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A EMILE AUGIER

S. d. lundi. (4848.)

Vous allez- me trouver, mon cher Augier, une bien ridicule créature. Mon désespoir de l’autre jour est passé, comme ma maladie,-et je suis tout prét a reprendre notre petite piéce, si vous voulez et dés que vous voudrez.

Je vous dis cela 4 brdle-pourpoint et sans le moindre ombrage, afin que vous sachiez & quel (sic) triste personne vous avez affaire. — Je suis impressionnable comme une femme, et, sous ces impressions, par

CORRESPONDANCE D’ALFRED DE MUSSET ahr

conséquent, j’agis comme une linotte. Mes amis le savent et me pardonnent. Voulez-vous en étre?

A vous (1).

A ALEXANDRE DUMAS Vendredi, 46 juin 4848.

Mon cher Dumas,

Je viens de lire la France Nouvelle et j’irai vous serrer la main. Mais il faut que je vous remercie al’instant méme de la vive émotion que je ressens. Vous me rendez fier, mon ami, et vous me donnez le droit de l’étre, lorsqu’un homme tel que vous daigne écraser une petite maladresse sous de si belles, si braves et si nobles paroles.

Une autre impression encore m’a été au.cceur, c’est notre vieille amitié toujours jeune, et ce sentiment plein de force et de dignité, qui fait qu’ayant dans les mains l’arme la plus puissante et la plus redoutable, si vous tirez l’épée pour attaquer, c’est en méme temps pour défendre.

A vous de coeur (2).

(1) A propos de U’Habit Vert, que Musset fit en collaboration avec Angier.

(2) Dumas avait protesté énergiquement dans un article de /a France Nouvelle contre la destitution de Musset de sa placede bibliothécaire au ministére de }'Intérieur.

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