'entièrement corrigé, ajusté et tel qu'avec mon expérience du public je le concevais pour le mieux, tant pour vous que pour moi. Je vous demandais là un grand acte de confiance. J'ai tout revu moi-même trois et quatre fois avec un œil critique. Les textes ont été vérifiés, les erreurs inévitables (dans un si grand détail) réparées. Je vous assure que je me suis mis en votre lieu et place pour tout ce menu. J'ai dû effacer les éloges qui me concernaient. Si vous aviez pu passer une matinée avec moi, je suis persuadé que, toute explication donnée, vous m'auriez donné carte blanche.

Maintenant, à distance et recommençant de votre côté une révision non concertée avec moi, je crains de nouveaux

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

relards. Veuillez penser combien il importe que ce volume ne soit plus retardé. Mais c'est moins encore la promptitude qui m'importe que la perfection et l'achèvement, incompatibles avec des remaniements non concertés.

Je vous envoie les huit premiers placards revus.

Les deux autres suivront, lorsque je les aurai mis dans l'état où je les conçois. Soyez sûr que je vous les aurais rendus dignes de vous. J'avais préparé en note (et comme de vous) tout ce qu'il fallait pour le Saint-Evremond, et je désirerais que le tout restât ainsi. L'affaire de Musset- Pathay est plus obscure. On ne sait si c'est lui ou Grouvelle qui parle. Musset-Pathay est un assez mauvais auteur qui n'a fait que ramasser. J'ai vérifié dans Grouvelle même. La suite de la note n'y est pas; mais rapportez-vous-en à moi de parer k toutes ces difficultés du dernier moment. En un mot, cher monsieur et ami, il y a bien deux mois que je travaille à rendre ces épreuves dignes de vous être offertes, et je viens moins vous proposer des doutes que vous demander de vouloir bien accepter, sur ces deux ou trois points douteux, la façon dont je vous les ai combinés pour le mieux.

A vous de tout cœur.

CDXVII.

AU MÊME

Ce 8 juin 1867.

Cher monsieur et ami.

Je reçois les placards en même temps que vous recevrez mes derniers. Je vous remercie d'avoir bien voulu ratifier

les quelques détails. Vos modifications, à vous-même, sont toutes simples et toutes dues.

Je ferai, puisque vous le voulez bien, la note tirée de l'abbé Dubois et en citant ce que vous désirez. Je me permets de combattre votre jugement sur l'ensemble de votre Mémoire : je crois que personne ne se plaindra du développement, et il y a trop de facilité à le lire, pour qu'il y ait densité. Il ressortira de là un jugement tout à fait complet sur Retz, homme moral.

Le lecteur l'acceptera d'autant plus volontiers que vous ne le lui aurez pas donné tout fait.

J'ai lu toutes les parties qui nous intéressent de l'abbe Dubois. C'est piquant, sans rien changer au fond. Retz a eu une saillie pour la Trappe, comme tant d'autres saillies. L'imagination chez lui jouait un grand rôle et prenait vite le galop. Sa sincérité, celle qu'on lui désire, s'y retrouve suffisamment. 11 aimait l'extraordinaire et s'y laissait vite tenter, sauf bientôt à en rabattre. C'est là ce qu'il faut dire et ce que vous montrez en action et par des exemples.

Vous aurez vu que j'ai touché et amorti un peu une phrase sur 89. Vous pensiez à moi en la mettant, et j'ai pensé à vous en l'étendant et en l'expliquant. Vous qui vous vouez à ce ministère de l'histoire, vous aurez.de plus en plus à avoir du caractère contre des influences respectables, mais qui affaiblissent. Mais, en suivant droit son chemin, ces petites désapprobations contradictoires se neutralisent; elles passent, et l'estime de tous est au bout.

Tout le cinquième volume est composé. Je pousse la correction autant que mes yeux me le permettent. La mise en pages repassera sous vos yeux.

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

A vous de tout cœur.

P. -S. — Je crois avoir une notion sur ce qu'était le M. de Lavau qui écrivait de Rome : ce devait être celui qui devint l'abbé de Lavau et membre de l'Académie française. Ce sera glissé en note et sans affirmation trop positive, comme une probabilité.

CDXVIII.

AU MÊME

Ce 9 juin 1867.

Cher monsieur et ami,

Je reçois la totalité des épreuves. Je vous remercie. Tout sera exécuté selon vos vœux; mais laissez-moi vous faire deux ou trois remarques où nous différons sur le style. . .

Excusez, cher monsieur et ami, cette vivacité que j'ai pour les mots et que je n'ai peut-être pas pour les choses. Mais vraiment je crois que j'étais surtout fait pour être un professeur de rhétorique, tant je prends feu sur ces détails et ces misères de phrases! Il sera tenu compte (vous le verrez) de ces scrupules de diction qui vous sont venus; mais laissez-moi tâcher de concilier ce que je crois le mieux avec ce que vous croyez bien. En un mot, je prends parti pour vous en plus d'un endroit contre vous-même.

Votre résumé sur la conversion morale et la conversion chrétienne est excellent. 11 y sera.

L'accusation ou l'insinuation d'empoisonnement est en

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