A M. LOUIS VIARDOT
17 avril 1807.
Mon cher ami, j'ai lu votre Apologie'^, qui ne doit pas s'appeler ainsi, car le sage n'a pas à se défendre : c'est un compte rendu que vous faites, non pas aux autres, mais à vous-même. Il me paraît de tout point exact et rigoureux. La création serait le premier des miracles. L'éternité du monde une fois admise, tout s'en déduit. La fatalité des lois est une consolation pour qui réfléchit, autant et plus qu'une tristesse. On se soumet avec gravité. Cette gravité respectueuse et muette de l'homme qui pense est à sa manière une religion, un hommage rendu à la majesté de l'univers. Nos désirs, éphémères qu'ils sont et contradictoires, ne prouvent rien : ce sont des nuages qui s'entre-choquent au gré des vents; mais l'ordre sidéral plane et règne au-dessus. Vous êtes, mon cher ami, de la religion de Démocrite,
1, Il s'agissait de la révision de certains passages des Remarques et Corrections d'Est, de La Buëtie sur le traité de Plutarque intitulé 'Epwxixdç, ouvrage publié par M. Dezeimeris, et dont Dûbner relisait les premières pages lorsque la mort vint le frapper (le 13 octobre 1867).