‹ CorrespondanceChapitre 7 sur 66 · A UNE JEUNE ANGLAISE · texte numérisé non relu

A UNE JEUNE ANGLAISE

Mademoiselle, toutes les jeunes Anglaises étant

(1) Fragment de lettre cité par M. Clouard dans ses Docaments it’ dits sur Alfred de Musset, Cette lettre faisait partie d'un lot de 18 lettres autographes adressées & Alfred Tattet, qui furent vendues par erreur, le 6 avril 1883, avec tonte une suite d’autographes et de dessins provenant de la succession d’Alfred de Musset et de son frére. Elles avaient ét¢ communiquées 4 Paul de Musset par la famille Tattet, lors~ qu'il entreprit la biographie d’Alfred. — Le petit-fils d’Alfred Tattet posséde encore un certain nombre de billets écrits par Alfred de Musset 4 son grand-pére ; malheureusement, la plupart de ces billets de rendez-vous défient l’impression. ;

(2) Cette jeune Anglaise était demoiselle de compagnie de la marquixe

a (OW AESPONDANCE

jolies, je ne vous ferai point linjure de croire que vous soyez une exception a la régle générale, et, puisque vous me donnez ayec tant de confiance votre nom et votre adresse, ne vous étonnez pas si je réclame Vhonneur de vous offrir moi-mémece volume de poésies que vous désirez lire.

A SON PRERE, A AIX EN SAVOIE Jeudi, 4 aoat 4831.

Mon cher ami,

Hier matin, j'ai été, chez notre voisin Alfred Belmont, faire une partic d’impériale. Il arrivait d’Aix, of il Vavall laissé, m’a-t-il dit, souffrant d’un rhume que tn as gagnéenallant ala Chartreuse. Je te reconnais bien lA, Garde-tol, en écrivant 4 ma mére, de lui parler dece rhume, Elle est déja assez inquiéte dés que tu bouges de la maison. Tu me demandes a quoi Jemploie mon temps, je ne l’emploie pas, je le passe ou je le tue; c’est déja assez difficile. Cependant je dois dire que nous «liscutons beaucoup; je trouve méme qu'on perd trop de temps 4 raisonner et épiloguer. Jai rencontré Eugéne Delacroix, un soir, en rentrant du spectacle; nous avons causé peinture, en pleine rue, de sa porte 4 la mienne et de ma porte a la de Castries, Ayant t¢ chargée par sa maftresse de lui acheter les frontes d' Espagne et d'lMalie, Me avait cru bien faire en écrivant a Musspt le billet suivant : « Monsienr, ane jeune Anglaise, qui a le desir dle lire vos podsies, s'adresse directement & vous pour les avoir. Si yous

voulez bien les lui faire paryenir, elle vous en sera trés obligée. » C'est alors que Musset iui derivit le billet ci-dessus.

sieiine, jusqu’é deux heures du matin; hous ne pouvions pas nous séparer. Avec le bon Antony Deschamps, sur le boulevard; j’ai discuté de huit heures du soir a onzé heurés. Quand je sors de chez Nodier ou dé chez Achille (Devéria), je discute tout le long des rues avée Puii ou autre. En sommes-nous plus avancés? En féra-t-oh un vers meilleur dans un poéme, un trait meilleur dans un tableau? Chacun de nous a dans le veiitre tit certain son qu'il peut rendre, comme un violon ou une clarinette. Tous les raisonnements du monde he pourraient faire sortir du gosier d’un merle la chanson du sansonnet. Ce qu’il faut a l’artiste ou at poéte, c’est l’émotion. Quand j’éprouve, en faisant un vers, un certain battement de cceur que je connais, je suis sir que mon vers est de la meilleure qualité que je puisse pondre.

Dimanche, aprés le diner, je bdillais comme une huitre dans la grande allée des Tuileries, quand j’ai apercu les demoiselles *** assises au pied d’une caisse d’oranger. Je les ai abordées et je me suis assis prés de la plus jeune. Elle avait un petit chapeau blanc avec des rubans verts. Tout ce qu’elle disait était charmant d’ignorance. On sent dans ses égards je ne sais quoi de frais et de tendre dontelle ne se doute pas. Elle ne connait pas plus l’amour qui est en elle qu’une fleur ne connait son parfum. La beauté d’une jeune fille a quelque chose d’indéfinissable. Je suis resté une heure a cété de cette enfant ; il me semblait que je m’étais gliss¢ a l’abri sous les ailes de son ange gardien. En quittant ces dames, parce que la retraite sonnait, je suis allé au Café de Paris. J’y ai trouvé M...en train de parier qu'il fumerait deux

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cigares Ala fois sans les éter de sa bouche et sans cracher. Ce pari m’a paru si béte que je suis parti. Hlorace de V... (1)m’a accompagné jusqu’a ma porte. iL m’a appris une chose que je ne savais pas, c’est que, depuis mes derniers vers (2), ils disent tous que Je suis convyerti, converti 4 quoi? S’imaginent-ils que, je me suis confessé 4 Vabbé Delisle ou que j’ai été frappé de la gréce en lisant Laharpe? On s’attend sans doute & ce que, au lieu de dire: « Prends ton épée et tuc-le, » je dirai désormais: « Arme ton bras d'un elaive homicide, et tranche le fil de ses jours. » Bagatelle pour bagatelle, j’aimerais encore mieux recommencer les Marrons du feu et Mardoche.

Adieu, mon cher ami. Je sais qu’il y a beaucoup de joes baigneusesa Aix, M™ de V..., Mme d’A..., etc., et que tufais le coquet avec ces dames. Je t’autorise i les embrasser toutes pour moi.

Ton frére et ami.

it} Hornee de Viel-Castel.

fa} Les Vecaa: stériles et Octave.

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