‹ CorrespondanceChapitre 1 sur 66 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Je ne saurais mieux comparer les cent quatre-vingts

- lettres contenues dans ce volume qu’a des fenétres

toutes grandes ouvertes sur la vie intime d’Alfred de Musset. En tout cas, elles l’éclairent d’un jour si vif, qu’elle y est pour ainsi dire mise a nu.

Mais si "homme s’y dévoile, des pieds 4 la téte, avec toutes ses passions dont la principale fut la luxure, on perdrait son temps a y chercher — comme dans les lettres de jeunesse de Lamartine, de Victor Hugo, de’

. Vigny et de Sainte-Beuve — les doctrines littéraires,

- religieuses ou philosophiques qui le hantérent de loin

en loin. C’est a peine s’il en est question dans ses

. deux lettres 4 Paul Foucher, qui, pour dater de sa dix-

septiéme année, n’en offrent pas moins un intérét

, capital, au point de vue de sa mentalité au sortir du

collége ; et je ne vois que sa lettre a l’oncle Desherbiers

Laat

ov ses idées sur le Cénacle, qu’il appelait alors dédai-

“ gneusement « cette école rimeuse », montrent cavalié-

rement le bout de leur nez. Dans la plupart des autres,

ce sont les jeux de l'amour qui font les frais de ses

entretiens épistolaires.

Faut-il s’en plaindre? Non, puisque nous devons 4 sa correspondance avec George Sand les plus beaux cris de passion, j’entends les plus poignants, les plus désordonnés, les plus douloureux, que le Romantisme ait jetés dans ses heures d’¢mancipation et de folie, — et puisque nous devons 4 sa correspondance avec M™ Jaubert les fantaisies les plus extraordinaires, les divagations les plus hilarantes qui aient jamais mis en mouvement la plume d’un poéte.

Tout le monde a lu les Jettres 4 George Sand. Il n’en va pas de-méme des lettres 4 Mus Jaubert, quoiqu’elle en ait publié une bonne partie dans ges Souvenirs. On les trouvera toutes icj, dans leur ordre chronologique et dans Jeur texte intégral, avec quelques-uns des dessins a l’encre dont le « fillenl » se plaisait 4 Jes illustrer pour la plus grande joie de sa « marraine ». Ef je suis sir que Je lecteur averti les préférera A toutes les autres, non seulement a cauge de leur valeyr documentaire, mais encare ct surtout 4 cause de l’esprit jeune, alerte, endiablé qui y éclate A chaque ligne, cqmme les fus¢es d’un feu d’artifice.

Sainte-Beuve, aprés avoir lu les derniéres nouvelles d’Alfred de Musset, dcrivait un jour A la Revue Suisse que sa prose était « décidément charmante ».

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