AVANT=PROPOS
Qu'aurait-il dit s'il avait assez vécu pour lire ses lettres a Mme Jaubert? C’est qu’en effet le prosateur s’y est surpaseé, sans qu’il lui en ait couté aucun effort, en se laissant aller tout bonnement aux caprices de sa nature tour A tour joyeusc et mélancolique.
M. Maurice Clouard, 4 qui j’ai tant d’obligations pour ses recherches bibliographiques sur Musset, a mis en circulation ce faux bruit, devenu l¢gende, que Mme Jaubert avait mutilé, altéré, défiguré les lettres de son « filleul ». Je suis heureux de pouvoir dire ici qu’il a singuliérement exagéré.
A part quelques modifications sans intérét, quelques ‘suppressions motivées par des raisons de haute convenance, les trois quarts des lettres de Musset a sa « marraint », quoique publiées sans ordre, ont été imprimées textuellement. On pourra s’en rendre compte par Its rares variantes et le petit nombre de passages inédits que j’ai relevés sur les originaux.
Ce n’est done pas de ce cété que proviennent les Jacunes de la correspondance du poéte. Ces lacunes, que j’aurais voulu combler, en partie tout au moins. proviennent d’abord de ladestruction des lettres adressées A Mme Allan; — de I’absence des lettres A Rachel qui, si mes renseignements sont exacts, se trouveraient en Angleterre ; — de celles 4 Louise Colet, qui sont entre les mains de M. Paul Mariéton; — de la mise sous scellés des lettres A M™ X..., qui, d’apres le
legs fait 4 la Bibliothéque Nationale, ne pourront étre publiées qu’en 1910; — de la dispersion enfin d’un certain nombre d’autres lettres que leurs détenteurs actuels ont refusé de me communiquer, pour des raisons plus ou moins plausibles.
Avec toutes ces lettres il y aurait de quoi faire un second volume. Il se fera dans un temps plus ou moins proche. Mais quelque incomplet que soit celui-ci, il n’en apporte pas moins a notre littérature épistolaire, déja siriche, une note nouvelle, une note unique, au moment précis ot l’ceuvre d’Alfred de Musset tombe dans le domaine public.
C’est méme pour cela que les originaux de ses lettres sont si recherchés, si disputés, quand par hasard il en passe quelques-unes en vente publique, et pourquoi je remercie tous ceux qui m’ont aidé dans la mise en ceuvre de ce livre depuis si longtemps attendu.
25 mars 1907.
Lton Skécxt