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CORRESPONDANT

J'étais si loin de ne pas vouloir une statue à Voltaire, que, dans un article du Constitutionnel du lundi 14 mai 1866 (à propos d'un livre de MM. de Goncourt), j'ai écrit :

« Pour moi, je ne considérerai la moyenne des esprits comme tout à fait émancipée en France et la raison comme bien assise, même à Paris, que lorsque Voltaire aura sa statue, non pas dans le vestibule ou dans le foyer d'un théâtre, mais en pleine place publique, au soleil. Il faudra encore du temps pour cela. »

C'était affaire à vous, monsieur, et à votre puissante initiative, de hâter ce moment; mais je n'aurais pas pensé que mon nom pût ajouter à l'autorité du Comité institué par vous, si les derniers incidents ne lui avaient conféré tout d'un coup une signification que je ne prévoyais pas à ce degré.

J'ai beaucoup écrit sur Voltaire dans ma vie, et il est telle phrase sur ses procédés polémiques envers certains adversaires, il est, dis-je, telle phrase qu'on pourrait bien (je dois vous en prévenir) rappeler et m'opposer pour me mettre en contradiction apparente avec moi-même.

De plus, mon état de santé est bien réellement tel qu'il me sera impossible, très-probablement, d'assister même une seule fois aux réunions. La voiture m'est douloureuse.

C'est là, cher monsieur, ce qui me faisait hésiter. Mais, puisque vous croyez mon nom utile, je me tiendrai pour trèshonoré de le voir placé à son rang de nomination avec ceux de tant d'amis illustres ou distingués et à leur suite.

Veuillez agréer, cher monsieur, avec mes remercîments, l'assurance de mes sentiments de haute considération et de dévouement.

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

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