‹ CorrespondanceChapitre 47 sur 66 · A HENRI CANTEL · texte numérisé non relu

A HENRI CANTEL

23 novembre 1848.

Monsieur,

Par le plus singulier des hasards, i] m’a été donné d’apprécier votre charmant talent pour la poésie; le vent d’automne qui fait tomber les feuilles semble avoir apporté a mes pi¢ds une de vos gracieuses bluettes, comme pour la sauver des glaces d’un éter-

nel oubli. Veuillez, mon jeune et charmant poéte, dont " je crois voir de mon cabinet le gracieux sourire et la cheyelure dorée, veuillez, dis-je, accepter le dernier ouvrage d’un athléte au bout de sa carriére (1).

O vous du Pinde enfant gaté ~ Que les neuf scours ont allaité

Et promené par la lisiére,

Qui, malgré Jeur sagesse austére, Et leur vieille virginité,

Par elles vous étes vu pére Avant l’age de puberte ; Attendant l’immortalité,

Buvez dans la source féconde

Dy plaisir ct de la gaieté :

L’esprit, ainsi que la beauté, Pour orner et charmer Ie monde, N’attend pas la majorité.

A. pp Musset.

P.-S. —Je me ferai un véritable plaisir de donner 4M. C... tous les conseils que ma longue expérience m’a mis A méme de pouvoir fournir.

Quai Voltaire, 21. |

A SA MARRAINE

2 avril 1848.

Madame, Si un atome de moi vivait encore, il serait déja allé (1) Je publie cette lettre sous toutes régerves, car pas plus que M. Clouard, qui l’a signalée, je ne la crois d’Alfred de Musset.Les mots

soulignés par moi sonnent faux sous la plume du poste, lequel n’habitait pas, d’ailleurs, au n° 91, majs gu n° 43, quai Valtaire.

vers vous, et a plus forte raison il irait demain soir. Merci cent fois de votre gentil souvenir, que vous m’envoyez frais comme une rose et brave comme vous. Puisse ce papier vous trouver en préparatifs de eoiffure, et, au risque d’avoir lair d’une cételette, mettez-moi en papillotte.

J’ai Vhonneur d’étre, madame, sans aucun doute...

A.M. (prononcez AA! hem!).

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