‹ CorrespondanceChapitre 49 sur 66 · A AUGUSTINE BROHAN · texte numérisé non relu

A AUGUSTINE BROHAN

Mars 1849. Des Haricots, vendredi.

O ma chére Brohan! je suis dans les fers. Je gémis au sein des cachots. Cela ne m’empéchera pas d’aller vous voir demain samedi. Mais je vous écris cet écrit du fond du systéme cellulaire. Je suis en ce moment dans le célébre numéro quatorze, qui fut mal gravé dans /e Diabled Paris. C’est pour cause de patrouille, car jen’ai tué personne. Cette cellule est pleine encore de choses nouvelles et (plaisanterie 4 part) charmantes, mais il n’y apas Ja place d’unmotméme indécent. On a cadenassé la porte et le reste du bagne est badigeonné. Pourtant, je remarque que la poésie est ici bien inférieure 4 la peinture. Et je vous demande la permission de vous en envoyer cet échantillon, que je copie textuellement sur le mur :

Je pense 4 Saint-Michel, horrible prison Dont le nom étouffe et donne le frisson,

Ou tant de nobles ceeurs a cette heure expient Par de longs jours d’atroce captivité

Ce que tous les Francais envient,

Le régne de la liberté.

Autre:

Acrostiche a celle gue j’aime C'est toi La vraie lamme!

O mon ame, Tais-toi... - Ici, mon bel idole, Le ceeur qui t’est voué Désire ton obole Et puis mourir.,. aimé.

A. L... 78 heures.

Cet acrostiche représente le nom de Clotilde, facile a deviner, je crois; l’auteur a oublié son hache. Vous voyez qu’il ya des personnes qui osent encore rivaliser avec votre beau couplet de /a Vierge en patache. Je révais & ce distique, ajoutable peut-ttre:

Un jeune homme plein de santé S’est percé le coeur d’un eustache.

Mais j’irai chez vous demain. Vous y serez, ou bien peut-étre que non. Et cane fait rien du tout. Réflexion faite, je crois que je suis si béte que je vous aimerai et que j’aurai raison. Je veuxdire queje vous aimerai toujours, pas un jour plus qu’un autre, mais non pas moins.

A vous, PIERROT.

A LA MEME

S. d.(4849.) Ma chére Brohan,

Je n’ai pas voulu vous écrire que vous étiez charmante, parce que je voulais vous le dire ; mais vous le savez, Je le suppose. Ce dont je veux que vous ne doutiez pas, c’est que votre gentil cadeau m’a fait le plus grand plaisir et que je vous conserverai toujours ce bon souvenir d’une amitié qui vaut bien des amours.

Tout 4 vous.

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