‹ CorrespondanceChapitre 46 sur 66 · A X... SOUS-PREFET · texte numérisé non relu

A X... SOUS-PREFET

43 septembre 1848.

Monsieur,

Les apparences, je le vois, sont- trompeuses, car votre sous-préfecture porte un joli nom. C'est d’abord celui d’une trés grande famille ou il y a dejolies femmes, ensuite il a quelque chose de coquet et de musqué (il paratt que la ville ne l’est guére). Je me serais figuré une espéce de bonbonniére, sceur cadette d’un chéteau, mais un nom ne veut rien dire, et il y a peut-étre a Poitiers des laiderons qui s’appellent Diane.

Je ne vous plains pas beaucoup des truffes absentes, puisque vous n’en auriez pas l’emploi; je ne saurais non plus vous trouver fort a plaindre de vivre au

milieu du patois, car ceux qui parlent le meilleur et ' le plus pur frangais (que Dieu les conserve pour notre gloire!) sont souvent bien ennuyeux. Il est souvent :

bien précieux de ne rien entendre de ce qu’on vous dit; vous le savez sans doute aussi bien que moi.

Pour ce qui regarde les maisons ov, dites-vous, les . indigénes s’accroupissent, rappelez-vous ce beau vers

de Victor Hugo, parlant de l’Arc de triomphe :

(1) Ce sous-préfet avait été nommé par le méme ministre qui avait destitué Alfred de Musset de ses fonctions de bibliothécaire et, comme il avait emporté dans sa sous-préfecture, pour charmer ses ennuis, les

quvres completes du poéte, il avait pensé qu'il serait on monstre d'in- ;

gratitude s'il ne lui avait envoyé ses condoléances. (Cf. le journal UEstafette du 12 mai 1880.)

D’ALFRED DE MUSSET 2hg

-.». un jour le patre, accroupi dans les seigles, Contemplera tes aigles.

Cette image m’a toujours semblé aussi belle que la rime. ;

Mais je vous plains bien sincérement pour le vin et le beau sexe, surtout pour les punaises. J’avais trouvé des puces en Allemagne, dans une fort jolie chambre qu’on m’avait louée. Je m’en plaignais, quand la servante me répondit littéralement :

— Monsieur, c’est un gondesse qui demeurait ici avant vous.

1] est vrai que les puces allemandes sont de |’ancien régime. -

Pour parler sérieusement, je vous remercie mille fois de votre lettre et du bon mouvement qui vous est venu de trop loin, malheureusement pour moi. Rien ne m’est plus agréable, rien ne m’encourage mieux qu’une parole amicale et sincére ! C’est le seul plaisir du métier.

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