A M. ALFRED DARIMOIN, DÉPUTÉ AU CORPS LÉGISLATIF
Ce 27 juin 1867.
Merci, mon cher ami, de cet écho de votre Assemblée Cette fois, ils ont écouté. Mais, la chose dite, ils sont restés muets et tout prêts à applaudir par contraste le réfutateur. Mais ce réfutateur s'est trouvé un bavard ramolli, et il lésa bientôt impatientés; ils l'ont fait taire. Ce serait gai, si ce n'était bien triste.
Tout à vous.
1. M. Alfred Darimon avait cité hautement et fermement le nom de Sainte-Beuve dans une discussion du Corps législatif, sur ces questions de liberté de pensée et de presse qui revenaient du Sénat à l'autre Assemblée.
DE C.-A. SAINTE-BEUVE
CDXXYI.
A M. EDMOND SCHERER
Ce 28 juin 1867.
Mon cher ami,
Au milieu de tout ce qui m'est si agréable et si honorable dans votre article*, j'éprouve comme vous un sentiment de tristesse de penser que ces vérités si élémentaires sont des paradoxes scandaleux pour des hommes qui représentent le pays.
A vous d'amitié,
CDXXVII.
A M. R. CHANTELAUZE
Ce 3 juillet -1867.
Cher monsieur et ami,
Vos craintes sont vaines. Vous l'avez du voir en recevant une épreuve; mais j'ai été dans un torrent d'affaires et de luttes, et tout cela à l'improviste. Je tâche de reprendre de mon mieux le fil du courant. J'apprécie trop bien les scrupules pour trouver à redire aux vôtres. Je vous assure que
1. AUusion à un article de M. Edmond Scherer dans le Temps, sur le discours prononcé par Sainte-Beuve au Sénat, le 25 juin 1867^ à propos des Bibliothèques populaires.
le Mémoire, tel qu'il est, va de tout point. Quand je résiste à vos corrections, c'est que je suis sûr que vous aviez raison la première fois. Yous le verrez par les lettres de change. Une lettre de crédit n'est pas la même chose ; mais c'est en échange que, pour éviter la répétition, j'ai dû changer. En un mot, dites-moi votre intention, j'y pourvoirai. Soyez assez bon pour excuser la brièveté de ces lettres, j'ai des quantités de réponses à faire.
Tout à vous de cœur.
CDXXVIil.
AU MÊME
Ce 8 juillet 1867.
Cher monsieur et excellent ami,
Je vais tenir compte de vos désirs. Seulement il n'est pas possible de prendre à la fin un ton différent de celui du commencement. Soyez donc tranquille.
J'ai résisté quand vous avez voulu mettre projet sérieux de pénitence : sans résister maintenant en sens contraire, je vous trouve un peu prompt à ne pas accorder qu'une lubie sérieuse de pénitence n'ait point passé par cette tête à imagination vive. Je glisserai la phrase sur la conversion morale, tout en étant persuadé que, si Retz avait été moins vieux et mieux portant, il aurait recommencé toutes ses polissonneries.
11 ne faut pas être trop honnête homme pour juger ces
DE C.-A. SAINTE-BEUVE
grands coquins. Vous apercevez-vous maintenant que vous avez eu tort de céder au conseil de cette dame qui ne voulait pas absolument admettre que Retz révélât les confessions et en fît des gorges chaudes?
Votre Mémoire a un caractère: il brille par la bonne foi ; il n'a pas de parti pris : vos hésitations mêmes, accompagnées de pièces et de preuves positives, aident à la conviction du lecteur. Ne lui ôtez pas in extremis ce caractère. — Mais encore une fois je tiendrai compte de vos désirs.
Merci de l'assentiment qui de votre part a tant de prix. L'affaire d'ailleurs est grosse et bien loin d'être terminée i.
Je suis tout à vous de cœur.
GDXXIX.
AU MÊME
Ce 8, juillet I8G7.
Cher monsieur et ami,
Je trouverai moyen de mettre la phrase sur la conversion morale (de Retz) opposée à la conversion chrétienne; mais veuillez pourtant vous demander en quoi consisterait cette conversion morale, pour peu que Retz lut plus jeune et plus vaillant.
Elle consisterait peut-être à ne plus troubler l'État et pour cause : Louis XIV était présent. Mais, quant aux nueurs, je doulc que la réflexion eût rien change à celles de Retz, au