CLX
Ii ne mest pas possible, ma chére Brohan, de diner chez vous par la trés bonne raison que je ne dine pas. Je souffre dans ce moment-ci de maux d’estomac assez fastidieux et méme davantage, sans quoi, veuillez n’en pas douter, Pierrot se serait précipité aux pieds de Colombine avec appdtit et reconnaissance...
A ALFRED TATTST
26 mai 4849.
Je suis bien sir que vous ne voudrez pas mé croire quand je vous dirai, non cher Alfred, que j’avais résolu de vous aller voir. J’en atteste cependant deux témoins purs, sinon sans tache, ma malle et M"* Colin (2), une faisant l'autre. Demandez-leur s’il n’est pas vrai qu’elles sont depuis huit jours dans l’attente, et que tous les matins on déballe une A une mes chemises. Pour toute réponse a votre lettre de reproches, je voulais me mettre moi-méme a la poste; les dieux en ont ordonné autrement. D'abord, comme vous dites, on a joué mon proverbe (2). En second lieu, on va le jouer encore. Je souhaite seulement que le baptéme fui soit aussi léger que sa naissance a été bien venue. J’avais, chez Pleyel, ce gu’on me fait Pimmense honneur d’appeler mon public. Vous savez qui je veux dire: tout ce monde charmant, qu’on dit envolé, était }4 tout comme I’an passé. Les petits bees roses sortaient des chapeaux et les menottes blanches des mitaines. Maintenant je vais avoir affaire, ces jours~vi, asa majesté le suffrage universel, et ensuite a la clique — des feuilletons. A vous dire vrai, je m’en moque un peu & cause de la matinée vraiment charmante pour moi que j’ai eue rue Rochechouart. Les prestolets
(1) Gouvernante du poste qui a publié sur lui de trés intéressants Souvenirs.
(a) On ne saurait penser @ lout, représenté pour la premiére fois dans les salons de M. Pleyel, le jeudi 3 mai 1849.
auront beau faire, leurs platras n’écraseront pas une feuille du petit bouquet qui m’a passé sous le nez. — J’espére d’ailleurs quelque adoucissement.
Voila, mon cher ami, pourquoi je suis resté. Je vais maintenant conduire ma mére a Angers. Si je peux m’échapper, j’irai vous dire bonjour, mais ne soyez pas, et jamais, en colére contre votre meilleur ami.
A ADELE COLIN
- Je n’aurais pas cru que vous puissiez vous éloigner ainsi de moi, me sachant malade et dans un complet isolement, car ceux qui sont prés de moi ne me servent a rien; j’avais pensé, aprés les soins que vous m’avez -donnés, trouver en vous quelque affection sérieuse, indépendante de certains hasards.
Si je vous ai déplu, vous étes bien vengée ; mais un peu cruellement, car je vous avoue que cette solitude et cette souffrance m’ont jeté dans une tristesse insup-
portable.
A LA MEME S. d. (4849.) Je n’ai pas fermé l’ceil, j’ai les premiéres attaques
de mes délires; toi seule les connais, viens, je ne puis me passer de toi.
Tu m’as fait du mal hier soir, mais j’avoue que je Ven ai fait beaucoup le premier! Je le regrette, ne m’abandonne pas (1).
(1) Cette lettre fat dcrite chez M™* Allan, & Villed'Avray.
- & M. CHARPENTIER, EDITEUR, IQ, fue de Lille
Janvier 1830,
Je suis vraiment désolé, mon cher ami, de voir que, pour grossir de quelques pages notre volume, nous imprimions des choses qui ne valent rien, et que je n’ai méme pas voulu publier 4 vingt ans dans mon premier recueil. N’est-ce pas une faute bien réelle que nous faisons? N’est-ce pas nous faire tort bénévolement?N’y a-t-il donc pas moyen de composer un volume plus petit, et convenable? Ne le vendrait-on pas, fatce un peu moins cher? Quant a moi, j’ai beau faire, je ne peux pas corriger les Derniers moments de Frangots f**, I] y a dix-neuf ans que c’est au rancart. — Faites un effort, au nom du ciel; laissez-moi ne donner au public que ce dont je puis étre content. Vous me soulagerez d’un vrai fardeau.
A vous.
Charpentiera mis en note : « On pourrait penser, d’aprés cette lettre,
que nous avions voulu exercer une sorte de pression sur Alfred de
Musset pour réimprimer des vers qu'il avait condamnés; on se tromperait fort. Nous lui en avions seulement fait Ja proposition par suite des
AU MEME
. Lundi, 30 septembre (1850).
Mon cher ami,
Je vous envoie le catalogue de PAssemblée (1), ot vous trouverez quatre ou cing romans de mon frére, annoncés sous mon nom. Vous m’avez dit que vous vous chargeriez de demander la rectification. J’aimerais mieux en effet que vous me rendissiez ce service, attendu qu'il est délicat pour moi de parler de mon frére. afi
D’ailleurs, votre position, étant mon éditeur, vous donne, il me semble, toute espéce de droit. Car c’est, au bout du compte, une solte tromperie qui est toujours préjudiciable: le public peut nous croire complices.
Si vous voulez bien vous en charger, tenez-moi
demandes qui nous en avaient été adressées, et, loin d’insister, nous applaudfmes&sa résolution. » © ; :
~— Cette lettre a été vendue 115 francs & la vente des autographes de Georges Charpentier (janvier 1907}.
" (1) Le catalogue dont il est question fat annoncé dans le ne de I’Assemblée Nationale du a6 juillet 1859 — il parut poug la premiére fois dans le n° du 28. Il fut fréquemment reproduit, Ena ce qui touche les fréres de Musset, l'annonce portait :
Le Bracelet, par Alfred de Musset, 1 vol.in-8..
Samuel, par Alfred de Masset, 1 vol. in-8,
Téte et ceur, par Alfred de Musset, 1 vol. in-8.
Les ee de Planoche et de M=* de Laguette, par Paul de Musstt, 2 vol, in-8. : .
Laucun, par Alfred de Musset, 1 vol, in-8,
au courant, parce que, si on ne rectifie pas l’erreur, il faudra écrire dans d’autres journaux.
Tout A vous (1).